OPS Angola-Unita Mémoires de Bosco


 

A Lunga, quelques maisons isolées, une bâtisse, genre relais de chasse se dresse sur une colline, dans un bouquet d’arbres, on monte voir, car plusieurs véhicules sont garés près des batiments.

L’endroit a des airs d’auberge de campagne, une bande de blacks est en plein festin, ils n’ont pas l’air de mecs traqués, on nous reçoit et on nous sert comme si c’était naturel, une sorte de ragoût, avec du riz, toute une famille de métisse s’affaire à travers la maison.

Au moment du départ, deux filles en uniforme nous demandent de les embarquer. Le Curé tout émoustillé les charge dans sa voiture. Elles nous serviront de guides et d’interprètes en cas de besoin. Nous partons sans hâte, j’espère voir arriver Alain et ses gars, si toutefois, ils sont derrière nous. On ne voit plus personne passer.

La route de Cuito-Canavale est indiquée comme piste, mais là aussi elle se révèle être une route goudronnée, pas très large, mais carrossable.

Il y a un peu plus de 100 kilomètres à faire, nous roulons plein Est, dans une brousse clairsemée et sans culture, beaucoup de petits ravins et de rivières de moindre importance. A mi-parcours, le sens de la marche s’infléchit vers le Sud-Est.

Lulu, à trouvé le moyen de récupérer un chien, je ne sais où, une sorte de teckel. Dans la région cela doit être rare. Je le colle dans la land-Rover, Legrand me fait remarquer que comme chien de guerre, ont fait mieux.

Au passage d’une rivière importante, Lulu, se réveille et se met à hurler  » des hippos, des hippos « 

« Ils sont pas roses tes hippos, Lulu, ? »

« Je te dis que s’en était »

On arrive à Cuito en fin de soirée, on ne se rend pas compte et traversons tout le village qui s’aligne sur une ligne droite de chaque côté de la route. On stoppe devant un pont de bois, jeté sur une rivière assez large et vive. Tous les gars sont là. On se baigne, ont fait mal, on discute, enfin on glande. Carnot est parti aux nouvelles ou aux ordres. Des femmes viennent puiser de l’eau et se bidonnent en voyant ces blancs à poils dans l’eau.

Une estafette radine et arrête les jeux. On doit remonter au village où on nous indiquera nos quartiers. On s’entasse dans les voitures et retournons sur nos pas. Carnot, est au bord de la route, astiquer comme pour une revue, l’air sinistre, c’est normal, il est sinistre.

Autour, quelques blacks, des papiers plein les mains. Je ne vois pas mon Valentin. Depuis un moment il joue les arlésiennes. D’ailleurs, je ne le reverrai jamais.

Un des noirs, en tenue camouflée, et fait remarquable, sans arme, nous fait un laïus en Francçais.

« Nous nous sommes repliés ici pour des raisons stratégiques, personne n’a démérité, (hum), nous allons mettre à profit ce répit pour regrouper des moyens et donner l’instruction à la troupe. »

Le type a une bonne tête, l’air ouvert, et parle un Français impeccable. On apprendra plus tard que c’est le « ministre » des transports. Les seuls transports que nous connaissons, sont ceux que nous avons chapardé à droite et à gauche, passons

Carnot, est assailli de questions auxquelles il est bien incapables de répondre. Chacun reste avec son équipe, les gars se sont groupés par affinités. Alain, qui a fini par rejoindre, préfère partir pour assurer le commandement du bouchon qui va être établi à une dizaine de kilomètres, sur la route par laquelle nous sommes arrivés. Il échappera à la discipline collective et aux conneries.

Cardinal et quelques autres partent avec quelques véhicules et espèrent trouver des camions pour aller au devant de Théodore, qui doit toujours crapahuter sur la route avec ses gars. Personne ne semble s’en être soucié.

Je me retrouve avec mes gars dans un ancien camp Portugais, qui a servi aux commandos de chasse, durant la guerre d’indépendance. On s’installe dans une maison en dur à l’entrée du camp. Il y a de l’eau mais pas d’électricité. On étale des nattes par terre et organisons notre bivouac.

Lulu, reste dubitatif un devant l’installation, il n’est pas du genre camping. Il réfléchit est dit:

« Je crois qu’ici, on ne va pas nous demander de partir en courant. » il avait raison.

Je médite devant ma carte. Je me demande ce qu’on est venu foutre dans ce coin perdu. Les Portugais appelaient cette région « les terres du bout du monde ».

Le plan qui consistait à rallier Cago-Couthino, dans l’Est, est a priori abandonné. La route la plus courte pour s’y rendre monte vers le Nord-Est, et n’est qu’une piste de terre jusqu’à un bled qui se nomme Cangombé, où la route reprend, ce qui fait 160 kilomètres de piste inconnue et qu’on dit minée depuis l’époque de la guérilla. La piste du Sud est, par Mawinga et Nériquinha, où on retrouve la route qui monte vers le Nord représente plus de 500 kilomètres, en territoire inconnu où nous avons toutes les chances de tomber en rade, faute de carburant.

Les gars on ramené Théo et ses gars, ils avaient atteint Serpa. Belle performance. Les gars sont un peu vannés, mais très fiers. Cette compagnie va être reprise en main pour l’instruction. Si on a le temps, cela fera un fameux outil. Les jeunes vont se charger de ça.

Nous avons hérité de la présence de Carnot à temps complet. Il loge avec le gros Chevalier, et le  » beau frère « , le  » scribe « , un beau trio d’inutiles !

Max, promu au rôle de radio officiel et d’espion à notre service se baguenaude, vêtu d’une tenue camouflée  » Kantangaise  » et d’un stick. Carnot le prend comme chauffeur, alors que ce joyeux drille n’a qu’une vague notion de la conduite, ce qui donne lieu à une suite de gags, que Carnot n’a pas tous saisis. En plus, il lui tombe dessus au moment où il est en train de converser à la radio avec les Sud-Afs, et de faire une commande de bière : notre  » Hiro Hito  » a failli perdre son flegme !

Bandwa, a disparu ! Sans doute dans les fourgons de Valentin. Ce ne sont pas des gars à vivre en brousse si rien ne les y force.

Avec le curé, nous sommes chargés d’apprendre nos techniques aux gradés, avec le concours des francophones, dont le jeune  » ministre « . Ça ne se révèle pas être très prometteur.

La nourriture est le problème principal, pas question de chasse, il faut économiser l’essence. Lulu, est perpétuellement en action de maraude, c’est ce qu’il fait le mieux.

Vito, le second de Bandwa,, est resté dans le coin, il fait de brèves apparitions avec des mecs à tronches de détrousseurs. Je crois qu’il roule pour lui, à chaque fois il apporte quelques vivres.

Cela va faire 15 jours que nous sommes bloqués ici. Je n’arrive pas à comprendre, ni à obtenir des explications valables.

Ce matin, un avion s’est posé, car nous disposons d’un terrain proche du camp. C’est un beau bordel ! Une foule de civils, sortie de on ne sait où, assiège l’appareil. Nous avons toutes les peines du monde à récupérer la bouffe que les Sud-Afs nous ont fait passer. Il repart, chargé à bloc de gradés et leurs familles ont évacué en douce.

 » Ils vont nous refaire le coup de  » Lobito  » fait le curé.

Deux jours plus tard, l’avion nous revient, et Carnot se tire avec max et la radio, plus quelques zozos.  » Il nous ne tiendra au courant ! » … Avec quoi, des pigeons voyageurs ?

Le lendemain, je m’entretiens avec Théo qui vient de partager une boîte de pâte de fruit en 17. La dernière ! Il nous faut décider de quelque chose, on ne va pas rester ici indéfiniment.

On a remarqué que le nombre d’hommes en armes diminuait. Ils doivent se barrer en douce.

On est littéralement livrés à nous-mêmes. Il nous faut contacter les gars qui tiennent le bouchon. Théo qui se sent responsable de « sa » compagnie, il est bien le seul, réunit ses petits gradés et leur expose la situation. Ils vont prendre le maquis, on leur donnera les meilleures armes et des munitions. Pour le reste ils feront des caches. Ainsi ils seront plus mobiles. Qu’ils essaient de gagner les zones du Nord où ils peuvent trouver des sympathisants. Les gars écoutent avec attention, mais font une drôle de gueule, c’est le moment de faire ses preuves et ça les angoisses un peu, ils aimeraient rester avec nous, mais ce n’est vraiment pas possible. Les gars obéiront, mais seulement quand nous des camperons.

Nos rapports avec nos alliés, sans être mauvais, sont assez distants; hier, à l’heure du petit noir, un Major qui fait la liaison habituelle arrive la gueule en coin. Il nous balance la dernière.

 » Votre président, Giscard, a reconnu le gouvernement du M.P.L.A.  » silence gêné.

Il ne manquait que ça à notre aventure, quel con ! Est-ce qu’il sait au moins que nous sommes là ? On assure aux mecs qu’on s’en branle, nous, on roule pour l’Unita, et que ça ne change rien pour nous. Je fais voir Theo et lui rapporte la bonne nouvelle. Nous déciderons de préparer un message qu’il tentera de faire passer par nos amis. Avec sa couleur de peau, il passe mieux que nous ! Un émissaire, le Curé, est envoyé prendre contact avec Alain.

Je mets Legrand au boulot sur les voitures, nous avons troqué les V.W. Pour des Land-Rover car avec ce qui nous attend, il vaut mieux prévoir du costaud. Je préviens tout le monde, nous sommes en semi alerte. La Peugeot est chargée de plaques de tôles, de file d’acier et de filins, que nous trainons depuis Lobito.

Nous avons une réponse aux messages :  » en aucun cas ne prendre la route du Sud « . Ben voyons ! Et bien sûr aucun moyen d’authentifier ce message.

A midi, un avion fait un survol et se pose. On fonce au terrain, il y a déjà foule, et rien pour nous. Les blacks embarquent encore dans la pagaille habituelle. Nous regardons ça d’un air désabusé, un des gars de l’avion nous demande si nous comptons partir car d’après lui ce serait l’un des derniers vols, sinon le dernier. Il se pose à Gago-Couthiho où il a vu des gars de chez nous.  » Nous attendons des ordres ! » une réponse qui n’engage que moi pour ne pas perdre la face. Ils demandent si nous avons un message à passer, je me avance et lui dit : un

 » Si vous voyez un connard de gradé à face de rats, avec une moustache à la con, dites lui qu’on n’attendra pas jusqu’à la saint glin glin, OK ? « 

Il opine un peu surpris de la sortie. Ils décollent 10 minutes plus tard. Lulu, a quand même eu le temps de le tirer une caisse de potages déshydratés. C’est lui le meilleur !

En tout ! Hier soir, il nous en a encore fait une belle. Un quarteron de malfrats, enfouraillés jusqu’aux yeux, s’est pointé, des gueules a tourner dans les westerns spaghettis, il y en a même un qui a un feutre de ranger.

 » C’est des potes  » s’est écrié Lulu. Je me demande où il prend le temps de se faire des relations. Les « potes » restent plantés autour de la table.

 » Je suis en affaires » poursuit Lulu, tirant de sa poche un paquet de tissus qu’il déplie avec un excès de précaution sur la table. Il étale des doigts une poignée de verroterie. Les gars se penchent sur les cailloux et examinent en silence.

Je souffle au Curé  » c’est quoi ce cirque, tu es dans le cou ? « 

Il hausse les épaules en signe d’ignorance, Chamberny range ses affaires, un œil en coin. L’ambiance et pour le moins pesante, surtout à la lumière des bougies, la transaction n’a pas l’air d’avancer, le ton monte, Lulu, ce débat comme un vendeur de cravate dans un sabir connu de lui seul. Les gars se tirent, le visage aussi souriant. La porte fermée, tout le monde se précipite vers la table. Lulu, s’affole :

 » Déconnez pas les mecs, ces diam’s sont pas à moi ! « 

 » Des diam’s, d’où t’as tiré ça ? » fait le curé

 » Je t’expliquerai » fait il, pas trop fier.

 » Ca m’étonnerait que celui la tu arrives à le fourguer » répond le Chamb qui examine  » les diam’s ».

Le curé, la loupe à l’œil, se penche et pousse un rugissement;

 » Oh, le con ! Il va nous faire buter » il me montre un des « cailloux », on y lit très nettement le « S » du « sécurit » des pare-brise.

 » T’es con ou quoi ? Ils connaissent les cailloux bon dieu ! Ils sont nés dedans, tu croyais quoi ? « 

Dans un pays producteurs de diamants, faut le faire ! Il se défend mollement, Lulu, est de ses gars qui croient que tous les Africains vivent dans les arbres avec un os dans le nez.

 » En tout cas, un conseil, évite de les revoir, ils risquent de le prendre mal !

Il remballe sa camelote, je suis sûr qu’il va remettre ça, à la première occase. Incurable.

José, un des gars du bouchon arrive, ça remue un peu dans leur secteur, ils ont fait une reco à pied, et ont repéré des engins blindés légers, toutefois ils ont l’air de prendre leur temps. Alain compte faire sauter le pont au dernier moment. Il est prêt.

J’explique à José ce que nous comptons faire. De se tirer en douce; nos alliés risquent de nous entraver, ils nous maintiennent sur place pour des raisons que nous ignorons, et se tireront à la moindre alerte. Autant prendre les devants, d’ailleurs une bonne partie des troupes a déjà disparue, direction le Sud pour Rito, par Baixo-Longa, 300 bornes en gros, d’ici là, on tombera sur les Sud-Afs qui sont plus à même d’aviser pour nous. Théo est d’accord avec moi.

Il repart avec des signes de reconnaissance pour la future liaison. J’espère que les autres vont prendre conscience de la situation. Avec Théo, nous rendons visite à la station radio. Un Major, à l’air venimeux est encore là, et cela n’a pas l’air de lui plaire. Il nous dit qu’il attend quelque chose pour nous. Théo me regarde, on sait compris :

 » Il nous balade si tu veux mon avis ! »

 


Pages: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16

 
©2008-2019 ORBS Patria Nostra - Tous droits réservés - Contact - Site réalisé par |iN| iNuage