OPS Angola-Unita Mémoires de Bosco


 

Les gars arrivent, à la voiture d’Alain un de leurs black est mort, l’autre a pris une rafale dans le bide. Théo s’occupe d’Alain, c’est en plus notre toubib.

Les gars commentent bruyamment, je fouille les herbes avec quelques gars, quelques étuis et des emplacements, prouvent que c’était une embuscade. Carcasse, est parti devant avec une patrouille improvisée. Les véhicules sont massés en une longue colonne, un beau coup pour un avion en chasse. Je pousse un coup de gueule :

 » Dispersez les bagnoles, bordel ! Ça ne vous suffit pas ? « 

Théo, s’amène les mains pleines de sang :

 » Alain est mort, j’ai rien pu faire. « 

Putain de merde ! Il faut se secouer, c’est en train de mal virer, tout le monde fait ce qu’il veut, personne ne commande, et on marche la tête dans le sac.

J’ai un coup de barre et me verse mon bidon sur la tête. Je suis sûr que la moitié de l’effectif n’a pas pensé à remplir son bidon. Ils se trimballent à travers l’Afrique, comme si ils allaient trouver un bistro au coin du bois et des stations services.

José s’amène avec quelques gars, il a l’air décidé:

 » Bosco, faut arrêter ce bordel, on a décidé que quelqu’un devait prendre le manche, c’est à toi que ça revient, alors commande ! Je te jure qu’on va t’aider. »

Je ne suis pas trop surpris que tout me revienne dans les pattes, il leur a fallu un mort pour qu’ils pigent que ce n’était pas une excursion. Les jeunes accusent le coup, personne ne la ramène.

 » OK, je prends, mais plus d’initiatives, je veux bien discuter, je ne suis pas Dieu le père, mais ne m’emmerdez pas, sinon, vous vous démerdez tout seul, moi la brousse, je connais. »

Théo s’occupe du blessé et fait charger le corps de notre camarade dans le combi VW, que conduit Hugues.

 » José, à moi ! l’A.M.L. en tête, dedans Vito, le chauffeur et Lumio, derrière le 4×4 avec les Portos et deux véhicules allégés et 4 types par voiture. Au milieu, le Marmon, tu me colles six blacks dessus, vérifiez la 14,5 ! Le reste à deux cents mètres, c’est vu ? »

Carcasse revient, ils n’ont trouvé que des traces de pas assez nombreuses. En tout cas, on sait que nous sommes sur la bonne piste, Baîxo-Longa est devant.

On se tire de là ! La brousse est épaisse, sur la droite des herbes hautes comme des cannes à sucre. Les moteurs ronflent, le paysage est vallonné et le soleil tape dur. On est stoppé en haut d’une crête, à nos pieds, un village, la route le traverse départ en part.

L’A.M.L.est en chouf, on débarque :

 » On va faire à pied; Chamb à droite, le Curé à gauche, je prends la route avec Carcasse, si ça se met à camphrer, vous allumez au canon, Vito, ! « 

Tout le monde se met en place, une vraie manoeuvre d’école.

 » Fais gaffe à tes pieds, grand, avec leur histoire de mines, on ne sait jamais ! « 

Il grogne et vérifie son launcher, arme redoutable qui tire des petits obus, bons pour le dur comme pour le mou. On arrive sans encombres au milieu du village, sur une maison, un panneau;  » Baîxo-Longa «. Ce n’est pas trop tôt ! Les gars débordent en fouillant les cases, Théo trouve une grenade piégée derrière une porte, dans une autre, des conserves Sud-Afs ouvertes, la cuillère dedans.

 » C’est devant que ça se passe, fait le Curé, ils ont l’air drôlement pressés « 

Je commence à piger, nous n’avons pas à faire aux gars du M.P.L.A., mais à un commando avancé de Sud-Afs, pourtant ce n’est pas dans les manières de blancs de carapater comme ça.

Je rafle un paquet de papiers dans un bureau, archives ? Sous un auvent, des fûts, essence et gas-oil, une aubaine, je dis aux gars de faire leur plein. Je me baigne tout habillé dans le ruisseau qui coule au bas du village, en bouffant une boite de betteraves rouges récupérée, jamais trouvé ça aussi bon qu’aujourd’hui.

On repart, ça grimpe dur, une partie des gars est à pied, les bagnoles suivent avec des fortunes diverses. Brousse plus épaisse, sol sablonneux, on commence à tirer la pate. Une crête succède à une autre, cette fois une jeep, abandonnée à mi-pente, en panne ou à sec. On continue, les gars verront ça, je veux qu’on talonne ces mecs. En haut de la crête, cachés dans les taillis, un mortier de 60 et ses obus, tout prêts, petit matériel, une mitrailleuse de 30 et ses bandes, des conserves prêtes à consommer.

Ils ont vraiment la trouille.  » Je crois qu’on se rapproche, fais gaffe

Au soir, nous sommes réunis sur un petit plateau, seul endroit plat de la journée, on décide de passer la nuit ici. Hugues, me prévient qu’on ne pourra pas garder le corps d’Alain longtemps.

On prépare son enterrement, c’est moi qui fait la croix avec un solide brêlage marin, les blacks sont très bien, ils confectionnent des torches et font la haie, les gars ont rectifié leur tenue, les blacks chantent une mélodie, belle mais triste, on le descend, enveloppé dans une solide bâche. Il est mort en soldat, il a une tombe de soldat. Le Curé, grave une rune de vie sur l’arbre qui se trouve à la tête de sa tombe, au cas où …?

Nuit sans incident, les gardes se sont succédés. Un café avalé rapidement, les feux ont couvé toute la nuit. La colonne reprend sont aspect d’errance, une heure après, nous sommes bloqués par un marécage, qui semble immense, on en suit le bord vers l’Ouest pour retrouver la brousse, ça n’en finit pas, grosse chaleur. /p>

Le marmon tombe en panne, on l’abandonne après avoir démonté la culasse de la 14,5, les gars qui étaient dessus suivront à pied. Les histoires d’essence vont nous compliquer la vie. C’est l’A.M.L. qui bouffe le plus, chaque véhicule lui cède du carburant à tour de rôle. On a décidé qu’elle ferait des bonds d’une dizaine de km et qu’elle nous attendrait. Pour éviter de nouvelles méprises, nous avons mis dessus un drapeau Français et un de l’Unita.

A quinze heures, nous sommes enlisés dans un marigot, un passage de cinquante mètres nous sépare de la terre, plusieurs voitures sont dans la béchamel, dont le combi VW. Quelques voitures ont réussit à passer, l’A.M.L. cavale à l’avant.

Legrand, nous sort de là et en sort un autre avec son treuil, tout le monde est plein de boue, les gars sont fatigués, peu ou pas de nourriture, la chaleur, ça commence à arquer. Hugues a une jambe HS, Théo pense à une phlébite. Ca gueule derrière, Chevalier qui voyage dans le combi fait de grands signes, j’y vais avec Raymond, de la vase jusqu’aux genoux.

 » qu’est ce qu’il y a encore ? « 

 » c’est l’A.M.L. me fait il « 

Je prends le bigo,  » oui, Bosco j’écoute «, ça grésille,

 » Bosco, ici Lumio, on est chez les amis  » ça passe mal, un silence puis quelqu’un qui parle en anglais, je passe le truc à Raymond, il est plus doué que moi.

 » Colonne Unita, j’écoute  » ça débite en British, il traduit à mesure.

 » Ils veuillent qu’on rallie sans armes, les blancs devant, les portos et les blacks après, ils ont l’équipage de l’A.M.L. en otage, pas de conneries ! « 

 » Qu’est ce que c’est que cette connerie ?  » Les gars sont attroupés autour du combi, silence, Raymond attend, son visage plissé;

 » Je ne vois pas ce qu’on peut faire d’autre. « 

Il reprend le micro ;

 » OK, on arrive , le type veut quelqu’un qui parle portugais, on en trouve un, à son tour il part dans un discours rapide, on a l’impression qu’ils s’engueulent. Autour du combi, ça bouchonne, les gars se sont rendus compte qu’il se passait quelque chose d’insolite.

L’autre explique le coup à ses potes, ça gueule, pourquoi les blancs d’abord ? On veut les abandonner etc… Je suis obligé de pousser un coup de gueule pour ramener le calme.

Je vais aller voir ce qui se passe, qu’ils continuent à faire passer les voitures, l’heure tourne, on ne va pas passer la nuit ici. Pour montrer ma bonne foi, on va leur laisser quelques otages.

 » Tiens, Chevalier et son beauf «, il proteste, Hugues se marre

 » Pourquoi moi ? Il n’y a pas de raisons « 

 » si, il y en a une, c’est la première fois que vous allez servi à quelque chose ! »

Je pars là dessus en faisant signe à Raymond, de me suivre. Un quart d’heure plus tard nous sommes au pied d’une colline boisée, en haut de la piste, on aperçoit Théo et l’équipe carcasse, groupés autour de l’A.M.L. qui a son canon tourné vers nous. Dans la tourelle, un gus en tenue camouflée. Il gueule des ordres, mais on ne comprend pas trop.

Dans la voiture, Legrand, Raymond et moi, ont est perplexes, ont enlèvent nos brelages, mais glissons le P.A. dans la ceinture et une paire de grenades dans les poches.

Là haut, le mec s’énerve, il nous délègue Théo;

 » Ca va aller les gars, mais calmos, ils sont tendus. « 

Lui, est fidèle à son image, calme et efficace. On y va, Carcasse essaie de détendre l’atmosphère en parlant de l’équipe Sud-af de rugby. A première vue, l’autre à d’autres soucis. Le gus est mal rasé, l’air décidé, une gueule à la « Antony Quynn » dans « Zorba le grec ». Sa façon de nous parler ne me plait pas, en plus, je vois un de ses sbires avec le béret rouge de Lumio et celui de Vito, à la main.

Je lui fais dire, que je donnerai l’ordre de rallier au reste de ma troupe, quand j’aurai vu les deux gars. Il tique et échange quelques mots avec un des soldats noirs, le reste est composé de jeunes blancs, à l’air pas très rassurés

Lumio et Vito, nous sont rendus, pas très fiers mais intacts. On se met d’accord, personne ne bougera si ce n’est pas moi qui donne l’ordre personnellement. J’ajoute que les gars, passé un certain délai, passeront à l’attaque, c’est la consigne !

Tout ça est bien sur du bluff, mais je veux lui rabattre un peu sa morgue. Il réfléchit et consent d’un geste. Je passe l’ordre de rallier en ordres.

Les voitures arrivent, une à une, devant tous les mecs qui débarquent, sales et pas désarmés, je sens que les choses le dépassent, il ne nous croyait pas aussi nombreux. Le 4×4 avec son 106 braqué et les types à leur poste le bluff un peu.

Il nous demande de rembarquer et de le suivre, le plus gros est fait.

Nous roulons une demie heure dans des bois épais et arrivons à leur camp, sur le sommet d’une colline, autour, des cases et divers bâtiments en dur. C’est encore un ancien camp des forces portugaises. On apprendra que nous sommes à Villa-Nova de Armada.

Des militaires Sud-Afs nous regardent ranger nos véhicules au carré. L’ambiance est détendu, un officier arrive et demande en Français qui commande ? Chevalier, mut par un vieil instinct s’avance. Il est hué par les gars et ramené dans le rand sans ménagements. Un instant de gêne. Il y en a qui n’ont aucune pudeur !

Théo me présente, je pars avec le gars vers la salle des transmissions. Il me tend un emballage de « Gitanes » sur lequel est griffonné  » suivez le porteur de ce message «, signé Vincent.

Je me souviens que c’est le second du Vieux qui commandait l’équipe du Cabinda. Je ne le connais, que de réputation. L’officier me confie qu’ils nous cherchent depuis plusieurs jours. Tout le reste des  » conseillers » est à Gago-Couthino. Il ajoute que pour des amateurs, on a fait fort, personne ne nous attendait sur un tel parcours.

 » Je pense qu’on va vous récupérer rapidement. « 

Je sors de là, soulagé de la conclusion de cette affaire. Je lui signale le coup de l’embuscade et comment cela s’est passé. Il m’écoute avec attention.

Nous rejoignons le groupe qui est en train de passer à la douche et bâfre sans pudeur grâce aux rations distribuées. Les blacks ont été regroupés et bouclés dans un bâtiment, ils ne comprennent pas, et nous adressent des signes désespérés. Seul Vito, et quelques  » clairs  » sont restés avec nous.

Drôle d’ambiance autour des voitures, un attroupement, nos gars ont les armes à la main face à un groupe de noirs excités. Vito, arrive, écoute, et se met à distribuer des claques, braillant en portos. Un major Sud-Af, se pointe et s’en mêle, le calme précaire s’installe, on m’explique que les armes récupérées sur la piste sont aux « clowns » qui la ramènent.

 » Zorba  » s’amène et commence un speech en idiome local, tout le monde s’écrase, on fait passer les voitures dans le quartier  » des blancs » pour la nuit. Le problème sera réglé demain.

Les jeunes soldats Sud-Afs nous traitent comme des héros, je ne suis pas très sûr que tout le monde le mérite. Ils nous pillent pratiquement nos insignes para Français. Pour une fois, nous dormirons en sécurité, mais par terre.

Hughes, a de la fièvre et la jambe gonflée, le blessé est mort cette nuit. Nous découvrons des vivres planquées dans les voitures de nos  » alliés « , belle mentalité ! Ils sont toujours bloqués.

Je demande au Major les raisons de leur internement, il m’explique que nous sommes dans un fief du M.P.L.A., autre faction opposée au F.N.L.A., rapidement supplanté dans la région, il s’est établit dans le Nord. Des tensions subsistent toujours et il est préférable de ne pas les mélanger.

Ils se servent, eux, des derniers partisans de ce parti, comme commandos de reconnaissance à l’intérieur de l’Angola. Nous sommes tombés sur un de ces commandos qui nous a pris pour une avant garde ennemi.

Le chef, un petit Portugais à barbe fin et noire de traitre d’opérette. Il n’a pas l’air très fier de la prestation de ses hommes.  » Quynn Zorba  » redistribue les armes, que nous avons ramassé et les renvoient sur leur terrain de chasse, après un discours peu amène, autant que nous puissions nous en rendre compte.

 


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