OPS Angola-Unita Mémoires de Bosco


 

Valentin se pointe en tenue Cam, des pétards plein la ceinture, il grimpe sur le capot d’une voiture et commence un discours, au bout d’un moment, il y a au moins 1000 à 1500 mecs. A mes côtés, le curé souffle :

« Et bien, les voilà nos soldats invisibles.

Lulu, qui lèche le fond d’une boîte de pâté demande :

« Qu’est ce qui dit ? »

« Il dit qu’on va gagner parce que nous sommes les plus forts ! »

Là-dessus, notre tribun lève le point et gueule « kwacha Unita » repris en chœur par l’assistance, il y a des fois où je me demande si on est dans le bon camp.

Il descend de son perchoir et s’amène vers moi:

« Ils sont à vous capitaine »

Merci du cadeau. Il donne des ordres à droite età gauche. Bandwa, a disparu, un vrai courant d’air ce type, je prends Vito, qui glande avec nous et le refile au curé et à Hugues. On se fraie un chemin dans la foule qui nous regarde un peu inquiète. Vito, rameute quelques gars qui doivent être des sous-off. Ils commencent à aligner tout ce monde à grands coups de gueule. Objet, former des sections structurées avec l’armement correspondant. Car tout le monde se balade avec plusieurs armes, ou rien. Je les laisse à leur truc. Le Curé connaît ce boulot.

A midi, ils en ont triés, armés, environ 800, les mecs sont alignés par sections le cul par terre, sur une sorte de terrain de foot. Vito, à une liste de mecs, désigner comme gradés.

A ce moment, on ne sait pas ce qu’il se passe, un brouhaha monte, et des mecs se mettent à gueuler et à cavaler dans tous les sens, la panique gagne nos « ralliés » qui s’égayent laissant armes et sacs. Vito, sort son flingue et vide son chargeur en l’air, c’est pire, on a beau gueuler, rien n’y fait, c’est l’arrivée du grand prix à Longchamp. En 10 minutes le terrain est vide, restent des armes, des godasses, des musettes et nous, comme des cons.

On finit par apprendre qu’un radio cocotiers à annoncé l’arrivée des Cubains sur la route. En tout cas, le monde se barre. Valentin se pointe et m’annonce qu’un message de Savimbi lui ordonne de gagner Santa Bandera avec ses troupes. Je lui réitère mon désire de partir sur Silva, il me l’interdit formellement. Un comble ! C’est la première fois qu’il me parle sur ce ton. Le Curé me tire par le bras, avant que je fasse une connerie. Pour finir en beauté un de ses sbires me rend mon carnet de route que j’avais égaré avec un petit sourire narquois:

« Je crois que ça vous appartient capitaine » me dit-il. Si ils l’ont lu, ils doivent être édifiés sur ce que je pense d’eux.

Nous retournons ramasser l’armement lourd laissé sur le terrain de foot, le reste, y en a marre. Les bagnoles sont à bloc. On les laisse se tirer, un camion à ridelles, genre bétaillère passe, plein de types, une demi-douzaine est accrochée au haillon arrière qui se décroche, le camion poursuit sa route malgré les hurlements, le trop plein de la caisse est tombé sur le haillon et les « accrochés » à l’extérieur sont maintenant dessous. Le camion stoppe 200 mètres plus loin, les gars sortent du dessous ensanglantés, pleins de poussière, et s’entassent avec les autres, inouïe ! Il n’y a qu’ici qu’on peut voir ça.

On part en pères peinards, on verra bien, maintenant, c’est du tourisme. Comme dit Lulu,, « ça compte dans la retraite», tu parles !

Arrivé à Santa Bandeira, il est 20h15. Nous retrouvons Bandwa, à l’entrée de la ville, qui nous guettait. Valentin l’a envoyé en mission à Quilengues dès le matin, il est arrivé ici, le premier pour prévenir les autorités de notre arrivée, s’ils se mettent à prévoir maintenant !

La ville est en piton, on grimpe vers un massif boisé, des villas bordent la route, lumières à bloc, le coin est une station chic, au bord du parc national de Bikuar, climat saint et agréable.

Bandwa, nous emmène dans un hôtel qui, à première vue, n’a pas été fait pour notre genre de clientèle. Bar de luxe, où des créatures métissées de bon aloi se rincent la dalle, la guerre ne semble pas avoir atteint ces confins. Des boys stylés, nous conduisent à nos chambres dans une sorte de patio, une piscine entourée des plantes vertes est éclairée par des spots. Nous escomptons déjà le bain du matin.

Le temps de secouer la poussière et de prendre une douche, et nous descendons au bar, où la bière n’a pas l’air contingentée. On a droit à une solide collation de viandes froides et autres produits locaux. Je demande à Bandwa, où est le docteur:

« Quelque part en ville » répond il.

Voilà qu’il nous fait des mystères, allons, profitons de la pause, on verra demain. On monte se coucher avec la ferme intention de roupiller notre sou.

Des appels et une agitation me ramènent sur terre, je regarde ma montre, une heure de passée, j’ai l’impression que j’ai dormi deux jours. Le Curé fait irruption /

« Oh, debout, tu ne sais pas la meilleure, il faut se tirer, l’ennemi nous talonne. »

« Qu’est ce que c’est cette connerie ? »

« Bandwa, vient de nous prévenir, Valentin veut qu’on dégage, les Cubains seraient derrière nous. »

« Ah non ! Ca va pas recommencer ! » je regarde ma carte,

« Faut pas déconner, ils auraient fait près de 400 bornes dans la journée, alors qu’ils n’étaient même pas à Lobito quand on est parti, à qui il veut faire croire ça, ce n’est pas Guderian tout de même. »

« De toute façon, ils nous ont encore pourri la nuit, faites vos sacs, on y va. »

« On l’a dans le fion pour la piscine ! » C’est Lulu, qui exprime le sentiment général.

Un gars de l’équipe « Tanga » nous attend en bas des marches :

« Le Docteur vous attend, je vous guide. »

Lulu, monte en voltige, un carton de bière sous le bras, lui au moins ne perd pas le sens des réalités. Nous remontons une colonne de véhicules disparates d’allure pas très martiale. De grands arbres se découpent en ombres Chinoises, sur les bas côtés. J’aperçois Bandwa, dans la lueur des phares :

« Alors, qu’est-ce qui se passe encore ? »

« Valentin veux vous voir. » Il me conduit à une grosse Land-rover, des armes dépassent des portières, j’éclaire à l’intérieur avec ma torche, le « Doc » clignote comme un hibou, je fais de l’esprit, c’est trop risible :

« Vous êtes matinal Docteur, qu’est-ce qui arrive ? »

« L’ennemi à percé et serait à Quilengues »

« Je suis navré, mais c’est impossible, ils ne peuvent avoir fait 400 kilomètres derrière nous, dans la journée alors que nous avons quitté Lobito sens qu’ils soient signalés. De plus une armée qui se déplace en terrain ennemi envoie des reconnaissances, si c’est le cas, notre simple groupe peut les démolir en rigolant. »

« Mes renseignements sont sûrs, il nous faut rejoindre Serpa-Pinto au plus vite, je vous demande de prendre la tête de cette colonne. »

Je lui fais remarquer que je ne connais pas la route, mais il ne veut pas en démordre. Bandwa, va venir avec nous. L’argument est de taille, je m’incline.

Derrière sa voiture je repère le chef de la « police militaire », il est dans une décapotable avec la famille, un coffre-fort trône sur le siège arrière. Bandwa, m’explique qu’il a perdu les clés. Toute la bande se marre quand je leur raconte le coup.

On fait mouvement pour se placer en tête, un européen en tenue blanche d’officier de marine se présente, je me demande ce qu’il fout dans cette tenue. Il demande à rouler juste derrière nous, car cette cohorte ne lui dit rien qui vaille, il est avec sa femme, une métisse, et sa fille. Je lui accorde, il connaît la route. Elle est en bon état, on file le donc sur Arthur de Païva.

Nous avons 350 bornes à faire, direction plien Est, il n’y a que ça qui change, la direction, sinon, c’est toujours le même cirque qui se déplace. Seul changement notable, on est devant, mais à part une vache errante, je ne vois pas ce qui nous arrêterait. Quels guerriers !

Nous convenons avec Bandwa, de nous succéder en tête pour éviter la fatigue, il part le premier. Go east ! C’est tout droit, la route est bonne, le reste suit, loin derrière.

Belle lueur à l’avant, on roule depuis 2heures environ, d’après ma carte ce doit être Matala. Le seul bled important sur le parcours. En tout cas, il ne manque pas de courant dans ce bled.

On arrive, trois bidons de gas-oil, montent la garde sur le côté de la route, pas un chat. On déboite et nous garons devant une ligne de maisons éclairées, on s’ébroue, un des gars de Bandwa, s’est mis en place derrière la 30, sur la land-canon. Les armes en mains, nous visiteront les lieux. Personnes !

« Me dis pas qu’on leur a fait le coup des Cubains à eux aussi » fais-je au Curé.

On dirait un village fantôme, l’éclairage mis à part. Nos gars finissent par ramener une poignée de bidasses ahuris, tirés de leur sommeil. Non, ils n’ont rien vu, l’ennemi ? Quel ennemi ? Je rêve ! Je demande à Bandwa, de leur dire de se mettre près des bidons sur la route pour baliser quand la colonne arrivera. Car bien sûr, ils sont loin derrière.

Mes trois zèbres vont se pieuter dans une maison près de la route, je reste avec Bandwa,.

« Dis moi, à quoi on joue ? On n’a pas tiré un coup de flingue et quand c’est le moment on se défile. Tu peux m’expliquer ? » il a l’air à gêné :

« Le Docteur a reçu des ordres, il faut se regrouper dans l’Est. »

« En laissant la deuxième ville du pays, sans combattre, pour y revenir, ça ne va pas être de la tarte, c’est moi qui le te dis ! »

Il a l’air vraiment emmerdé, je vois bien qu’il obéit, mais qu’il ne comprend pas non plus. Nous apprendrons bien plus tard, que les troupes du M.P.L.A. sont rentrées dans Lobito pas loin d’une semaine après notre départ. Ils ont dû se marrer.

Le gros de la troupe arrive enfin, certains continuent sans arrêter, d’autres se garent en pagaille sans trop savoir la raison de cette halte. Tout ça me dépasse. Je trouve un coin et m’allonge.

Une main me secoue, je grogne :

« Si vous me dites que les Cubains arrivent encore, je vous flingue »

« Au jus patron ! » Lulu, me tend un quart de café qui fume dans l’air frais du matin. Plus loin le Curé et Hugues font des effets de torse devant un robinet.

Bandwa, se radine, la tronche fermée, briefing avec Valentin dans une demi-heure. Qu’est ce qu’il va bien pouvoir nous sortir encore comme connerie. Je me lave la tronche en courant et remets de l’ordre dans ma tenue.

« Curé, tu viens avec moi, à partir de maintenant, je veux des témoins de ce que j’apprendrai. »

Valentin a pris ses quartiers dans une villa cachée sous les arbres. Tout son « staff » est là. Même l’homme au coffre-fort.

« Ah ! Mon capitaine Garnier, vous voilà rassuré ? » alors lui, il ne manque pas de souffle !

« Voila nos ordres qui émanent directement du président Savimbi, nous regroupons toutes nos forces dans l’Est du pays où nous aurons une plus grande liberté de manœuvre pour passer à l’offensive. Donc nous nous retrouverons tous à Serpa-Pinto. »

J’écoute sans broncher, cela ne sert plus a rien. Je pense aux albums de « pieds-nickelés » de mon enfance. Je suis en plein dedans !

Le monologue continue, j’avale une grande tasse de chocolat chaud, qu’un de ses sbires nous a servi; on ne sera pas venu pour rien. Un gus arrive dans la pièce et parle en accéléré au tribun, il se lève et me demande de le suivre. Tout le monde sort.

Hugues fait face à un groupe agressif, le Curé qui est sorti avant moi et debout près a Land-Rover, l’arme à la main. Ils sont tous deux un peu pâle. Notre arrivée fait diversion:

« Qu’est-ce qu’il se passe ici ? » j’ai pris le ton le plus impératif que j’ai pu, Valentin se joint à moi en « portos ».

Le Curé m’explique que ces gars veulent récupérer l’armement qu’ils ont vu dans votre voiture. Le meneur est un Major que j’ai vu à Lobito jouer les utilités. Je fais remarquer à Valentin que s’ils ne les avaient pas abandonnés au bord de la route, ces armes seraient encore en leur possession. Il ne répond pas, mais engueule les types. Je fais signe au Curé de leur donner ce qu’ils veulent, on ne sait plus qu’en faire, et avec un peu de chance, elles vont nous revenir, et comme dit Lulu,  » de toute façon ça nous alourdit ».

L’incident est clos, mais l’ambiance s’en ressent. Valentin qui ne veut pas passer pour un con, nous demande d’aller faire une reconnaissance sur le barrage Salazar à une dizaine de kilomètres. C’est parfaitement inutile, je le sais, mais ça nous promènera et il nous oublierons. Ont embarque dans nos bagnoles et fonçons vers le Nord.

Au barrage, qui n’est qu’une retenue d’eau sur laquelle passe la route sur près de deux kilomètres, nous tombons sur trois Portugais, qui sortent un grand bâtiment à cheval sur le début de la chaussée. Ils sont là pour faire tourner la centrale, ça explique la débauche d’éclairage au bled voisin. Ils n’ont rien vu, tout est calme, ils nous demandent ce qu’ils doivent faire. Je leur conseille de rester où ils sont. Le chef parle assez bien le Français, et me demande ce qu’on fait là. Je me retiens pour ne pas lui répondre « les cons ».

On pique une pointe sur la rive opposée, le site est grandiose, c’est le confluent de plusieurs rivières qui forment un lac d’où émergent des arbres et des rochers. Plus loin, un troupeau d’hippopotames batifole. Lulu, en a le souffle coupé.

 


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