OPS Atlantide Comores 1978


 

57 – La garde du président Abdallah

Après la disparition de son ennemi, Ahmed Abdallah partage la présidence avec Mohammed Ahmed, en attendant que la nouvelle Constitution de la République islamique des Comores permette de procéder aux élections présidentielles annoncées à son retour.

La priorité du gouvernement est de trouver au plus vite des fonds pour renflouer les finances publiques. Il ne reste en effet pas plus de quinze mille dollars dans les caisses de l’Etat alors que sa dette extérieure avoisine les trente millions de dollars !

La solution la plus efficace consisterait, bien sûr, à lever des taxes et des impôts nouveaux en profitant de l’euphorie de la libération. J’en dissuade Abdallah en faisant valoir que cette mesure risquerait de mettre en péril la cohésion des trois îles que je me promets de ramener un jour dans le cercle d’influence de la France par le truchement d’une entente avec Mayotte. L’homme que j’entends voir accéder à la magistrature suprême écoute attentivement mes arguments. Visiblement, il n’est pas hostile à la réunification que je prône, ni même à un renforcement des liens avec l’ancienne puissance coloniale.

Au cours d’une visite à Paris, le président malgache Didier Ratsiraka condamne la manière dont la France semble vouloir s’assurer le contrôle d’un pays indépendant. Il décide d’interdire tout trafic aérien et maritime entre son pays et les Comores. Ahmed Abdallah se soucie bien peu, pour l’instant de cette prise de position. Après celles des Irakiens qui tardent à tenir leurs promesses, il étudie des propositions d’aide plus ou moins sincères. S’il repousse sans regrets celle du Libyen Kadhafi qui exige en contrepartie l’établissement d’une importante mission militaire en océan Indien, il manifeste de l’intérêt pour une coopération active et amicale avec les Seychelles. Après un voyage d’information dans les émirats producteurs de pétrole, il accepte, sans crainte de trop devoir payer en retour, le million de dollars que lui offre le sultan d’Oman qui désire que les tankers continuent à emprunter librement le canal de Mozambique.

L’Arabie saoudite envisage d’aider les Comores à hauteur de trois millions de dollars, le Qatar d’un million et le Koweït de deux. Pour faire bon poids, le sultan d’Oman annonce un second chèque d’un million de dollars.

L’aide des émirats finit par être si importante qu’elle risque de priver les Comores de toute autonomie véritable. J’expose ce problème au président Abdallah avant qu’il ne s’envole pour la France.

– Bako, me répond-il en souriant, nous devons faire confiance aux gens de bonne volonté. Inch Allah…

A Paris, Abdallah est reçu par Olivier Stirn, le secrétaire d’Etat charge des DOM-TOM. Les deux hommes discutent de Mayotte en toute amitié. Alors qu’Ali Soilih réclamait le rattachement de l’île française à la République des Comores, Abdallah, suivant mes conseils, se montre beaucoup moins péremptoire. Il parle de l’avenir en évoquant Allah, qui permettra aux Comoriens et à ceux qui voudront bien les aider de refaire peut-être un jour ce que le peuple souhaite. Ce disant, mon protégé ne s’avance pas, et ses propos rassurent à la fois Olivier Stirn et Robert Galley, le ministre de la Coopération.

Abdallah rentre aux Comores après avoir contresigné le communiqué suivant  » A l’issue des pourparlers qui se sont déroulés déni un esprit de compréhension mutuelle, les deux parties ont convenu d’établir dans les meilleurs délais, à partir du 1er juillet, des relations diplomatiques au niveau d’ambassadeur. Un agent des affaires étrangères se rendra dans ce but à Moroni et examinera l’établissement de liens de coopération entre les deux pays.

A peine débarqué de son avion, Abdallah ne me cache pas qu’on lui a, une fois de plus, fait remarquer que ma présence au gouvernement n’était plus tolérable. Il me demande cependant de rester encore auprès de lui.

Les rues et les mosquées de Moroni bruissent de la rumeur d’une prochaine manifestation de masse fomentée par l’opposition renaissante. Nullement inquiet, j’ai toutefois pris la précaution de déployer quelques sections des FAC et une partie de mon commando noir en quadrillage de Moroni, lorsqu’une offensive diplomatique se développe à l’étranger contre les Comores.

Ali M’Roudjae, le ministre des Affaires étrangères qui participe au Soudan à la réunion du conseil de l’Organisation de l’unité africaine, expédie le 9 juillet de Khartoum ce télégramme alarmant : « Honneur vous rendre compte incident survenu conseil des ministres OUA en date 8/7/78 après-midi. STOP. Suite intervention Bénin, présence délégation Comores a été mise en cause. STOP. Raisons invoquées, certain Bob tonna dans instances gouvernementales République fédérale islamique des Comores. STOP. Aucune possibilité ne nous a été offerte pour prendre la parole et nous expliquer. STOP. Certaines délégations telles que Sénégal Côte-d’Ivoire, Mauritanie, Tchad, Niger, Zaïre, etc. ont émis des réserves. STOP. Vous rappelons que cette décision est arbitraire car ni charte ni règlement intérieur ne prévoit expulsion d’un membre du conseil. STOP. Vous suggère arrivée sommet Khartoum pour régler ce problème avec ses pairs. STOP. Attendons vos instructions. STOP. »

Le coprésident Abdallah décide de ne pas aller plaider sa cause et la mienne à Khartoum, mais ses ministres publient tout de même un communiqué dénonçant « l’expulsion indigne, arbitraire et injuste des Comores de l’assemblée de l’OUA ».

Saisissant au bond le prétexte qu’un Blanc gouvernerait en sous-main un Etat africain, les communiqués condamnant ma présence à Moroni ne cessent de pleuvoir. J’hérite du surnom de  » loup de l’océan indien ». Le tonitruant Idi Amin Dada, président despotique de l’Ouganda, claironne qu’il va lancer contre les Comores un corps de débarquement afin d’en chasser les mercenaires.

L’opposition intérieure à Abdallah se nourrit des haines que je sus- cite. Elle se radicalise encore lorsque le Front de libération nationale des Comores, par la voix d’un de ses rares dirigeants installé à Alger, sollicite la reconnaissance de l’OUA. Devenu soudain belliqueux ce mouvement exilé proclame que « l’on assiste aujourd’hui à une recolonisation pure et simple des Comores par la France alors que le problème de Mayotte est toujours posé ». Il appelle à l’aide tous les pays africains afin d’engager contre nous une lutte armée.

Devant ce déchainement d’hostilités, je décide de prouver ma bonne foi. J’admets en effet que l’on puisse me faire un procès l’intention en souvenir de mes engagements passés, mais n’accepte pas d’être jugé autrement que sur pièces. Je me déclare prêt à me présenter devant un tribunal formé de tous les chefs d’Etat africains dont, d’avance, j’accepte les conclusions.

Le président des Seychelles, Albert René, est le premier auprès duquel je plaide ma cause. Après avoir fait, avec deux de ses émissaires un bilan de la situation aux Comores, il reconnait que celle-ci s’améliore de semaine en semaine. Je lui promets que son pays, dont la garde présidentielle est commandée par mon ancien lieutenant Bob Noddyn, n’a rien à craindre des Comores.

Très vite, les critiques anonymes et les attaques courant ma position auprès d’Abdallah se font plus directes. Craignant que ma présence au gouvernement ne devienne une entrave à la reprise économique, je décide, le 22 juillet 1978, de me retirer du directoire.

Le président Abdallah me laisse faire à contrecoeur. Afin de me prouver officiellement sa considération et sa reconnaissance, il me remet en public la croix de grand-officier de l’étoile d’Anjouan et me confirme dans mes prérogatives de commandant en chef des Forces armées et de la police.

Pendant que le gouvernement siège sans moi dans l’espoir de dénouer la crise, je continue à remanier ma troupe de volontaires. Après les premières défections, d’autres hommes ont craqué. Ils sont rentrés en France, vaincus par le rythme infernal auquel je les soumettais depuis le débarquement.

Le commandant Rillac, arrivé en même temps qu’André Cau, impose une discipline de fer à ceux qui restent et aux nouveaux. Le commandant Massé, un homme rigoureux ayant derrière lui vingt-cinq ans de métier, s’est vu confier la formation et l’encadrement de la police renaissante.

Malgré la condamnation de l’OUA, des anciens du Katanga et du Congo ont décidé de me rejoindre aux Comores. Le commandant Roger Ghys, l’un de mes lieutenants de Kisangani reconverti dans les assurances, a connaissance de mon action en regardant la télévision. Il s’empresse de dépêcher aux Comores Jo Wallendorf, l’homme qui m’avait accueilli lors de mon premier engagement en Afrique. Le vétéran de l’aventure katangaise n’a aucun mal à me convaincre. Je l’enrôle, ainsi que Roger Ghys, qui devient le commandant Charles. Roger Bracco et le Bosco ayant décidé de rentrer en Europe, je fais de Wallendorf le gérant du Khartala, devenu un véritable cercle militaire, et installe Charles à Anjouan.

Les Comores attirent d’autres anciens d’Afrique. J’accueille avec plaisir Marc Robbyn. Mon compagnon de combat du Congo, qui a maintenant quarante-cinq ans, ne semble pas avoir perdu une once de son énergie. Ses talents de mécanicien, qui s’ajoutent à ses qualités de soldat me permettront de réorganiser le service auto de la garde présidentielle.

Une fois agréée la candidature du lieutenant Laurent un ancien du Bénin, qui a participée à la préparation de l’opération aérotransportée sur Moroni, il ne reste plus aux Comores qu’un tiers des hommes qui ont participé au coup de force du 13 mai. Malgré l’âge respectable des anciens du Congo, ma troupe a maintenant trente ans de moyenne.

Ces volontaires ne sont pas venus me rejoindre pour la bagarre puisque le calme règne désormais aux Comores. Ils ne sont pas là non plus dans l’intention de faire rapidement fortune, car les subalternes touchent mille dollars de solde et mes commandants et lieutenants-colonels, seulement cinq cents dollars de plus.

Au fil de nos conversations, je me rends compte que c’est surtout la perspective de participer à la création d’un nouveau pays qui les a attirés dans l’océan Indien. La douceur du climat a pesé dans la balance, et les femmes aussi, bien sûr, qui sont si belles aux Comores. Plusieurs de mes hommes, suivant mon exemple, ont d’ailleurs fondé des ménages coutumiers, et ne sont pas près d’y renoncer pour regagner la vieille Europe.

L’esprit qui règne chez mes volontaires n’est donc pas celui que l’on prête communément aux mercenaires. Abdallah ne s’y est pas trompé, en déclarant aux envoyés de la presse française qu’il disposait d’une troupe régulière, une sorte de légion étrangère obéissant aux règles communes à toutes les armées constituées.

 


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