OPS Angola - Unita


 
Extraits de « Corsaire de la République » par le Colonel R. Denard avec la collaboration de Georges FLEURY.
 

Avec I’UNITA angolaise

Comme d’autres pays d’Afrique, l’Angola a vu, dès les années 60, fleurir les mouvements nationalistes. Mais cette colonie portugaise vient seulement d’accéder à l’indépendance. Après la mort d’Antonio Salazar en juillet 1970, son successeur, Marcelo Jose Caetano a maintenu un régime dictatorial jusqu’au putsch d’avril 74, connu sous le nom de « Révolution des Œillets ». L’arrivée au pouvoir du général Antonio de Spinola change la donne : le nouveau gouvernement portugais décide d’accorder l’indépendance au Mozambique à la Guinée-Bissau, aux iles du Cap-Vert, à l’île du Prince, à São Tomé et à l’Angola.

Libérés, le 11 novembre, de la tutelle portugaise, les Angolais ne sont pas pour autant au bout de leurs malheurs. Trois factions se disputent en effet la légitimité du pouvoir. Avec l’aide des Russes et des Cubains, le MPLA a instauré une République démocratique. Le FNLA, soutenu par son voisin zaïrois Mobutu, et l’UNITA, encouragée par l’Afrique du Sud et les Occidentaux ont fait de même.

Agostino Neto, le leader marxiste du MPLA, s’est installé à Luanda Holden Roberto occupe avec les milices du FNLA le nord du pays. Quant à Jonas Savimbi, le chef de l’UNITA, il a investi le sud et l’est avec ses troupes disparates baptisées Falas.

Jonas Savimbi est un grand homme barbu, aux yeux pétillants de malice. Il a d’emblée connu quelques succès grâce à l’appui des Sud- Africains. Mais il piétine depuis que Pretoria craignant l’opinion inter- nationale déjà montée contre son régime d’apartheid a commencé à 1ui retirer les mille soldats qui lui ont permis de menacer Luanda.

C’est à Larry Devlin, l’ancien vice-consul des États-Unis au Zaïre, que je dois en premier lieu d’être mêlé aux affaires angolaises. Il me contacte par le biais du général Lacaze et met à ma disposition un budget de quatre cent mille dollars afin de me permettre de venir au secoursde Jonas Savimbi avec une vingtaine de volontaires engagés pour six mois. C’est ensuite au tour de Michel Lambinet, le journaliste français de plus au fait des affaires secrètes de l’Afrique, d’intervenir. Il me demande de reprendre contact avec le président Mobutu.

La France, je m’en rends compte très vite, est surtout soucieuse du Cabinda. Cette enclave angolaise du bord de l’Atlantique, prise entre le pays de Mobutu et la République démocratique du Congo, possède en effet d’importantes réserves de pétrole au nord de l’embouchure du Zaïre. Avant de me lancer dans l’opération, j’étudie ses tenants et aboutissants. Il existe un Front de libération du Cabinda, le FLEC, qui a proclamé l’indépendance de la petite enclave en octobre 1975. Mais sa représentation est si faible qu’il n’a pas eu voix au chapitre lorsque les Portugais ont accordé son indépendance à l’Angola. Le FLEC est dirigé d’une manière très anarchique par une autorité tricéphale. Le premier de ses chefs, Luis Ranque Franque, s’est réfugié à Kinshasa avec la bénédiction de la CIA. Tchioufou, le second, s’est installé à Brazzaville. Le troisième, N’Zita Henrique Tiago, poulain de Paris et de Libreville, est le seul à être resté au Cabinda.

Au moment où je m’apprête à engager mes hommes en Angola et au Cabinda, d’anciens militants de l’Algérie française me contactent à Paris. L’un d’eux, Jacques Prévost, est célèbre pour avoir participé à l’embuscade tendue le 22 août 1962 au Petit-Clamart contre le général de Gaulle. Il me propose de monter une opération militaire au Nicaragua. Ses protégés, affirme-t-il, sont des guérilleros communistes. Je mets mes amis des services français au courant de cette affaire. Ils n’en savent rien et me demandent de jouer le jeu de Jacques Prévost afin de voir de quoi il retourne exactement. Lorsque Prévost revient à la charge en me prouvant qu’il possède les fonds nécessaires à l’opération, je me déclare prêt à l’aider pour trouver le matériel de débarquement dont il a besoin.

C’est alors que des policiers de la brigade antigang montent une souricière dans l’ascenseur de mon immeuble. Une fois dans l’appartement les hommes du commissaire Pierre Ottavioli fouillent chaque pièce de fond en comble. Ils s’emparent de quelques pistolets et des passeports de mes volontaires en transit, puis, sans me passer les menottes m’emmènent quai des Orfèvres. Là, on m’accuse d’avoir partiel au montage de l’enlèvement de Georges Hazan, le PDG des disques Phonogram. Je tombe des nues en reconnaissant Jacques Prévost parmi les clichés qu’on me donne à étudier. Je ne dis évidemment rien de mes contacts avec l’ancien du Petit-Clamart mais devine que le commissaire Ottavioli, qui m’interroge, est au courant de mes véritables activités.

Le général Lacaze a des antennes partout. IL intervient dès qu’il apprend mon arrestation. Alors que je m’étais déjà résigné à être placé en garde à vue, interrogé par Ottavioli, je signe une déposition dans laquelle je reconnais avoir rencontré jacques Prevost mais certifie n’être pour rien dans l’affaire Hazan.

On me rend mes documents, mes pistolets et on me libère. Les policiers ne comprennent pas ce qui se passe. L’un d’eux, stupéfait par la rapidité avec laquelle on m’élargit m’avoue qu’en vingt ans de carrière il n’a jamais vu ça.

Après cette affaire qui aurait pu mal finir, je recrute trente-cinq hommes, vingt-cinq pour l’Angola et dix pour le Cabinda. Pour les encadrer, je fais appel à mon noyau dur de fidèles. Freddy Thielemans rencontre Mobutu qui lui paraît surtout préoccupé de mieux connaitre les forces armées dont disposent les dirigeants du FLEC. Après cette mission de contact, Freddy rejoint avec André Cau, un grand brun moustachu ancien parachutiste, les unités de Jonas Savimbi. Mais c’est Legrand qui, le 11 novembre 1975, entre le premier au Cabinda.

Cette campagne commence bien mal. Il pleut, il tonne et les camions du FLEC s’embourbent. Les chauffeurs ont toutes les peines du monde à les extirper des ornières. Les délais exigés pour la réussite de l’opération sont bientôt dépassés. Les hommes de Legrand, trempés jusqu’aux os, sont pris au dépourvu par la première embuscade. Elle coûte la vie au lieutenant Roger Caillon, à quelques kilomètres seulement de la frontière zaïroise.

N’Zita Henlique Tiago et les autres chefs du FLEC tiennent à aller plus loin. Ils obligent ma colonne à attaquer des cantonnements du FLNA bien approvisionnés en armes lourdes par le bloc de 1’Est. Ma1gre le courage de mes hommes, les Cabindais se débandent à chaque escarmouche. Après trois jours de harcèlements sans grands résultats, Legrand décide de passer en Angola où il retrouve Freddy Thielemans.

Pendant ce temps-là, à Paris, j’essaie de pousser plus loin la préparation de cette affaire bien mal engagée. L’échec des premières opérations, dû en grande partie à l’absence de concertation entre les chefs du mouvement cabindais, fait des vagues jusque dans les bureaux feutrés du SDECE. Un officier traitant paie le prix fort. Il est démis de ses fonctions.

Sur le terrain, certains s’activent encore dans l’espoir de redresser la situation. Dominique de Roux, journaliste et écrivain, m’écrit pour me demander de placer désormais mes volontaires au seul service de Jonas Savimbi « dont les armées n’existent pas ». Il m’exhorte aussi à faire parler de l’UNITA : selon lui, « sans soutien international, l’Angola risque d’être perdu »

Mes chefs de groupe sont conscients des difficultés d’organisation auxquelles je suis confronté. Freddy Thielemans propose de mettre sur pied des unîtes mobiles comparables à celles que nous faisions manœuvrer au Katanga. Placé à la tête d’un groupe de vingt-cinq volontaires, André Cau, sur sa suggestion, se contente d’un rôle d’instructeur, afin de préparer les hommes de l’UNITA avant de les lâcher à l’assaut des bastions tenus par le MPLA d’Agostinho Neto.

Alors que Jonas Savimbi ne tient plus que quelques secteurs au Sud- Est de l’Angola, André Cau m’informe par courrier, le 20 février 1976, que la confusion règne parmi les unités de l’UNITA. Des officiers abandonnent sans combattre les points d’appui installés par mes volontaires. Ils ne prennent même pas le soin de détruire leurs armes lourdes. Les éléments de Savimbi finissent par battre en retraite dans la plus grande confusion.

Je rejoins l’Angola au début du mois de mars 1976 afin de tenter de sauver ce qui peut l’être encore. Puisque mes activités passées ne me permettent pas, tant que je ne m’en serai pas expliqué avec le président Mobutu, de fréquenter le Zaïre j’installe mon PC à l’aéroport de Rundu, à la frontière de la Namibie et de l’Angola. A partir de là je commence à organiser le repli de mes hommes.

Le Bosco et ses compagnons tentent de s’exfiltrer par petits groupes. Ils donnent dans des embuscades tendues par on ne sait plus trop qui. Henri Alain, l’un de mes anciens du Zaïre (et des Comores) qui avait suivi Schramme à Bukavu tombe au cours d’une escarmouche aveugle. Ses compagnons doivent l’ensevelir au bord d’une piste.

Mes volontaires sont écœurés, au point que je décide de leur rendre leur liberté avant la fin de leur contrat. Conscient de ce qu’ils ont enduré, je leur attribue une prime exceptionnelle prise sur le reste des fonds fournis par la CIA.

Jonas Savimbi, avec lequel je fais le point de la situation, reconnaît que notre campagne était, d’emblée, vouée à l’échec. Ce n’est pas vingt- cinq techniciens, fussent-ils choisis parmi les meilleurs soldats de fortune, qu’il fallait engager face aux cinquante mille Cubains du MPLA.,mais au moins deux cents !

Après cette faillite qui n’est imputable ni à mes hommes, ni à mon organisations mais à la faiblesse de nos moyens, je pense me réconcilier avec Mobutu, dans l’espoir de mettre enfin sur pied la brigade mixte qui résoudrait bien des problèmes. En attendant une fois assuré que tous mes hommes sont sortis du guêpier angolais, je retourne au Gabon, dont la capitale est devenue avec Johannesburg, l’une des plaques tournantes de nos activités.

Cette fois, c’est la Mauritanie qui retient mon attention.

 

A lire … Mémoires inachevées de Bosco; Angola pour la C.I.A.

 


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