OPS Angola-Unita Mémoires de Bosco


Michel LOISEAU, Bosco …

Bosco; une autre figure de notre microcosme. Ancien Commando Jaubert; Indochine, Algérie, il servit sous la bannière OPN dans les opérations du Biafra, de l’Angola, du Bénin, des Comores 78 et 95. Extraits de ses mémoires inachevées…


 

En Angola pour la CIA

 

Retour vers l’Europe

 

Après 57 jours de voyage sur un paquebot italien, venant de Sydney, je posais les pieds sur le quai à Gênes avec satisfaction. Ce périple marin, m’avait paru interminable, je me demande ce que les gens qui font des croisières trouvent à ce mode de farniente. Moi, si je ne fais rien sur un bateau je m’en m’emmerde. Tout ce que j’y avais gagné était d’avoir amélioré mon italien.

La gare de Gênes était toujours aussi crado et les trains en retard. J’arrivai à Menton, le soir tombait. Je sortis du train, et pris une chambre en ville, je ne tenais pas à arriver à Cannes de nuit. Je pris une douche et allais prendre une bière en ville. J’étais comme un malade qui sort de l’hosto, le pas hésitant, le geste peu sur, et découvrant que le monde avait continué de tourner pendant mon absence. Je trouvais très exotique de pouvoir commander un demi de bière dans ma langue, et de payer sans calculer, et surtout qu’on me comprenne sur-le-champ.

Après une nuit réparatrice, je pris le train côtier, les gens allaient à leurs affaires, parcourant leur journal, le geste sur des habitudes inchangées, je me sentais encore étranger. A cannes je mis mes bagages en consigne et partis le nez au vent vers le port. Je ne connais pas un marin qui ne commence par ça, en arrivant dans une ville inconnue. Les bruits, les odeurs, tout lui est familier. C’est sa façon d’être chez lui n’importe où.

Premier verre au tabac du coin, les garçons sont les mêmes, les têtes connues entrent et sortent, je m’imbibe de l’ambiance, les propos les plus quelconques me ravissent. J’y suis, le moral se met en route, l’angoisse du retour est oubliée.

Sur le quai, je tombe sur le P’tit Charlie en train de saucissonner en pérorant avec un comparse invisible, sans doute dans les entrailles d’un bateau. Son geste reste en suspens

« Ah, ben merde, d’où tu sors ? »

« Du bout du monde rat de quai ! »

« On va boire un coup, il fait, en pliant son couteau, la voix dans le bateau continue de parler. »

Il me passe les dernières nouvelles, je me raconte. Charlie, c’est un bon pote, avec lui je ne me gratte pas, il comprend ma façon de fonctionner.

« Tu as de quoi me loger ? »

« Pas de problème mec, je vais te mettre sur le Varuna, il a tendance à couler, mais le taulier paye, alors je le garde »

«Tu le gardes où tu le regardes, je ne vais pas dormir avec la bouée autour du cou ! »

« Déconne pas, il se marre ».

Nous grimpons à bord, c’est un voilier de 13 mètres en acier, un peu ancien, il me met au parfum des détails domestiques, on s’assoit dans le cockpit pour discuter.

« Qu’est-ce que tu comptes faire ? »

« Écoute, si il y a un peu de défense tu me fais signe, faut que je me remplume. »

« Ok, je vois ça, de toute façon je suis là tous les jours en ce moment ».

J’ai heureusement une solide équipe de potes dans le milieu marin, je peux tomber de la lune, je trouve toujours à me loger et un petit job en attendant des jours meilleurs.

J’ai passé le mois d’octobre à toute sorte de boulots. On ne brille pas mais on s’en sort. Les bateaux bâches, l’usine à rêves est fermée, les nymphettes de l’été tortillent du fion au fond de leur bureau en perdant leur bronzage. Tout le monde du yachting hiberne, les bistros son plein de mecs qui racontent leurs croisières et montent des coups foireux pour l’année à venir.

Pour ma part, je subsiste, guettant une occasion pour bouger. Je revois le père Egé, la vielle gloire, toujours affairé, il à une auto-école maintenant, qu’est-ce qu’il n’aura pas fait ! Il me repasse une adresse où je peux joindre Bob, un intermédiaire. Il à l’air d’être au courant de quelque chose, mais ne m’en dit pas plus.

« Essayez, on ne sait jamais » quel blaireau !

Je me fends d’une bafouille, à tout hasard. Une semaine plus tard j’ai un numéro de bigot. Je me tâte, dans quelle galère je vais encore me mettre ? D’un autre côté, je commence à en avoir ma claque de roupiller dans un duvet humide, roulé dans une voile, l’hiver reste l’hiver, même sur la côte d’azur. J’appelle ; le Vieux est un peu surpris de m’entendre, mais me file un rencard à Paris. Je prépare mon sac, embrasse les copines, et file les clés du bateau à Charlie qui se marre.

« Je t’appelle quand j’ai du neuf. »

J’ai un rencard avec le Vieux dans le 16ème, les temps changent. Il pleuvasse, les gens vont à leurs affaires avec des têtes de croque-morts, je médite devant monde demi, quelle vie de con ! Autant se tirer.

Une silhouette connue apparaît, il claudique avec élégance, costard gris strict, imper et mallette à la main. Il arrive, sourire discret, poignée de mains, cordiale mais sans plus, ses yeux bleus me scrutent ; « alors Bosco, je vois que tu as la forme. »

« Ça va Patron, à part le temps »

« Qu’est-ce que tu deviens depuis le temps ? »

« Le large, le Pacifique, les îles, enfin la routine » je me raconte un peu, mais je vois vite que cela l’intéresse peu, j’écourte.

« Alors si vous avez quelque chose en route, ça peut m’intéresser », autant aller au but direct.

Il se tire les poils du pif, balaie les abords d’un coup d’œil, et ricane doucement,

« Ouais, tu tombes bien, il me faut des gars solides, soupire prolongé, c’est pour l’Angola, tu suis ? »

« Oui, vaguement, vous savez moi, les nouvelles du monde », je fais un geste désabusé.

Il me fait un rapide exposé de la situation, il y a déjà une équipe sur place, des jeunes surtout et il aimerait l’étoffer avec des anciens.

« Je dois voir quelques gars, vous partirez cette semaine, tu restes à Paris ? »

« Je suis libre dès à présent »

« Ok, tu vas rester avec moi, j’ai besoin de quelqu’un pour les détails, reste à l’hôtel, Roger fera la liaison »

« Il vient avec nous ? » Roger est un des plus anciens, et un de mes copains.

« Non, il n’est pas disponible, mais il me donne un coup de main ».

« Je pars comme quoi ? »

« Comme capitaine, tu as l’âge et l’expérience, je sais que tu sais mener les hommes et on te connait. La paye, une brique par mois et l’assurance habituelle, ça te va ? »

Et il m’allonge 500 $ discrètement « pour les frais, appelle-moi demain ! »

Il se lève et part comme il est venu. Je reprends un demi, et le déguste lentement, c’est drôle, il y a ¼ d’heure, j’étais à demi clodo et je me retrouve avec un job, du fric et de l’avenir occupé pour un moment. Elle n’est pas belle la vie !

Dès le lendemain, je commence mon boulot de porte sacoche, pas trop astreignant. Le vieux, il lui faut toujours quelqu’un avec lui, depuis que je le connais j’en ai vu des mecs dans son sillage. D’habitude c’est Roger, faut qu’il soit bien occupé pour ne pas être disponible.

Pour l’heure je collationne les appels téléphoniques des candidats. Il y en a des gratinés, tel ce mec « officier hors pair et meneur d’hommes qui n’acceptera pas de servir en sous-ordres »
Encore un qui se prend pour Bigeard. Un autre veut un contrat longue durée et la sécu, ben voyons, et l’autre qui veut un logement et une voiture de fonction, n’importe quoi !

Roger nous rejoint le soir, on se marre bien, c’est souvent lui qui voit les candidats pour le premier contact, le Vieux ne tient pas à voir défiler un tas de mythos dans son repaire.

Ce contrat d’Angola se présente bien, longue durée ? On verra, dans ce genre d’affaire, on n’est sûr de rien. J’apprendrai plus tard que ce sont les ricains qui casquent, la France, comme toujours ferme les yeux sans trop s’engager.

Je parcours le Larousse pour trouver des pseudos aux gars, mais les gars ont leurs marottes, je n’arriverai qu’à caser qu’un général de la révolution. Encore une belle partie de rigolade. Roger, ancien de tous les combats de l’Empire et de la grande époque des balubas, me confie qu’il serait bien venu, mais il a un boulot stable et il va se marier, ce qui fait rire le Vieux. Comme j’ai du temps de libre, nous hantons tous les rades où nous savons trouver des anciens, cela permet de trouver quelques gars en mal d’aventures.

Le Vieux, lui, passe son temps à des rendez-vous mystérieux avec des personnages couleurs de muraille.

Ce matin quatre anciens sont là, Helmut, un géant teuton, René un belge moustachu, Alain son comparse, la quarantaine bon genre, et l’éternel Max, personnage difficilement classable, mais qui est dans tous les coups. Petit briefing du Vieux, consignes et distribution de billets d’avion. Sur place c’est un inconnu, Carnot, qui commande, officier d’état-major etc., personne ne moufte. Départ demain, Roissy 10h30. Douala-Kinshasa. Tout le monde acquiesce en silence. Pour ma part, le vieux me confie une valise pleine de manuels d’instruction de bérets et de grades divers, ceux que les gars portent, doivent être changés. De plus, il me demande de lui faire un rapport sur l’équipe de jeunes lieutenants de réserve qui sont là-bas, on ne sait pas encore ce qu’ils valent « et tu secoueras les puces à Lulu,, je ne veux plus de rapine, comme cette histoire de collection de timbres ! » tout le monde se regarde et éclate de rire.

Le Vieux me dit en riant aussi tu verras sur place. Je sens que ça va pas être triste. On lui serre la main, « bonne chance et à bientôt ! »

C’est parti, on file au rade s’en jeter un petit dernier. Roger me ramène à mon hôtel, « aller Grand, salut et fais gaffe ».

 


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