OPS Angola-Unita Mémoires de Bosco


 

« Bonjour messieurs, vous êtes matinaux: il lève la main, oui, je suis au courant, mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter ! ». Il nous prend pour des demeurés où il est con ?

« Docteur, il semble que les doutes que nous avions se précisent, je vous demande officiellement de me dire, au cas où la situation empirerait, si la défense de Lobito il est envisagée ? »

Il se racle la gorge, essuie ses lunettes, les chaussent et me répond :

« Hélas, je crains bien que nous n’en n’ayons ni les moyens ni le temps » il fait une pause et reprend,  » le président est au courant de la situation, j’attends des instructions rapidement, je vous en ferais part aussitôt. »

Il a l’air soulagé, maintenant c’est clair, on se barre, après avoir glandé des semaines, laisser le deuxième port du pays aux mains de l’ennemi, ils ne sont pas près d’y revenir, à leur place, je prendrais des photos. Il part, nous laissant un peu abasourdis.

Les gars tentent de donner leur avis, mais je les coupes d’entrée:  » pas de commentaires ».

Pour nous aérer, nous montons voir notre « bouchon » au Nord, nos bidasses, confiants, nous accueillent en souriant, s’ils savaient les pauvres. Repris en main, ils ont bossés comme des chefs, creusés des tranchées antichars, des trous d’hommes, et fortifiés l’école en blockhaus. On a bien fait de ne pas apporter trop de matériel. Bandwa, me dit de ne pas trop m’en faire, ils sauront peut-être avons-nous ce qui va se passer, et comme il n’y aura pas de cadres avec eux, ils fileront dans la verte. C’est égal, je n’aime pas entraîner des gars dans une galère et laisser tomber tout comme un pet minable. Merci pour la réputation !

On rentre en ville, tout est calme, les partisans éventuels du M.P.L.A. qui ne doivent pas manquer attendent leur heure. J’aime autant, je ne me vois pas dans des combats de rue avec ces rigolos. J’ai chargé Lulu, de nous trouver un autre véhicule, en état de préférence. Le temps des larcins étant venu, inutile de jouer les intègres. Il se ramène avec une camionnette Peugeot toute neuve, il y en a tout un lot sur le quai, because le blocus. Dans la foulée nous retournons avec la dite auto faire le marché sur le quai. A la porte, les douaniers nous saluent avec déférence, je ne vois d’ailleurs pas ce qu’ils pourraient se permettre d’autre.

« Bordeaux ou Bourgogne me fait Lulu,, il circule entre les piles de caisses comme un habitué. On charge deux caisses de chaque et des conserves diverses, ce coin est une vraie mine.

« Tu me trouves un fût de 200 litres, et tu fais le plein d’essence, et prévois du fuel pour cet engin. » Je sais que je peux compter sur lui.

Le soir c’est la frénésie, sous l’éclairage cru des néons, nos alliés s’affairent; on entasse des valises, des sacs, d’autres font le plein des réservoirs à l’aide de récipients tout à fait adaptés tels; casque, cuvette, broc à café de l’hôtel, une bonne odeur de station-service monte jusqu’à moi. Ce qui nous manque, c’est une bonne explosion, suivie d’un incendie, la panique serait complète. Ca gueule et sa cavale dans tous les sens. J’appelle Lulu, et lui demande de dégager nos véhicules de ce merdier, avant une catastrophe ou qu’ils nous les piquent.

Il les regroupent dans un terrain vague voisin, et colle quatre types de Bandwa, de garde. Pour le reste, je n’interviens pas. Personne ne se soucie de nous d’ailleurs.

Bandwa, est resté avec nous et une partie de ses gars, les autres son parti aux nouvelles. Nous veillons, allant d’une chambre à l’autre, jusqu’au matin. Je me réveille après un petit somme, tout est calme, il est 5h30. Les gars campent sur la moquette du couloir au premier étage. Lulu, frais comme une rose, sort de la douche,

« Tu m’a l’air en forme essaie de trouver du café chef ! » je réveille les autres.

Bandwa, rapplique avec un message de Chamberny. Ils sont à Alto-Hama – plus d’explosifs – confirme poussée ennemie – essaie de rallier Lobito.

Je demande « de quand ça date ? »

« Je l’ai eu ce matin, mais les radios l’ont depuis hier « 

« Bravo ! Tu sais où est le central ? »

« En ville, en principe, ils y sont encore »

« On va aller jeter un coup d’œil »

Nous descendons avaler le café que Lulu, est un gars ont concocté. Je laisse Lulu, garder la maison et nous partons avec le Curé, Bandwa, et quelques gars.

Nous roulons dans un dédale de rues et stoppons devant un immeuble anonyme, dans une rue tranquille. On déboule là dedans, et tombons au premier sur des mecs en train d’enfiler des fringues civiles.

Tanga leur tombe dessus à coups de claques, les mecs son terrifiés de notre irruption subite. Les bureaux sont en pagaille, bagages abandonnés, armes, reliefs de repas, les cadres sont loin. Je calme Tanga et lui demande d’interroger les lampistes. Les postes sont allumés, le Curé en tripote les boutons, mais ce n’est que parasites et bruits inaudibles.

« Qu’est-ce qu’on fait ? »

« Mets tout sur off et piège les arrivées, c’est le moins qu’on puisse faire. »

Il court chercher sa musette, Bandwa, demande aux mecs leurs carnets de messages et les feuillette. Un seul message de la veille 6h00 du matin, un chef de groupe de Alto-Hama confirme de fortes poussées cubaines, répétées, et demande des instructions. Il y a au moins un type sérieux !

On a du mal à trouver le pylône d’antenne, il est sur la terrasse d’un immeuble voisin, j’envoie le Curé le faire sauter:

« Mets un peu de retard, qu’on ait le temps de disparaître. »

On laisse les candidats à la vie civile à leurs problèmes et on se carapate. Retour en ville, on tombe à un carrefour en plein milieu de l’avenue, sur Hughes et Vito, en train de prendre l’air du temps, le cul sur les capots, la bière à la main. Pas inquiets pour deux ronds, nos deux loustics, à ce moment le pylône explose, sur les trottoirs les gens s’arrêtent, le nez en l’air, nous ne levons même pas la tête, le Curé regarde sa montre et dit:

« Tiens, 5 secondes d’avance, faut pas se fier aux Russes décidément ».

Vito, explique qu’il a pillé une épicerie à Chila pendant sa reco, d’où la bière, on boit le coup au milieu de l’avenue, sous les yeux des gens un peu étonnés. Vito, explique qu’en rentrant de Alto-Hama, il a pris l’initiative à Notons de Matos de foncer voir ce qui se passait vers Chila. Il est tombé, sur une trentaine de bidasses sans patron, qu’il a fait replier sur Norton. Puis, il a passé la nuit sur place, plutôt gonflé, pour voir la suite. D’où la découverte de l’épicerie, le bled a été survolé au matin par des hélicos et il a préféré se retirer du coin. Je le félicite, c’est la première fois que nous avons un tuyau de première main.

On redescend à l’hôtel. Lulu, est en train de charger deux défenses d’éléphant, trouvées dans une suite. Je lui fais remarquer que nous sommes assez voyants comme ça, pas la peine d’en rajouter.

« Ca vaut du fric ça patron »

« Je sais dugland, mais la guerre n’est pas finie, et tu crois que tu vas prendre l’avion pour Paris avec sa sous le bras ? »

Il les fourre au fond d’un land-rover, que je n’ai jamais vue, encore une acquisition de dernière minute. À l’hôtel tout est vide, les gars du bistro d’en face regarde le tableau en silence. Ils doivent attendres que nous dégagions pour aller piller. Pour les dissuader d’anticiper sur leur projet, je fais mettre ostensiblement une mitrailleuse de 30 en batterie sur le perron.

Briefing au restaurant : je décide de filer à la nuit, discrètement. Bandwa, va aller voir où en sont ses amis du garage et respirer l’ambiance, et nous attendra vers 17h00 au pont du chemin de fer, à la sortie Sud. Tout le monde est d’accord. Je traîne un peu, avec le secret espoir de voir arriver l’équipe Chamberny.

On charge nos bagages, le Curé se pointe avec une mallette trouvée dans une chambre, elle est pleine de fric, des escudos tout neufs. Et dire qu’on ne peut pas changer ça ! Pour montrer qu’on n’a pas d’états d’âme, on va « casse-crouter » au bistro d’en face. Le tôlier fait des brochettes qui empestent toute la rue, pas de bière, on carbure aux gros rouge, les mecs nous regardent sans animosité, se demandant à coup sûr ce qu’on peut bien attendre.

Après une fouille en règle de l’hôtel, on décolle vers les 4h00, les deux W.W., la Land et la Peugeot. Au pont, Bandwa, a déjà envoyé une voiture et des gars qui nous voient arriver en respirant. Tout est calme, pas d’avions en l’air.

Bandwa, se pointe enfin avec trois voitures, ses potes du garage sont montés sur Alto-Hama avec une petite colonne voir ce qu’ils pourront faire.

On décroche sur Benguella, où nous passons la nuit dans une villa près de l’aéroport. Au jour, nous allons donner un coup d’oeil au terrain : plus de garde à l’entrée, on file le voir à la radio, il reste deux gars pas très rassurés. On leur a dit de rester, un appareil doit atterrir. Ils sont seuls depuis deux jours. Je demande à Tanga qu’il leur demande de passer un message sur Silva-Porto pour nous. Le type a l’air emmerdé et discute, ça dure.

« Il peut où il ne peut pas, merde ! »

« Il dit qu’il n’a pas le droit de recevoir des ordres de l’extérieur. »

« Ah, bon ! Dis lui qu’il a cinq secondes ou je lui colle un bastos dans sa tête de paf ! »

Tanga sursaute et commence à secouer le gars comme un prunier, je n’ai rien pigé, mais le mec file à sa tablette et appelle en phonie, je dis à Tanga qu’il essaie en graphie. L’autre discute encore, j’ai sorti le calibre et m’approche,

« Qu’il ne cherche pas à comprendre, on lui demande d’aligner des mots, c’est tout. » je griffonne: « groupe Garnier parti avec ami Val pour Sud, cas force majeure. Stop et fin. Je passe le papier à Tanga. Le mec commence à pianoter. De toute façon, je m’en tape, je le fais part acquit de conscience, si toutefois ça arrive.

« Ca passe ? » Tanga hausse les épaules, le mec termine et lui dit quelque chose,

Tanga me dit que le message est passé, mais que le radio n’est pas sûr de son correspondant. Le Curé qui tripote un des postes, sous l’oeil courroucé du radio, m’appelle du geste, j’écoute, c’est confus, mais c’est indéniablement de l’espagnol.

« Tanga, dis à ce type de détruire ses postes, à moins qu’il démonte et qu’il embarque avec nous. »

Re-discussion, il appartient au service de l’aéronautique, et il ne peut pas prendre ce type d’initiative.

« Laisse tomber, on se tire. »

En route, direction Castangué, après nous verrons. La route est bonne, le paysage me rappelle les régions littorales d’Oranie en Algérie ; y compris les bâtiments. Le long du parcours quelques véhicules abandonnés, nous récupérons l’armement. Nous sommes à Castangué en début d’après-midi, on ne peut s’y tromper, la pagaille est déjà installée ; voitures garées n’importe où et n’importe comment, rôdeurs, traînards, glandeurs, toute la faune d’une armée en déroute. On trouve une place pour garer nos bagnoles, devant ce qui semble être la « Casa Popular » du bled. Garés en étoile, armes braquées. Du coup nous créons un vide sanitaire et oh, surprise ! Le Valentin déboule avec sa clique de « farouches », sourire aux lèvres, comme sur un parcours de golf.

« Mon capitaine Garnier comment allez-vous ? Heureux de vous retrouver. » la dessus, il me sort un laïus, farci de mauvaises excuses sur son départ.

Je lui fais part de l’envoi du message à l’aéroport, je vois qu’il tique, et lui demande qu’est-ce qu’il a prévu maintenant. Il attend des instructions.

Je fouille la terre du bout de mal godasse, j’ai une furieuse envie de l’envoyé aux pelotes.

« Nous allons de toute façon aller jusqu’à Sa da Bandera ». Je le regarde d’une telle façon qu’il ajoute rapidement:

« Nous allons nous regrouper et aviser. »

Ben voyons, on sera à la frontière, que les Cubains seront pas encore dans Lobito. Il est vrai que 300 bornes plus Sud, on ne risque pas grand-chose. Je lui fais part de mon intention de rejoindre mon groupe à Silva-Porto. Par les routes secondaires, nous pouvons y être dans deux jours.

Là, il part dans un flot d’arguments spécieux; c’est dangereux, on aura du mal à trouver du carburant etc !

Je vois qu’il ne tient pas du tout à se séparer de nous. Pour quels dessins ? J’essaie de lui foutre la trouille :

« De toute façon, il faut mettre de l’ordre dans votre colonne, et garder une formation armée sur votre arrière, on ne sait jamais. »

Il réfléchit et me dit « c’est juste, je vous charge de cela. » Ah le salop ! il m’a baisé.

Il part donner des ordres en ce sens, on commencera demain matin.

Je rejoins le gars et les mets au courant. « De Vesdres, je vous ai trouvé une occupation. »

Lulu, est en pleine cuisine dans la mairie, on dîne grâce aux conserves avec le pinard du bord de quai. Sale nuit, bruits de moteurs et moustiques.

Je vais roder dans un chemin derrière la mairie, une porte me tente, je rentre, et tombe nez à nez avec une bonne sœur, voile et tout. Blanche de peau et de peur, je m’excuse, j’avais l’arme à la main. Un gros curé s’amène et me dit:

« Vous êtes Français, j’ai entendu parler Français dans la mairie. »

Il me fait signe de le suivre, nous entrons dans une salle où une dizaine de sœurs s’apprêtent à déjeuner. Je suis invité à prendre place. Le père et Maltais est bien sûr parle le Français, on me beurre les tartines, me pousse la confiture, le café sent bon, il m’explique que tout ce qui est sur la table est fait à la mission, il a 200 gosses en pension et la suite des événements l’inquiète un peu. Je lui donne les dernières nouvelles, mais il a l’air d’être aussi bien renseigné que moi, sinon plus. Les sœurs papotent en me biglant en douce et gloussent comme des dindes. Je remercie et pars.

Les gars sirotent un mauvais café quand j’arrive, ils me regardent avec airs soupçonneux, je ne dis rien, ils seraient capables d’aller braquer le curé pour une tasse de bon café.

 


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