OPS Atlantide Comores 1978


 

63 – La GP à court d’argent

Les difficultés des Comores ne m’empêchent pas de m’intéresser aux guérillas qui agitent l’Afrique. Pretoria combat toujours les rebelles de la SWAPO en Namibie. Il appuie aussi en Angola les troupes de l’UNITA de Jonas Savimbi qui, depuis sa défaite de 1975, ne désespère pas de reprendre un jour Luanda aux troupes marxistes de Neto.

Savimbi a déjà reconquis quelques pans de territoire au sud et à l’est de son pays. Mais, comme il ne dispose que de douze bataillons, il doit se contenter de lancer depuis des mois des coups d’élingue qui lui permettent vaille que vaille, d’entretenir la pugnacité de ses hommes et de compléter leur armement avec ses prises de guerre.

Les services secrets d’Afrique du Sud ne me cachent pas qu’ils aimeraient donner plus d’importance au ravitaillement de l’UNITA. Ils en sont empêchés par la pression de l’opinion internationale. La cause de Savimbi m’étant toujours aussi sympathique, j’accepte de les aider dans cette entreprise. Après quelques contacts avec des négociants de Hong Kong, nous trouvons en Chine les armes dont Savimbi à tant besoin.

Les dirigeants de Pékin trouvant là une belle occasion de damer le pion au Soviétiques qui aident toujours le régime de Luanda font fi de l’embargo et acceptent de commercer avec l’Afrique du Sud, d’autant plus volontiers que Pretoria leur propose en contrepartie des sommes colossales.

Ma position aux Comores me permet de fournir des passeports tout ce qu’il y a de réguliers aux agents sud-africains qui se rendent à Hong Kong et en Suisse pour mette la dernière main à leurs accords avec des émissaires de Pékin. J’assure également leur protection lors de leurs déplacements en Europe avec un élément de la garde présidentielle stationne à Paris sous les ordres du capitaine Patrick Ollivier qui a combattu dans l’armée rhodésienne et sert chez moi sous le pseudonyme de Stofflet. La DGSE, que j’ai évidemment mise au courant des tractations, ne fait rien pour me mettre des bâtons dans les roues.

Pour assurer la livraison des armes chinoises, je propose aux Sud Africains d’utiliser le shungi un cargo comorien vétuste. Nous manquons d’argent pour le réparer, si bien qu’il rouille à quai dans le port de Durban. Ils préfèrent affréter un autre bâtiment qu’ils coulent dès que son chargement a été débarqué au Cap.

Une fois cette affaire menée à bien dans la discrétion la plus absolue, l’échéance des élections présidentielles comoriennes prévues pour le 30 septembre 1984 excite la pugnacité des mouvements d’opposition. Echaudé par la fuite de Mouzouar Abdallah, je décide de ne rien laisser au hasard et finis par amener les policiers de Moroni à coopérer avec la GP. Les hommes de Charles épluchent donc à leur gré les fiches des passagers qui embarquent ou débarquent à l’aéroport de Hahaya. Grace à cette collaboration qui ravit le président Abdallah, la garde démantèle à Mohéli, à la fin du mois d’avril 1984, un embryon de réseau extrémiste activé par des coopérants et bénéficiant d’aides du Parti communiste de Mayotte.

Après cette alerte sans gravité, c’est du côté de l’agitation croissante des islamistes que je lorgne. Un avocat se démène beaucoup trop à mon goût à la tête d’un Front islamiste de libération nationale. Ce FILN reçoit des aides de l’lran. Il recrute des cadres parmi les étudiants comoriens qui ont reçu des bourses leur permettant de suivre l’enseignement des universités d’Alger, Nairobi, Tripoli et Qom, la ville sainte de l’ayatollah Khomeyni. Ce dernier, qui a renversé le shah d’Iran en janvier 1979, verrait d’un bon oeil l’instauration aux Comores d’une République islamique pure et dure.

Le président Abdallah est incapable de me fournir les moyens nécessaires pour contrer efficacement les menaces marxistes et islamistes et je ne peux pas toujours compter sur les seuls Sud-Africains. Ceux-ci, alors que je ne leur avais rien demandé en récompense des services rendus lors de la fourniture d’armement à Savimbi, font preuve d’une largesse imprévue. Ils expédient à Moroni suffisamment de matériel pour équiper cinq cents hommes, matériel prélevé sur des stocks achetés en Chine.

J’adresse alors une longue lettre au général Van der Westuizen à la fois pour le remercier et lui exposer mes difficultés financières. Je commence par lui rappeler les différentes missions de la garde présidentielle. Elle est, avant toute une force de dissuasion intérieure capable de supplanter les Forces armées comoriennes et même, si c’était nécessaire, de les neutraliser, en même temps que la gendarmerie et la police fédérale…

Elle se doit d’assurer la sécurité rapprochée du président de la République et la protection des bâtiments présidentiels. Elle veille, seule, sur le camp de Kandani, le centre l’instruction d’Itsoundzou et la station d’écoutes sud-africaine. Elle assume également les servitudes de protocole à la Présidence et l’escorte des personnalités de passage.

Je ne dissimule pas à mon commanditaire les missions de surveillance et de renseignement qui me permettent de contrôler la plupart des opposants comoriens exilés en Europe. Je lui parle également des actions préventives que j’entreprends afin de devancer les actions des opposants et de prévenir des actes de terrorisme lancés par quelques intégristes musulmans formés en Iran.

En outre, la GP assure le suivi des livraisons de matériel et de denrées assurées par une navette hebdomadaire aérienne entre la France et Moroni, ainsi que par une liaison maritime trimestrielle.

J’évoque aussi les accords en bonne voie de réalisation entre les Comores et la République l’Afrique du Sud. Je rappelle à Van der Westuizen l’entente qui autorise la SAA, compagnie aérienne d’Etat de Pretoria à exploiter sur les lignes de Nairobi un Boeing 737 appartenant à l’Afrique du Sud mais frappé aux couleurs d’Air Comores. Cet appareil assure les liaisons permanentes avec Dar es salaam, Djedda, les Seychelles, l’île Maurice, Lilongwe, Johannesburg. Il permet surtout l’acheminement des pèlerins vers La Mecque. Je souligne que ce trafic ne pourrait exister sans la GP qui assume la sécurité de l’aéroport international d’Hahaya.

Je passe ensuite au programme de développement touristique. La construction d’un complexe hôtelier réclamera de nouveaux efforts de mes volontaires qui sont seuls, capables de garantir la tranquillité des personnes et des biens des ressortissants sud-africains de plus en plus nombreux aux Comores.

Je n’oublie pas dans ma revue de détail, le développement de la pèche ni l’installation d’une antenne de l’Institut de recherche du bâtiment pour la construction de logements sociaux qui, financé par l’Afrique du Sud, réclamera un afflux de techniciens sud-africains.

Après ce vaste inventaire des actifs de la GP je rappelle au général Van der Westuizen que son pays est seul à entretenir cette unité. Je lui fais remarquer que le budget qu’il m’a alloué pour l’année 1984 ne suffît pas à mener à bien les missions en cours. Etant donné l’érosion croissante du rand par rapport au franc CFA, je ne serai malheureusement plus en mesure de faire face à mes engagements.

Cette situation préoccupante m’a conduit à ne pas renouveler les contrats de deux cadres européens qui étaient pourtant des piliers de mon organisation. Je n’ai pas augmenté la solde de mes hommes depuis quatre ans. Mon parc de véhicules, lui, n’a pas été renouvelé depuis trois ans. Les routes des îles étant particulièrement mauvaises, il est devenu très difficile à gérer à cause des réparations de plus en plus nombreuses et onéreuses. Malgré le cadeau inespéré de Pretoria, l’équipement de mes hommes va de pair. Je dois le renouveler fréquemment afin de préserver l’image de marque de la GP. Quant à mon réseau de transmissions, facteur essentiel de la sécurité, il doit être revu du tout au tout.

Certain de ne rien avoir oublié, je conclus :

« Je considère, mon général de mon devoir de tirer la sonnette d’alarme, compte tenu de mes responsabilités et de mon engagement vis à vis des autorités de la République sud-africaine.

« Ayant participé au développement de ces relations, je tiens à vous informer de cette situation qui me préoccupe du fait des élections présidentielles, du fait de la politique de la France en ce qui concerne l’avenir de l’île de Mayotte, du fait de la situation politique en Afrique australe et de la situation géopolitique des Comores.

« Je vous demande de reconsidérer avec bienveillance les besoins financiers de la GP, indispensables pour faire face au développement des missions de sécurité qui nous incombent.

« Je tiens à vous assurer que les Comores resteront vos fidèles alliées et vous prie de croire, mon général à l’expression de ma très respectueuse considération. »

Puisque c’est sous ce nom que je traite officiellement de la GP avec les Sud-Africains, je signe : Colonel Bako et attends, confiant, le résultat de mon ambassade épistolaire.

 


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