In Memoriam – Massacre de Kinshasa


MASSACRE DE KINSHASA

8 Juillet 1967

Extrait : Le Roi de Fortune pages 230 – 231

Laissant le Belge achever l’occupation de la rive droite du fleuve, je tente de reprendre contact avec Kinshasa afin d’ordonner à mes hommes de quitter la base au plus vite et de se réfugier dans les ambassades. Mais les conditions météorologiques se sont détériorées. Jean-Louis, mon radio, a beau peaufiner au dixième de millimètre le déplacement de sa mollette de longueur d’ondes, rien n’y fait. Je suis à la fois furieux et consterné. Habitué aux réactions brutales des proches de Mobutu, je sais que mes trente volontaires de Kinshasa seront les premières victimes de la répression.

 A Kinshasa le président Mobutu, bien renseigné sur nos revers, s’adresse par radio à la nation sur un ton pathétique.

– Des avions non identifiés, déclare-t-il, ont déposé un groupe de commandos étrangers sur l’aérodrome de Kisangani. D’autres étrangers ont attaqué nos forces par traîtrise à Bukavu et à Kalémié. Ces soldats massacrent partout les innocentes populations congolaises ! C’est un gang qui a attaqué le Congo, et ce gang se compose de Belges, d’Espagnols, de Français et d’Anglais agissant pour de l’argent.

 La radio nationale zaïroise est prise en mains par les militaires. Des officiers lancent d’heure en heure de tels appels à la haine que je crains le pire pour mes hommes arrêtés par Bobozo. Même les fonctionnaires et les observateurs de l’ONU ne sont pas épargnés par les partisans de Mobutu. Le jeune colonel nigérian qui commande le service de sécurité des Nations-Unies est incapable d’assurer la protection d’un des principaux adjoints d’U-Thant, le secrétaire général de l’ONU, en tournée d’inspection dans la capitale. Molesté, le haut fonctionnaire n’a d’autre recours que de se barricader dans ses bureaux. Mobutu exige que les membres de l’ONU, ainsi que l’ensemble des diplomates en poste à Kinshasa remettent leurs armes à ses parachutistes.

 Tous les Européens sont devenus des otages à la merci de l’humeur de Mobutu et des leaders de son Mouvement populaire pour la Révolution. Sur ordre du président aucun bateau, aucun avion, ne doit plus quitter le territoire. Les errements de l’indépendance reprennent. Des femmes sont violées y compris parmi le personnel de I’ONU, et des villas des beaux quartiers sont pilées et saccagées. Le MPR décrète la mobilisation générale de « tous les jeunes révolutionnaires  » et proclame :  » Nos patrouilles ratisseront au peigne fin chaque parcelle, chaque quartier, chaque commune et toute la ville. Les réactionnaires et les saboteurs du régime seront châtiés d’une façon exemplaire. » Ce que je redoutais est hélas arrivé : les trente hommes de ma base administrative ont été sauvagement exterminés. La bonne conscience belge me reprochera injustement de les avoir abandonnés.

 


 

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