OPS Angola-Unita Mémoires de Bosco


 

Je me demande à nouveau quand ce numéro de cirque va s’arrêter ? Nous sommes à 76 km de la frontière Zambienne, je ne crois pas que tout cela dure encore longtemps.

Nous redescendons rendre compte. Cette putain de land fume comme une locomotive. A la villa, peu de changement, les avions sont venus straffer l’aéroport, les jeunes, le Curé, Chamb, Ribes et Théo sont partis à Nindau, un bled à 60 bornes plus au Sud, pour faire de l’instruction. Je rêve ! C’est vraiment le moment ! Vincent à décidé de faire évacuer Chevalier et le Beauf sur Rundu, ça fera des bouches en moins à nourrir. Il n’a pas encore vu Savimbi, pourtant l’Unita est bien là, avec ses soldats clodos, ses dirigeants politico-militaires bavards et préssés.

Leur truc, c’est la chasse aux espions, je me demande où ils les trouvent ? Ils nous ont collé un quarteron de pauvres types déjà bosselés dans une pièce de la villa, que l’on sort pour un oui ou pour un non et qui ne reviennent pas toujours de leur promenade.

Nous remontons sur les positions avec deux Portos métissés, mon équipe de Lobito a disparu de l’environnement. On tourne la voiture dans le sens du retour, derrière la crête. J’en ai marre de pousser, et c’est une sécurité en cas de cavalcade surprise.

On commence à prendre les mœurs du pays. Jimmy me dit que le Lt-Gle Chivalé, venu avec sa clique – c’est le grand teigneux qui est passé l’autre jour – il était furieux de trouver personne. Le secteur a repris son calme. Jimmy me demande ce qu’on va faire, je suis bien emmerdé pour lui répondre.

J’installe une position avec une 50 que j’ai récupérée, on construit un bunker de troncs à l’opposé de celui de Jimmy, ça fera un beau tir croisé.

Je reste avec mes deux portos, Legrand se met à ausculter cette salope de bagnole. Helmut vient faire un tour avec Raymond, il vient aux nouvelles pour Vincent, il avait qu’à écouter quand je lui ai rendu compte. C’est un comble !

Il se remet à flotter, ils repartent, je regarde la voiture qui s’éloigne, Jimmy à l’air d’un nain avec son poncho et son chapeau de brousse informe et dégoulinant. Qu’est ce que je fous ici ?

Je refile dans mon trou et somnole, le cul sur une caisse de munitions, les pieds dans dix centimètres d’eau boueuse. Mes deux portos ont du gagner un bivouac moins précaire, avec les boubous.

Je ne croyais pas qu’on puisse avoir si froid en plein milieu de l’Afrique. Le jour a fini par arriver. Jimmy sort à moitié de sa bauge et me hèle par dessus la route. Il a mijoté un café au lait, nous grignottons des biscuits en buvant, c’est chaud, ça requinque.

Le temps semble se requinquer lui aussi, le soleil fait une apparition timide, comme honteux de s’être défilé sans prévenir. Je me remets à agrandir mon trou et mettre des rondins dans le fond. Un bruit de moteur me fait sortir de là, c’est sur l’arrière, je vois toute une smalah qui se radine, je monte sur la route, la pelle à la main.

Thoman, la caméra à l’épaule, film pour la postérité. Bob, la casquette  » Bigeard  » sur les yeux, le FAL à lunette tenu par le canon, se ramène en claudiquant, style « Mac Hartur sur le front de Corée. « 

Il porte des épaulettes rouges, il se marre devant ma dégaine et me lance:

 » Alors, Bosco, ça marche ? « 

Il me charrie ou quoi ? Je lui renvoie, désignant ses épaulettes:

 » Vous êtes passé dans le corps médical, Patron ? « 

Son visage change d’expression, il n’a pas l’air d’apprécier, mon humour ne sied pas à l’endroit, on passe à un autre sujet.

Je lui fais un rapide exposé des derniers jours, Vincent discute avec Jimmy. Le Vieux, parle de reprendre le maquis, je rigole:

 » Avec qui ? Dès que ça chie ils se tirent, on a passé la nuit à deux !

 » On va se reformer plus bas que Gago « 

 » Avec des Viets ou des Arabes, je vous dirais oui, mais avec des mecs qui se planquent pour bouffer, vous rêvez ! Je pense qu’il est un peu tard pour faire quoi que ce soit, Patron. « 

Mon analyse n’a pas l’air de le satisfaire. On peut toujours en discuter, mais on a trop laissé passer d’occasions, et maintenant que nous sommes le dos à la frontière, les gars dispersés et le matériel abandonné, ils vont vous faire croire qu’ils veulent en découdre ? Je vois que mes arguments portent. Je n’ai pas de mérite, un aveugle seul peut ignorer tout ce bordel.

Ca discute encore, je vais redescendre, Raymond prend ma place, je lui montre mon trou et il se démerdera avec Jimmy, il a travaillé avec les ricains au Viêt-Nam, il les connait. Bonne chance les gars !

Retour à la villa qui parait en état de siège. J’apprends qu’il y a eu une salade entre les pilotes d’avions et les blacks, du sérieux, puisque les premiers sont venus se mettre en sûreté avec nous. Il règne une ambiance de défaite ici.

Le Vieux et Vincent, vont voir Savimbi. Marin est parti avec Hugues dont la jambe ne s’arrange pas et quelques blessés. L’aéroport a subi plusieurs attaques aériennes et envoyé deux pilotes à l’hosto. L’étau se resserre.

Je prends une douche… froide dans un local infect, mais c’était nécessaire, je n’ai pas enlevé mes bottes depuis une semaine. Le soir, le Vieux m’annonce que je rentre à Rundu, on verra après. Je ne proteste pas car j’ai le sentiment qu’ils ne vont pas faire long-feu ici. Mon sac est vite fait, Noel me confie la valise d’Alain.

Un fokker m’arrache de là dans la matinée, il est bourré de blacks, on vole bas, les pilotes sont aux aguets. On arrive sans encombre. Je suis pris en charge et conduit dans une tente où je retrouve Chevalier, son beauf et Marin qui ont repris du poil de la bête. Hugues est à l’hosto. Douche chaude, treillis propre, je suis revenu de la lune ! Le Major Du-plessis vient me chercher en jeep, c’est mon interrogateur de la dernière fois. Il me demande de lui parler de ce qui se passe de l’autre côté. Son mobile home est confortable et j’ai droit à la bière et au cigare. Je lui dresse un topo sur la carte détaillée qui est sur la cloison. Ses deux aides ont le crayon dressé et le carnet ouvert. Il leur parle en afrikaner, j’en suis pour mes frais.

Le soir, Marin et moi sommes conviés au mess des officiers ou nous sommes chaleureusement accueillis. Énormes steaks et ils ont trouvé du vin, Sud-af, mais il n’est pas mauvais. L’ambiance aidant, on se quitte sur une vibrante  » Marseillaise  » , ils nous étonnerons toujours ces Boers. Nous avons un peu de mal à retrouver notre palace de toile.

Je suis de nouveau alpagué par le Major Du-plessis qui m’emmène voir un Général, merde !

Le gars est jeune, genre jouer de basket, son mobile home est un vrai appartement. Je refais mon numéro devant la carte, mais ce qui l’intéresse, c’est ce que j’en pense  » moi « . Je regarde le Major qui m’encourage de la tête, alors là, je mets le paquet, et pas de cadeau pour personne. Il se marre et me tape sur l’épaule. Pendant que j’y suis, je leur confie que nous sommes un certain nombre volontaires pour rester avec eux et repasser de l’autre côté, mais dans d’autres conditions, et travailler à notre manière. Ils ne sont pas contre, mais ils veulent en parler avec Bob.

Je vais voir Hugues sur son lit de douleurs, ça va mieux, mais il n’est pas près de cavaler, il y a avec lui les deux pilotes blessés à Gago. Ils ont eu du pot, ce n’est pas trop grave. D’après eux, Gago est le dernier terrain, si nos gars s’arrachent pas rapidement, ils vont rentrer à pied.

Dans la matinée, le sergent se pointe avec quelques bières et me dit :

 » Your team is back home captain ! « 

Devant ma tête, il m’explique qu’un appareil les a posés ce matin, par discrétion, ils sont en bout de piste, il y a des blessés.

Bob se pointe dans la matinée et m’annonce que c’est fini. Quelques blessés dont Thoman qui a pris un éclat de roquette dans la cuisse. Les Migs ont straffé Ninda, le centre d’instruction n’est plus qu’un souvenir.

Les gars vont être remis dans la tente du premier séjour, je les rejoins car je n’ai aucune affinité avec Chevalier. Les jours vont se trainer, apportant un bobard quelconque chaque jour. Notre proposition de volontariat est étouffée dans l’œuf par le Vieux. Cette idée ne rejoint pas les projets qu’il dit avoir pour notre avenir. Nous nous contentons d’observer l’activité guerrière des Sud-afs, au milieu desquels nous vivons.

Méchoui d’adieu, je ne sais pas d’ou vient l’idée, du Curé probablement, il est assez fort pour ça ! Ils ont même trouvé le mouton. Agapes joyeuses, toasts portés aux uns et aux autres. Carcasse, moi-même et quelques autres parlons encore de rester ici, mais on nous ramène à la réalité, en nous annonçant notre prochain départ. Dès lors, cette idée monopolise toutes les attentions.

Je pars dans les premiers, après deux fouilles sévères par la police militaire, des pas rigolos !

Noel me file le costard et la gabardine d’Alain, car je n’ai plus rien, un autre une paire de pompe.

Un matin, on se retrouve dans un gros porteur, l’avion est pour les blessés, tous des jeunes. Ca barde aussi en Namibie. Bob est avec nous, disert comme un sac de plâtre. On débarque à Prétoria, enfournés dans des voitures et conduits à l’aéroport international, à une vitesse que pour ma part j’estime excessive. Nos billets nous sont remis au dernier moment, nos protecteurs nous font passer au contrôle en coup de vent et ne nous lâchent qu’au pied de l’appareil. Marin qui est avec moi me dit :

 » Ils ont vraiment envie de nous voir partir. « 

On grimpe l’échelle, nous sommes deux putains de passagers comme les autres. L’hôtesse nous place avec un sourire commercial. On se carre dans les sièges, je porte le costard d’un mort, et je crois bien que je n’ai tué personne, si non le temps. Tu parles d’un guerrier !

Au dessus de l’atlantique, Marin tient à sabler le champagne, une façon comme une autre de fermer la page.

 » Kwacha Unita  » tu parles !

 

A lire…

Avec L’UNITA angolaise Extraits de « Corsaire de la République » par le Colonel R. Denard avec la collaboration de Georges FLEURY.
 


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Documents Angola – Unita


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