OPS Angola-Unita Mémoires de Bosco


 

Chamberny et son équipier partent pour Cassongué, je lui demande de faire passer un message dès qu’il constate quelque chose d’anormal ou de notable.

Bandwa, et Hughes se pointent avec le sourire satisfait du chat qui a avalé une tranche de jambon :

« On a trouvé des tubes, trois 81 et un 60, avec un camion d’obus »

« Et où c’est ce miracle? »

« Bandwa, a planqué ça où vous savez » me dit-il avec un clin d’oeil.

« Parfait, si on a déjà les mortiers, on a plus qu’à trouver l’endroit où les poser. »

Bandwa, me dit que ses gars sont en train de réunir des bonshommes, une bonne centaine, mais il va falloir se démerder pour leur retrouver un cantonnement, sinon ils vont vite se débander.

Nous montons aux portes de la ville. Le « Curé » et Lulu, sont déjà là. Une poignée de bidasses assis sur une marge de ciment regardent ce déploiement de forces sans broncher. Bandwa, va leur secouer les puces en gueulant, et nous ramène un type qui est sergent, c’est lui qui garde l’accès de la ville avec ses potes. En clair, il bulle au soleil ou à l’ombre selon l’heure.

De Vesdres est en train de chercher un endroit pour positionner les mortiers, les abords de la route sont composés d’une sorte de maquis et de rochers, nous avons quelques bâtiments sur la droite dont une sorte d’école bâtie en Pierre et un terrain clos de murettes et de grillage.

Bandwa, qui a inspecté les lieux décide que cela fera un cantonnement parfait et discute avec le sergent. Il est là depuis un mois et n’a plus revu personne, une partie de ces gars sont dans la nature pour trouver à bouffer. J’imagine de quelle manière !

« Combien sont-t-ils ? » une vingtaine d’après Bandwa,, je réfléchis, les palabres continuent.

 » Tanga, est que tu crois pouvoir trouver à bouffer pour ces types ? »

« Peut-être me fait-il, il faudrait les payer, ça les ferait revenir. »

Je crois que j’ai une idée, nous possédons des escudos, qui jusque là ne nous ont pas servi.

« Promets leur qu’on va les payer et qu’ils vont être renforcés. »

Bandwa, repart dans son dialogue, je vois la face du petit sergent s’éclairer, et il appelle ses gars. Bandwa, leur fait un speech qu’ils écoutent avec attention

« C’est bon, il va faire passer la consigne. »

.

Le « Curé » revient avec Hughes, ils ont trouvé ou mettre les pièces, on n’a plus qu’à trouver des pelles et des pioches. Bandwa, assure que nous aurons tout ça demain matin.

Nous laissons des consignes aux Sous-Off et repartons. Je sens que ça avance. Fini pour aujourd’hui cette tentative de mettre quelque chose de cohérent sur pied n’alla à pas beaucoup plus loin.

Nous arrivons à grouper un peu de personnel que nous payons avec de l’argent trouvé dans une chambre par Lulu,. Ce n’est que de la monnaie de singe pour nous, on n’a jamais rien pu acheter. Le matériel bloqué dans un camion que Bandwa, réserve pour le moment venu, car il a peur que pendant notre absence de disparaisse. Il nous aurait fallu être plus nombreux et affecter deux ou trois gars à cette entreprise.

Pour l’heure, nous remportons un demi-succès ,qui vient à l’appui de mes déductions. De Vesdres et Lulu, partis en reconnaissance avec un élément « Tanga » sur une piste avoisinante sont tombés sur un élément du M.P.L.A. qui avait traversé la rivière tranquillement, et faisait le point dans les restes d’un village de cases. Surprise des deux côtés. Interpellations! On se rend vite compte qu’on ne parle pas la même langue. Lulu,, plus rapide, allume le type qui a l’air d’être le chef, un blanc, qui s’écroule en gueulant tout azimut. Ca rafale de partout, De Vesdres qui a mené l’approche à ses types bien placés, Lulu, ce planque, pris entre deux feux. Tout ça finit en eau de boudin, une arme automatique couvre le repli de la patrouille ennemie sur la rive opposée. Le « Curé » est sur qu’il leur ont fait au moins deux morts et plusieurs blessés. Lulu, ne décolère pas et est sûr que le mec qu’il a plombé été un russe. Il est vrai qu’une prime est prévu si on en ramène un, mort ou vif. Hélas, le corps a été rapidement enlevé pendant le repli. Venus à pied, nos gars n’avaient pas d’armement lourd pour clouer les autres et devenir plus offensifs. C’est néanmoins un point d’acquit, ils tâtent notre dispositif.

Cet engagement bref et heureux, nous n’avons pas de pertes, est une bonne chose. Les gars sont plus motivés et tout excités. Le passage et piégé à tout hasard et nous tiendrons une embuscade de nuit pour calmer les gars, et pour tenter le sort. En vain bien sûr !

Le village en face est vide, nous en sommes surs. « Cela leur aura au moins servi de leçon » fait Lulu,. Le « Curé » renchérit avec justesse « si ils croient que tous les coins semblables sont gardés, c’est bon pour nous, ils vont se méfier, on gagnera du temps. »

Deux jours après, une voiture de reconnaissance et interceptée et détruite sur la route d’un bled au-delà de la rivière, lors d’un raid un peu risqué d’une des équipes de « Tanga » que j’ai envoyé maraude. Désormais, toute notre activité se concentre sur ce type d’activités, nous passons tout notre temps sur le terrain. Le moral s’en ressent, on a l’impression de faire quelque chose d’utile.

Nous remontons jeter un œil à la coupure, mais rien n’a l’air d’avoir bougé. Ils vont essayer de nous contourner par l’Est. Chamberny m’a fait passer un message de Vila-franca, un bled non indiqué sur ma carte. Les « cubs » ont pris Amboive dans l’Ouest de Cela, il y a deux jours, ils seraient à 10 bornes de Cassongué. Ils emploient appui d’artillerie et aviation. Ribes est à Atome.

« Bordel ! Ils ne pouvaient pas rester ensemble ! ». Nous sommes le 04 février 76.

Est-ce qu’ils veulent consolider leurs lignes avancées ou préparent-t-ils une offensive ? J’envoie le Curé et Hugues en reco sur Souza-Lara, un croisement de routes, pour essayer d’avoir des échos et d’évaluer la situation en moyens à cet endroit. Ils partent avec les métis de Bandwa, et un 4×4 portant un 106 SR. Ceux-là, ont l’air d’en vouloir.

A l’hôtel, ça commence à bouger, je tiens Valentin au courant de mes initiatives, mais ils a l’air d’avoir d’autres soucis en tête. Le comble ! Je me demande ce qu’on fout avec des zèbres pareils : malgré de multiples demandes, j’attends encore de savoir comment fonctionnent leurs transmissions. A aucun moment, je n’ai pu rentrer en liaison avec ma base, dans l’autre sens, cela n’a pas l’air de traumatiser Carnot. Aucune directive ou demande de rapports d’activités. J’espère qu’il nous croit encore vivant.

Lulu, est revenu tout excité. Au cours de ses maraudes avec les mecs à « Tanga », et bien qu’il ne parle pas une bribe d’anglais ou de portos, il est copain comme cochon avec eux. Les arsouilles entre elles ! Il a dégoté sur le port des stocks de vins Francçais en caisses, comme preuve, il m’a rapporté quelques bouteilles de Bordeaux et de Bourgogne pas piquées des vers. On goûte sur le capot de la voiture, face à la mer, à l’ombre des flamboyants. De vrais esthètes ! Il y aurait aussi des caisses de conserves; légumes divers et viande. Je pense que nous allons passer au stade d’armée en campagne et que le temps des belles manières va disparaître.

Pour se détendre, nous investissons, sur les conseils de « ses amis » , un gargotier qui nous sert un de ces plats de morue dont les portos ont le secret. Le tout arrosé d’un cru de Bordeaux tiré des musettes. On invite le patron à trinquer, il s’exécute un peu gêné devant le reste de sa clientèle. Serions-nous chez des partisans du camp adverse ? Il est vrai que Lulu, qui a installé son F.M. sur une table voisine, n’a pas amélioré l’ambiance. Le bipied en place, l’engin fixe de son œil noir le reste de la salle.

« Ils seraient capables de me le chouraver cette bande d’aztèques ! me fait-il. Je suis presque sûr qu’il n’a aucune idée de ce qu’est un aztèque, mais le nom lui plaît.

« ils ont l’air faux-culs, je trouve » me dit-il en se curant les dents, l’œil gendarmesque sur les clients moroses.

« Peut-être qu’ils nous aiment pas, Lulu, ! » Ma réflexion le plonge dans un silence méditatif;

J’attends le retour de mes équipes pour crocher le Valentin par un aileron et lui souffler dans les bronches. J’aimerai assez savoir où on en est de ce numéro de singeries.

En ville rien n’est perceptible, d’après Bandwa, la radio ne diffusent aucune nouvelles alarmantes. Le Curé et Hugues se pointent le lendemain midi, un peu poussiéreux mais en pleine forme – la joie de l’âme l’est dans l’action – a dit l’autre.

Rien de très notable à Souza-Lara, si ce n’est que ça bouge au Nord, ils ont piqué une pointe jusqu’à Chila, au Sud-Ouest d’Atome et miné un pont au Sud de Chila, c’est toujours ça. Les voyageurs interrogés ne signalent rien de très spécial dans l’Est, si ce n’est que les troupes qui étaient stationnées à Norton de Matos, à mi-chemin d’Alto-Hama, ont disparues. Où sont telles ? Personne n’a pu le savoir. En plus, certains font état de survols d’avions non identifiés, comme l’Unita n’en possède pas, c’est clair que quelque chose est en route.

Je traîne le Curé voir Valentin pour qu’il lui expose ça. Carte à l’appui, nous lui dressons un aperçu des événements tels que nous les voyons. Il écoute poliment mais sans plus.

Je lui demande si il possède des informations que nous ignorons et pour le moins, quelles sont ses intentions et si il a des ordres à nous donner.

« Nous aurons du nouveau bientôt, je vous tiendrai au courant ».

Avec ça, on est servi. Je me retiens pour ne pas me foutre en boule. Je lui rappelle que j’ai des types dans la nature, et que j’aimerais bien en savoir plus. Il minaude comme une hôtesse de l’air et me répond:

« J’attends des nouvelles du Président, dès que je les aurai en ma possession, je vous fais appeler. » A chaque fois qu’il est emmerdé, il sort le Président de sa poche.

Nous nous replions au cinquième, dans notre salon privé, car on y voit peu de monde, Lulu, nous prépare des cocktails à base de jus de fruits et de « dramebruy » dont nous avons découvert un stock, bien frais c’est pas mauvais, la bière se faisant introuvable.

Tout le monde tire sur sa cigarette en silence, Bandwa, s’amène et nous regarde surpris de ce calme peu habituel dans nos réunions. Le Curé le met au courant de son raid. Je lui demande ce qu’il en pense et si il a d’autres tuyaux sur ce qui se passe.

Il m’avoue avoir téléphoné à un ami à Teixera da Silva, ville à mi-chemin de Silva-Porto, sur la route principal Est Ouest. Il entend des bruits de canonnade vers Bimbé, à une quarantaine de kilomètres dans le Nord, et ils ont vu des vols d’hélicoptères. Tout le monde se regarde.

Messieurs, je pense que je viens de percer le mystère des transmissions de nos petits alliés. »

« Tout simplement le bigo; on en est vraiment tarte de ne pas y avoir pensé avant fait le Curé. »

« Comme en 40 chez nous, c’est aussi simple, et je crois que la suite va être aussi du même tabac. »

« Mais alors on peut appeler Silva » fait Lulu,.

Bandwa, secoue la tête: « ça ne passe pas. » il nous rend compte qu’il a envoyé une voiture avec des gars vers Alto-Hama pour en savoir plus. Il y a près de 250 bornes, on n’en saura pas plus avant le lendemain, les gars doivent l’appelé par téléphone demain soir. Si ça passe encore.

Je le félicite, c’est une bonne idée. Avec notre vision militaire des choses, personne ne pense à ce genre de détails.

Je calme le débat « à partir de maintenant, il faut se tenir en alerte, personne ne part en vadrouille sans me prévenir. Paquetages bouclés, toutes les armes dans la même pièce. Le plein des véhicules fait en permanence, après une visite de la mécanique, pour ça, voir avec « les garagistes de notre ami »

Je me tourne vers Bandwa, « je ne sais pas ce qui va se passer, camarade Major, mais si tu veux rester avec nous, avec ton équipe, tu es le bienvenu, je sens qu’on va se marrer ! »

Il accepte, tout heureux que je ne le mets pas hors du coup. D’ailleurs nous ne sommes pas encore partis. Par contre, au matin, les boys de la cuisine ont disparu, quelques sous-fifres se dévouent pour sauver la face de Valentin, qui l’a de plus en plus grise, la face.

Les jours qui vont suivre seront faits de cette sorte de petites désertions à tous les échelons, l’hôtel se vide en douceur, à la chinoise, un petit peu chaque jour.

Ce matin vers 5h00, Bandwa, se pointe. Je suis réveillé et concocte devant ma carte; « mon capitaine » les gars sont rentrés, d’après ce qu’ils savent, les Cubains auraient percés à Cela. »

« Auraient ?, Ca veut dire quoi, c’est sur ? »

« Je les connaîs, ils ne raconteraient pas des coups, le colonel qui avait les moyens lourds s’est accroché avec son homologue fantassin, et est parti, alléguant cela : l’autre à filer aussi avec ses soldats. »

C’est merveilleux, du jamais vu ! Je reste sans voix. « Vas raconter ça au Curé ! »

Cette fois ça se précise, il faut que je trouve Valentin.

Le Curé arrive en s’habillant; « vous êtes au coutant, c’est la meilleure ! »

« Je crois cher ami, que c’est le début d’une série, appelle tout le monde. »

Je prends Bandwa, à part  » qui as-tu envoyé là-bas? »

« Le capitaine Vito,, c’est un type qui ne s’affole pas facilement, je le connais. »

« Trouve moi Valentin ! »

« A cette heure là ? »

C’est la guerre mec, finit le théâtre ! » il part, pas très sûr de lui.

« Allez au jus, je vous rejoins. » je ramasse mes papiers dans mon porte cartes et jette un coup d’œil par la fenêtre, dans la rue, je remarque qu’une agitation inhabituelle semble régner.

Les gars ont fait le café et ramassé ce qui est comestible, Lulu, me dit:

« C’est la fin patron, il y a des cafards gros comme des brouettes dans la cuisine et il se tirent aussi.

On mange sur le pouce ; café, fruits, jambon, pain rassis, c’est mieux que rien. Bandwa, arrive et me dit que le docteur descend derrière lui, il apparaît en effet, un peu chiffonné, mais élégant dans une saharienne mauve

 


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