OPS Angola-Unita Mémoires de Bosco


 

De Vesdres arrive avec Lulu,, nous en profitons pour faire une réunion. Je les mets au courant de miner la coupure, pour les dégager de cette corvée de sentinelle.

Si des mecs viennent se coller les pattes dedans on le saura vite et on avisera ».

Je veux que les équipes restent mobiles et en alerte, nous allons axer nos activités sur la surveillance de notre flanc est, pour déceler des infiltrations éventuelles. Si nous en avons le temps nous verrons ce que nous pouvons faire pour le Nord et l’Est de Lobito même. Je recommande à Chamberny de ne pas aller au-delà de Teixera da Silva dans ses incursions. Je retiens Bandwa, pour demain 7h00, et lui demande d’en savoir plus sur les échos que Chamberny m’a rapportés.

Nous avons laissé l’équipe de démolition au repos et montons sur la coupure, c’est un vrai convoi, trois voitures et un camion « Marmon » que Bandwa, a mobilisé dans ses réserves. Les troupes du « colonel » glandent toujours au même endroit, nous poursuivons sans nous arrêter. A la rivière nous inspectons le terrain. Les gars du Major débarquent le matériel. Nous avons des mines antichars Russes et des mines « encriers ».

De Vesdres et Hugues sont de taille pour maîtriser tout cela, Bandwa, me présente un gars qui connait aussi ces saloperies. Il en a posé contre les portugais avant l’indépendance, les temps changent ! Ce gars connaît parfaitement ce matériel et cela se voit, les autres font les manœuvres.

Je dresse un plan sommaire des emplacements, ce vilain travail exécuté, nous dégageons. Ca n’arrêtera pas la guerre, mais quant ils vont tomber là dessus, ça les retardera et l’effet psychologique fera le reste. De Vesdres et Lulu, passeront une dernière nuit pour observer à tout hasard. S’il y a des observateurs ennemis, je ne serais pas surpris qu’il y ait une réaction.

Après la dînette, nous poussons jusqu’au bord de la mer rendre visite à la pêcherie qui est abandonné. Un village de cases surplombe sur un morne voisin. Mais il semble que les habitants aient déserté les lieux. A deux encablures, plusieurs chalutiers au mouillage sont également abandonnés. Cela paraît impensable. Bandwa, me dit qu’ils sont restés en rade faute de carburant. Je fais remarquer que le calme revenu, Lobito aurai pu venir les remorquer. Quel gâchis !

Les bâtiments de la pêcherie son plein de matériels divers. Nous découvrons sous un hangar un stock de poissons séchés, c’est la seule chose concrète que j’arriverai à leur faire faire. Il y en avait trois camions de 15 tonnes. Il est vrai que pour la bouffe, ils se remuent. Je fais embarquer plusieurs glènes de filins de fort calibre, un réflexe de marin. Le pire et qu’il n’y a eu aucune déprédations apparente. Je fais embarquer la collection complète et reliée de l’encyclopedia britannicus abandonné dans un bureau. Je ne l’a reverrai d’ailleurs jamais. Quelques crics et des barres de fer complètent notre butin.

On est paré à partir quand les gars de Bandwa, nous amènent un vieux birbe hirsute en rigolant. Il n’a pas du tout l’air impressionné, je lui serre la main et lui offre une cigarette qu’il casse illico en deux et ce col dans la bouche d’un air gourmand.

Lulu, s’esclaffe: « ah ben lui, il s’emmerde pas avec les briquets. »

« Alors Tanga, qu’est ce qu’il nous raconte notre ami ? »

L’ami est vêtu d’un chante salle est déchiré et tient sur l’épaule une houe locale à manche court. Il n’est ni rasé, ni barbu, comme le sont souvent les vieux noirs, ses yeux plissés brillent de malice. D’après Tanga, il travaillait les champs pour la pêcherie, mais tout le monde s’est barré, il est resté seul avec sa vieille. Il mâchonne son tabac sans ce troubler, il voit bien des soldats de temps à autre, mais il se cache, il ne veut pas d’histoire.

Je lui refile une pipe et demande:  » donc il sait rien il y a rien vu ? »

Tanga lui pose une dernière question, le vieux crache un jet de salive noire et éructe trois mots d’un ton sec et définitif. Les gars se marrent. Je lui fais donner un ballot ou de poissons secs et il part en trottinant sans se retourner. On en fait autant, je me demande si ce n’est pas ce vieux qui a raison.

Nous repérons en revenant sur Lobito, plusieurs pistes carrossable partant vers l’Est, je pense que c’est par ces pistes il nous faudra pousser des reconnaissances.

Devant l’hôtel, j’ai réussi à interdire la rue a notre profit, de câbles en barrent l’accès qu’une sentinelle abaisse aux voitures autorisées, idem à l’autre bout. Je vois Tanga flanquer une volée de claques à une des sentinelles qui baillait assise par terre. Il n’y a vraiment qu’eux qui peuvent se permettre ça. Nous avons un homme de garde à la porte de l’hôtel, un jeune qui arbore un splendide chapeau scout, trois jours plus tard, je le trouverai endormi dans les plates bandes. Renseignements pris, le gars n’avait jamais été relevé, et mangeait quant il pouvait. Je le renvoie d’où il vient, il n’a jamais dû comprendre. Je laisse tomber.

Valentin ulcéré par ma sortie sur sa « police militaire » me demande la former, le « colonel » qui commande est mis à ma disposition séance tenante. Je lui fais remarquer que cela ne peut être fait en quelques jours et qu’il me faudra les moyens. Je lui promets de faire un projet en ce sens qui lui sera remis. Tout ceci finira aux oubliettes.

Le lendemain, le Curé et Lulu, ce pointent, ils ont essuyé trois coups de mortier dans la nuit, pas de dégâts, mais une preuve de plus qu’on observe nos mouvements. J’en fait part au docteur pour lui donner matière à réflexion. De toute façon, on ne remontera plus là haut, on va changer de jeu.

Il est 6h00 du matin, les senteurs de la marée viennent rôder jusqu’ici malgré celles de l’asphalte. Je regarde les gars qui dorment dans les voitures dans des positions les plus invraisemblables. Sur le trottoir d’en face, sous les arcades du bistro, d’autres sont allongés à même le sol. On ne peut pas dire que ces gens soient compliqués.

Je rentre et réussi à me faire servir un café. Mes gars arrivent l’un après l’autre. J’attends et Bandwa, arrive pour monter une reco sur un des axes repérés. Nous grimpons au cinquième pour être tranquille, je demande à Chamberny, reposé et frais de me raconter ce qu’il a vu pendant son dernier raid. Il se concentre quelques secondes;

« Je passerais sur les démolitions qui souvent, sont à peine motivées. On passe plus de temps à chercher de l’essence et à bouffer. Les contacts avec les F.L.A. sont bons dans l’ensemble, mais on ne sait jamais ce qu’ils font. Ils sont toujours groupés dans les petits bleds, sans flancs gardes, passant le temps à roupiller, à part la chasse aux espions, qui est une sorte d’exutoire à leur inertie. En se référant à ce qu’on a pu voir, leur ligne d’implantation se situe, il déclina ma carte, Lobito, Cela, Bimbé, et au Nord de Silva-Porto où nous n’avons pas opéré. Le point principal est Alto-Hama, le croisement des deux axes principaux. Si les M.P.L.A. percent, ce serait là: la route principale est en bon état, venant direct de Quibala et Santa Comba ».

Il me regarde interrogatif :  » vous êtes monté jusque là si je me rappelle ? »

« A cinq ou six bornes environ, pour faire sauter un pont, qui pour une fois, en valait la peine ».

« C’est trop près, évitez de rentrer en contact, ce n’est pas votre job ».

Je suis bien d’accord, surtout que pour avoir une escorte, c’est toute une affaire ».

« A part ça, est-ce que tu as senti chez eux une volonté de résistance, et est ce qu’ils en ont les moyens ? »

« S’ils voulaient, ils en ont les moyens; mortiers lourds, canons S/R 106, mitrailleuses lourdes de 14,5 Russes, R.P.G. 7, le tout tracté ou porté, et pas mal de munitions ».

Il se tait, personne ne bouge, Bandwa, se pointe à ce moment-là et nous ramène sur terre.

« Bien, voilà comment je vois les choses; premier point, l’équipe de démolition continue sans trop s’éloigner, qu’on puisse se regrouper en cas de clash. Deuxio, le reste se limite à des activités de patrouilles et d’observation et de collecter plus renseignement avec l’aide de notre ami Tanga. Lulu, administre une claque sur l’épaule de Bandwa,. Tout le monde s’ébroue.

« Le Curé, nous allons monter à la sortie Nord de Lobito, et voir ce qu’on peut installer comme défense à base de mortiers lourds, et voir ce qu’on peut regrouper comme infanterie, je ne me fais pas d’illusions, si on peut avoir une compagnie ce sera déjà bien. On la prendra nous-mêmes en charge, on ne peut que improviser vues les circonstances ».

Je vois que Bandwa, attend quelque chose.

« Toi Major, tu restes en appui et continues les liaisons, si tu n’es pas là on ne peut rien faire, tu as intérêt à mettre les petits camarades du garage en stand-by, en plus, c’est toi qui va me trouver la compagnie de biffins prévue, organiser le ravitaillement et le reste, vous travaillerez en doublé avec le « Curé », Lulu, comme d’habitude pour les problèmes techniques, Hugues reste avec moi. Il faut trouver des mecs qui connaissent les mortiers, tu vois on ne t’as pas oublié ».

Pendant qu’ils échangent leurs idées, je pense que c’est tout ce que je peux faire de mieux, il me reste à voir Valentin pour lui donner une partie de mes intentions.

Nous descendons en cavalcade, le « Curé » et Lulu, vont jeter un oeil sur le pont « pré-miné » et prendre l’air, je vais faire un tour au port avec Hughes, à moins que je puisse voir le docteur miracle.

Chamberny me rappelle qu’il a toujours son problème d’explosifs. Merde, j’avais totalement perdu ça de vue. Bandwa, me dit qu’il croit pouvoir trouver ça, on y va tout de suite, comme toute la bande est au complet, on par tous ensemble vers ce dépôt miraculeux.

On file par le Sud, une vaste zone de marais à demie à sec, sorte de zone industrielle sordide qui sépare Lobito de Benguela, l’aéroport se trouve tout près. On vire dans une piste de terre qui nous conduit vers deux grands bâtiments austères, tout autour l’endroit est plat, vide et désolé, on stoppe devant une porte monumentale en ferraille. Deux mecs « feignassent » au soleil, le cul sur des chaises appuyées aux murs. Bandwa, me dit que c’est un ancien pénitencier, ça explique le décor,

« Hé, Lulu,, ton prochain hôtel ! » tous les gars se marrent.

Bandwa, a fait remuer les deux glandeurs à coups de pied dans les chaises. Ils s’affairent pour nous guider. On trouve facilement ce que nous cherchons, de grosses boîtes de plastiques Russes et tout ce qui va avec; c’est beau l’amitié des peuples frères. Nous faisons notre compte: un chargement de mines encriers et de grenades, les munitions ne manquent pas non plus, mais nos armes n’avalent pas ce genre de dragées. Bandwa, embarque des roquettes de R.P.G. 7 et des munitions de AK 47.

A l’extérieur Ribes et son patron font des essais de plastic au grand dam des gardiens qui n’ont pas l’air d’apprécier. Chamberny estime que ce truc russe est moins efficace que l’américain. On se barre sans rien signer, drôle d’organisation !

On rentre en ville, les démolisseurs vont préparer une nouvelle mission, nous montons sur le Nord, dans la foulée, j’ai changé mes plans. Je décide de monter jeter un œil à la coupure, en passant, le « Curé » veut expérimenter le plastic russe sur le camion de patates pourries. Ca marche ! Ca marche même bien, le camion vole en l’air désarticulé, et son chargement et pulvérisé dans la nature, c’est pire qu’avant, il y en a partout, on passe en patinant dans cette mélasse odorante.

Au terrain d’aviation, les glandeurs sont toujours en pleine léthargie. On arrive en haut de la combe qui domine la rivière. Je fais signe de stopper, inutile de se faire voir. On débarque les jumelles à la main. A priori, pas de changement, nous examinons surtout les abords du pont, mais rien ne semble avoir bougé. Lulu, voudrais aller jeter un coup d’oeil, mais je m’y oppose, inutile d’apporter un intérêt particulier à cet endroit, cela ne pourrait que sembler suspect, si on nous observe. Ont vide une bière, cadeau de Bandwa,, qui est décidément un homme de ressources.

On rentre, au pont miné, nous stoppons et le « Curé » jette un coup d’oeil à ses charges, nous rendons visite aux habitants du lieu, une espèce de relais routier, quand le pays était calme. Il est vrai que l’endroit est beau, la rivière coule tumultueuse entre les parois rocheuses, passe sous le pont et se calme un peu plus bas. Les gens n’ont pas l’air très enthousiaste, ils ont tenu jusqu’à présent, mais ils sentent que l’étau se resserre. Ce sont des métis très clairs, ils sont avides de nouvelles, que nous sommes bien en peine de leur donner. Ils nous offrent à boire, nous tentons de les rassurer, mais ils sont vraiment inquiets.

On rentre pour le déjeuner. Je tombe sur Valentin en tenue camouflée. C’est son jour de guerre. Nous nous mettons d’accord pour discuter après le repas.

Le docteur Valentin est un curieux personnage, ses états d’âme se traduisent par son choix de la tenue vestimentaire de la journée. Ce matin, c’est le guerrier, la mine sombre, l’ère pénétrer du héros antique. Un jour il s’est pointé et m’a dit :

« Aujourd’hui, si le sort en décide, je meurs pour ma patrie  » Texto ! Allez-vous prendre au sérieux après ça. J’ai rétorqué, pince sans rire :

« Un autre jour docteur, j’ai besoin de vous justement ».

Sa figure s’éclaire d’un bon sourire « dans ce cas, j’attendrai». Me croit qui veut !

Le reste du temps il siège dans son appartement en compagnie de sa femme, une splendide zaïroise de un mètre quatre vingt, qui regarde le reste du monde comme des fourmis. Les estafettes de tous poils se succèdent, portant la bonne parole, ou des ordres jamais exécutés. Cet après-midi, nous avons enfin un briefing sérieux sur toutes les questions que j’ai soulevé précédemment. L’aréopage d’officiers muets est présent comme d’habitude.

Je ne veux pas revenir sur ce dont je les ai déjà entretenus. Je passe aux questions d’actualité, et lui fait part de mes dernières décisions, qui sont déjà en phase d’exécution. Personne ne bronche. Pour le reste, j’attends leurs rapports et leurs suggestions. J’attends qu’ils se mouillent un peu, et j’en ai marre de parler pour rien.

Je leur fais un point général de la situation, en fonction des données dont je dispose, et des mesures que j’ai envisagé. Je sors ma carte, ça les épates toujours que je connaisse le nom des villes qui nous entourent, et leur développe les hypothèses du futur proche.

Ca, les réveilles un peu, ils se mettent à jaspiner entre eux, Valentin enlève ses bésicles et éponge sont front intelligent. Je reprends

« Si en cas d’offensive ennemie on ne défend pas la ville, et rien n’a été fait en ce sens, il faut prévoir un retrait, ce qui veut dire, évacuer le matériel lourd, et le personnel sensible, c’est à vous de voir et de décider ».

Valentin veut avoir le dernier mot et rassurer son personnel, il remet de ses lunettes et dit :

« Nous n’en sommes pas encore là, vous me paraissez bien pessimiste capitaine. »

« Il faut tout prévoir docteur, vos sources de renseignements sont sûrement meilleures que les miennes et plus nombreuses. Consulter les ! Ils repartent à discuter avec animation, je sens que j’ai marqué un point. On lève la séance là-dessus.

Valentin me prend à part, me tenant le bras  » tenez moi informé de la moindre nouvelle, je sais que vous bougez beaucoup, et que vous êtes bien entouré. Ca c’est le comble, je pense qu’il fait allusion à Bnandwa et sa bande.

 


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