OPS Congo - Journal du 1 er Choc


 

30 Mai – Dans les premières heures, le Cdt Denard se rend au pont détruit pour remise en état de celui- ci et en effectue la réparation afin de combler le retard de la colonne lourde. Celle ci arrive aux abords de la rivière, le pont réparé est franchi, un effectif du commandement est toujours à Zobia où le Scania tient le contrôle de l’axe routier.

Une partie de la matinée s’écoule sans que la population ne se présente. Une femme depuis la veille, effectue divers va et vient, nous ne l’inquiétons pas dans l’espoir que d’autres présences se manifesteront. Mais ceci est vain.

Le Cdt quitte le pont et rejoint Zobia. Nous quittons Zobia immédiatement, espérant rejoindre la colonne légère rapidement.

A 12h, celle ci est rejointe, parfaitement disposée en protection sur la piste, en sous bois et en fin de virage, se trouvant dissimulée par celui ci. Le premier Lt Coucke porte à notre connaissance les évènements de la nuit :

Arrivé à 19h, ce lieu est jugé particulièrement propice à une halte. L’AM 8 et la jeep .50 sont disposées de façon à obstruer la route, vers l’avant. Une garde vigilante est assurée. Les Simbas, cela s’étant confirmé par la suite, ignorent notre pénétration si engagée. Il est 22h environ quand trois véhicules lourds, venant de Titulé (situé à 9 km) se dénoncent, au loin, avec leurs phares.

Photo 20 - Voilà à quoi ressemble un pont réparé
Photo 20 – Voilà à quoi ressemble un pont réparé!

Ces derniers arrivent à une vitesse normale, semblant être habitués à la région et se croyant en sécurité. Sous les commandement des Lts Coucke et Bruni, dès la proximité immédiate du premier véhicule identifié comme transportant des simbas, le feu est ouvert, pulvérisant les occupants.

Résultat : 22 tués sont dénombrés, 20 armes récupérées, dont 4 détruites par le feu du véhicule ; dans la cabine, du côté du chauffeur, le passager est carbonisé. Trois ont été abattus dans le fossé opposé alors qu’ils cherchaient à fuir. Un autre est retrouvé mort à l’intérieur de la forêt à quelques mètres de la route, un autre grièvement blessé est abattu dans la matinée. Les deux autres camions ont fait demi-tour en profitant de la confusion.

Jean Claude LAPONTERIQUE dixit : le soir, quand nous nous arrêtions en dehors d’un village pour la nuit, en règle générale, nous restions sur la piste et dormions sur les cotés, dans les fossés de la piste. La nuit venait de tomber et nous prenions nos tours de garde. Devant nous, un bruit lointain de moteur nous surprend, car personne ne devait circuler sur ces pistes là , à part nous et les Simbas.

Nous plaçons, devant la colonne, l’AM8 et la jeep .50 côte à côte. Le bruit de camion devient de plus en plus fort et, par moments, nous voyons les lueurs des phares Tout le monde est en alerte et chacun à son poste.

A peine le camion passant le dernier virage, il s’est trouvé en face de nous à 100 m environ, ses phares éclairant nos positions. Nous déclenchons un feu d’enfer, toute la brousse se trouve éclairée. Tout brûle, la brousse est éclairée comme en plein jour.

Photo 21   Vue partielle du camion Simba  tombé dans notre embuscade

Photo 21 – Vue partielle du camion Simba
tombé dans notre embuscade

Après ce déluge d’obus et de balles, le calme revenu, des éclaireurs partent voir les dégâts. Mais à peine arrivé au camion, ils se font canarder par les rescapés des camions qui suivaient. Nous comptons les Simbas morts dans le camion.

C’est Bob Denard qui écrit : Je prends connaissance de ces évènements et décide de me rendre en tête de la colonne pour me rendre compte des pertes ennemies. Mes hommes sont disposés en protection. J’avance et arrive au camion Simba, lorsque la couverture de pointe aperçoit des Simbas en mouvement et ouvre le feu dans leur direction.

Alors que ceux ci contre attaquent, je prends la direction de la riposte. Nous sommes attaqués par un effectif qui semble important. Une Energa passe au dessus de nos têtes et explose entre deux camions, un volontaire est blessé DESTROBELAER Guy. Un militaire de la 3ème Cie para est atteint lui aussi, plus légèrement à la hauteur de la vertèbre atlas et de l’axis. Par la suite et durant leur transfert, leurs blessures se révèlent sans gravité.

Les Simbas, en provenance de Titulé et enivrés , se ruent à l’assaut en hurlant. Ils sont cloués sur la route par nos armes automatiques. Nous avons à subir un feu important venant sur nos côtés. Nous localisons l’origine des tirs et ripostons.

Pendant ce temps, derrière, Pierre CHASSIN (qui suit dans Charly 2) dixit : soudain, notre colonne ralentit, dans une zone moins dense et des explosions retentissent à l’avant.

Nous continuons à approcher vers le point où les jeeps de tête ont été accrochées. De nouveau, ça se met à tirer de tous côtés. Du Scania, nous arrosons vers la lisière de la clairière. A côté de nous le 75 a pris position et ses servants enfilent obus sur obus. Une flamme apparaît à l’arrière du tube, la jeep d’affût tremble sur ses pneus, la détonation retentit et une fumée d’impact apparaît dans les arbres. Ca mitraille de tous côtés. Je reconnais mieux les saccades sèches et rapides des mitraillettes chinoises, le claquement des fusils tchèques. Nous sommes installés en hauteur sur le Scania et offrons une cible idéale. Les balles sifflent à nos oreilles avec un bruit léger parmi les explosions. J’asperge à tir régulier, comme à l’entraînement. Les Noirs tirent dans toutes les directions et les mercenaires, tout en essayant d’éviter une balle perdue, tentent de les calmer. Mais, même certains volontaires se cachent sous les camions tandis qu’un gradé essaye de les déloger à coup de bottes.

L’engagement dure … puis le vacarme s’affaiblit peu à peu. Sur le terrain, c’est la pagaille. Les jeeps sont tournées de tous côtés, leurs mitrailleuses orientées vers les très hauts arbres de la lisière dont le sommet semble dégarni.

Après 55 minutes d’engagement, le calme revient au moment où nous sommes rejoints par la colonne lourde. Charly one repart, devant. Jean Claude LAPONTERIQUE dixit : Charly One très réduit , il fallait du renfort, Denard affecte les remplaçants à leur poste. Départ de la progression vers Titulé. A part les grands arbres en travers de la piste, ce trajet s’est fait sans problème ou presque… Arrivée à Tilulé, petite fusillade en guise de réception, 2 blessés à déplorer. Titulé est pris sans autre problème, tous les bâtiments sont vides, les cases aussi. Nous rayonnons autour de la ville durant la journée et nous positionnons pour la nuit.

Pendant ce temps, nous effectuons notre réapprovisionnement en munitions et commençons notre départ sur Titule alors que l’après midi se termine.

Trois corps gisent sur le milieu de la route, disloqués par les rafales de .50. Nous récupérons les armes individuelles et identifions le colonel EGO Joachim, dont nous constatons le décès. Deux cent mètres plus loin gît un tireur avec deux blindicides dont l’appareil de tir est absent, récupéré certainement par un des leurs. A plus de 5 km un autre corps gît : Il semble que, blessé, il cherchait à fuir. Nous progressons maintenant à une allure assez rapide pour entrer dans Titulé avant la nuit. Nous pénétrons dans une ville abandonnée.

Pierre CHASSIN dixit : Lorsque nous arrivons à Titulé, le village est désert ; les mercenaires du groupe de tête se sont déjà égaillés ça et là .Quelques uns ont trouvé un coffre-fort dans une maison. Ils installent des explosifs pour faire sauter la porte et sortent en courant se mettre à l’abri ; lorsque la déflagration retentit, ils se précipitent à l’intérieur de la maison. La pièce est vide, l’armoire forte a disparu ! à l ‘extérieur retentissent les exclamations des soldats congolais. Le coffre a été projeté à travers le plafond et est retombé de l’autre côté du mur, près d’eux. Sa porte est bien ouverte, mais il est pratiquement vide : seules quelques liasses de timbres poste le garnissent…

A un autre endroit, les soldats blancs décident de faire sauter la porte d’un coffre-fort à l’aide d’un bazooka ; le servant, imprudent, se poste dos à un mur. Lorsque la roquette part, le retour de flamme lui brûle les fesses. Le tir est malgré tout précis, le coffre ouvert, mais son contenu entièrement calciné. Définitivement, le 1er Choc n’a pas l’expertise du 5th codo sud-africain pour ce genre de récupération !

Une patrouille trouve, au cours de ses recherches, deux jeunes Simbas terrorisés. « Ceux ci nous racontent l’arrivée, la veille, du colonel MAKONDO accompagné de deux conseillers égyptiens, sous le couvert de journalistes. La révélation de notre proche présence par notre embuscade de nuit les surprend. Dès lors se prépara la contre attaque dirigée par le Lt-colonel EGO. Un nombre important de Simbas dut être détruit sur le lieu de l’embuscade car nous avions fait intervenir les B26 essayant ainsi d’augmenter leurs pertes en straffant les bords de la piste.

Nous découvrons, dans la gare, que le téléphone est intact ainsi que son utilisation par les Simbas. Le service S2 se met en place. L’écoute pendant la nuit entière nous révèle l’affolement qui règne à Buta.

Le téléphoniste, toutes les heures environ demande à Liénard, Zobia et à tout l’ensemble du réseau confirmation de la présence du Colonel Makondo. Celui ci s’est littéralement volatilisé. Son camion est retrouvé à 17 km de Buta sur la route de Titulé, sans que la découverte de l’intéressé soit possible. Buta se renseigne sur le silence de la gare de Titulé, Liénard l’informe d’une détérioration possible du réseau et prévient qu’il enverra le matin vers 7 h deux réparateurs. Sur le matin nous captons un message portant a notre connaissance qu’un camion de sœurs religieuses a quitté Buta pour notre direction. Nous intensifions notre écoute, Zobia confirme notre passage mais ne nous situe pas encore à Titulé. Un mouvement de train est signalé, la ligne de chemin de fer est utilisée la nuit à 100%. L’adjudant de Zobia insiste pour que le pont autorisant l’accès de Buta soit détruit.

31 Mai – Dès les premières heures, alors que nous attendons les deux réparateurs en provenance du sentier de la voie du chemin de fer, trois hommes surgissent brusquement, deux armés de fusils qui semblent être des mausers et un avec une lance. Ce dernier, par bonds, caché derrière les wagons, atteint ainsi l’entrée de la gare où il est abattu. Les deux autres rejoignent la brousse sans que nous puissions savoir s’ils sont touchés, gênés par les wagons en gare. Sur le tué nous découvrons la carte de rebelle. Brusquement, sans raison apparente le téléphone ne devient plus audible; les communications semblent continuer, mais nous parviennent trop faiblement. Nous regrettons ce fait, les dernières conversations interceptées faisant état de notre présence supposée à Zobia.

Par liaison radio , après accord avec l’EM, le Cdt Denard venait de prendre la décision d’essayer, en l’absence du colonel Makondo de traiter de la vie des otages.

Un villageois, arrêté au cours de la nuit et employé à peindre la gare dans le courant de la journée, nous informe qu’en sa présence le colonel Makondo a téléphoné personnellement pour que tous les otages européens soient exécutés à l’exception des congolais.

Le Cdt Denard informe également l’EM de Stanleyville des divers renseignements exploités , ce qui permet le mitraillage d’un train. Après liaison radio avec Stanleyville, la colonne légère, accompagnée des véhicules de commandement quitte Titulé après avoir saboté la ligne téléphonique.

Nous continuons ainsi jusqu’à Kumu où une halte nous permet de saisir les papiers des Simbas qui tenaient ce village. Quelques patrouilles cherchent rapidement à établir un contact aux environs directs du village, mais il se confirme qu’il semble bien abandonné. Le repli Simba se confirme dans la direction de la ligne de chemin de fer, toujours utilisée sur l’axe Buta-Rubi-Liénard-Titule et qui d’après renseignement permet tous les déplacements possibles. La voie ferrée est entretenue et sert pour le ravitaillement et les munitions qui proviennent de diverses sources. Elle permet une exploitation très précieuse sur la route des frontières via Ango et en direction de Niangara, ainsi qu’une utilisation ferroviaire présumée se poursuivant vers Paulis. Aucun poste ami ne se trouvant encore en place en bordure de la voie.

Pendant ce temps, les Simbas tuent à Buta les 31 frères Maristes blancs qui sont jetés au fleuve à partir du pont, sauf le corps de l’un d’entre eux, tué à coups de machette dont le corps sera retrouvé dans la forêt grâce aux indications de la population.

Nous quittons Kumu et passons la nuit à Mélumé, rejoints assez rapidement par le reste de la colonne. La nuit se passe sans harcèlement ennemi.

1er Juin – Lever très tôt des hommes, le service S2 poursuivant l’interrogatoire d’un prisonnier fait la veille aux abords immédiats du poste, nous apprend la présence des sœurs congolaises à quelques kilomètres. Une patrouille est aussitôt formée et découvre celles ci à quatre km de Melume, dans une plantation en retrait de la route, la plantation MODIMBA : 23 sœurs congolaises sont libérées, 3 frères congolais, 5 abbés congolais et Monseigneur M’BALI Jacques. (voir en annexe F 1, une lettre de Mgr M’BALI, datée du 15 mai 1965, adressée au colonel Simba Makondo. Cette lettre est très intéressante pour comprendre le type de relations qu’ont pu entretenir les Simbas et la hiérarchie catholique locale ! )

Nous reformons rapidement la colonne pour la prise de Buta. L’ordre de départ est donné et nous arrivons au pont de la rivière Balima lorsque celui ci commence à brûler. Nous nous employons à l’éteindre tandis que les B 26 continuent le straffing ; Nous entrons dans Buta sans trouver la moindre résistance. Au milieu de la ville la jonction avec la colonne Sud africaine est établie. Il est alors 09h45.

Bob Denard dixit (Corsaire de la République) :  » Départ à l’aube de Bruni pour la plantation avec l’ivrogne qui a un peu dessaoulé. Arrêt à proximité de l’objectif, approche à pied et nous tombons devant une scène irréelle ; 23 sœurs congolaises et sept hommes en soutane prient agenouillés en cercle dans une clairière. L’un de ces hommes se redresse et se présente : je suis Mgr Jacques Mbali. C’est l’évêque du diocèse de Buta. Ils nous apprennent que, le 31 mai, 31 pères blancs, tous européens, ont été exécutés par les Simbas, quand ils ont su que nous approchions de la ville. En revanche il nous confirme que des religieuses européennes sont toujours retenues prisonnières ainsi qu’une anglaise et une femme avec ses deux fillettes. »

Nous repartons en roulant le plus vite possible. Bracco nous survole et nous prévient que les Simbas ont mis le feu au pont sur la Balima qui nous attend plus loin. Les B26 viennent larguer leurs bombes de l’autre côté du pont pour nettoyer la place. Changement de quelques planches et madriers qui ont souffert de l’incendie et passage du pont sans problème ; les avions ont été efficaces.

La voltige à partir de là, s’est mise en progression sur deux files le long de la route. Nous entrons dans une ville vide et arrivons devant la grande mission catholique, vide aussi. Parvenus au carrefour donnant sur le pont direction Stan et Banalia, nous avons vu arriver les Sud’Afs qui, comme convenu, devaient nous rejoindre. Les Simbas ont déserté la ville, quelques heures avant, en partant dans la brousse sur des chemins de repli.

Alors que la colonne Sudaf reçoit l’ordre de faire mouvement sur Stanleyville, via Banalia, la ville est fouillée. Nous récupérons ainsi Mr WICKAERT Thomas de nationalité suisse, deux militaires ANC cachés depuis 6 mois dans le toit de la Mission avec l’aide des sœurs et , plus de 24 h après, Mme GARCIA et ses deux filles ainsi que son frère Mr RESENDE José qui sont découverts enfermés et terrés dans une pièce, tous de nationalité portugaise.

Les hommes installent leurs premières positions défensives dans la ville. Nuit calme.

 


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