OPS Congo - Journal du 1 er Choc


 

11 Juin – Clément arrive de Stan avec le premier vol de DC 3 chargé de nourriture et de fret pour les premiers commerçants qui nous ont rejoints. Il a avec lui une cantine remplie de francs congolais pour assurer la solde.

A cette occasion Denard l’accueille à l’aéroport avec une garde d’honneur et la fanfare de Buta qui joue la Brabançonne. Elle vient de sortir de brousse et a sorti de leurs caches tous les tambours, trompettes, saxos etc. Cet afflux d’argent liquide pose un problème : que faire en brousse de tous ces billets. A part se les faire voler, le BMC (Bordel Militaire de Campagne) ou le poker nous n’en n’avons aucun usage.

Photo 28   Denard accueille Clément qui arrive avec la solde Photo 29 - La solde est là
Photo 28 Denard accueille Clément
qui arrive avec la solde
Photo 29 – La solde est là, dans la malle
pleine de billets de banque.
Tous, sauf un, regardent ailleurs !

Clément propose à Denard d’ouvrir « un compte épargne » au nom du 1er Choc avec double signature (celle de Bob et celle de Clément). Les volontaires intéressés remettent leur argent à Clément qui en contre partie leur remet un chèque en francs congolais du même montant, qu’ils peuvent toucher dans n’importe quelle banque du Congo. Il est d’ailleurs venu avec tous les papiers d’ouverture de compte que Bob signe. En cas de décès, cet argent sera aussi plus facilement transférable à la famille du défunt.

Il y a aussi des vivres dans l’avion et Clément a son carnet pour pointer le déchargement, pendant que le camion attend .

Si le problème de la solde en francs congolais est résolu, ce n’est pas le cas de la solde en Europe. Quelques volontaires ont de vrais problèmes avec leur famille. Denard sort son carnet de chèques personnel en francs belges et assure une avance sur solde. Clément assurera le transfert des chèques aux familles et repart pour Stan avec tous ces éléments pour faire avancer les choses et débloquer le paiement de la solde en Europe quitte à aller au QG de Léopoldville.

19 Juin – Denard est chargé des affaires civiles dans le district de Buta. La pacification fonctionne. La population sort de brousse, nous fait confiance mais nous pose un problème : comment les nourrir et les mettre au travail ?

La saison des pluies est bien commencée, la population qui sort de la forêt est dans un état lamentable et dénutrie. Un vieux congolais nous demande un fusil pour aller tuer un éléphant. Nous lui donnons un Mauser et 3 cartouches. Il revient quelques jours après. Il a tué son éléphant en lui tirant, d’abord, une balle dans le genou. Ensuite, il l’a suivi (très longtemps) jusqu’à ce qu’il tombe épuisé. Quand il a pu l’approcher, il lui a tiré une balle dans l’œil. Cela nous fait de la viande pour plusieurs jours et le dépeçage de la bête est l’occasion de faire la fête.

Bob a toujours de bons prétextes pour ne pas partir pour Aketi. Il refuse toujours catégoriquement de bouger et continue de rechercher les otages qui manquent. Il prétexte un manque de carburant… il reçoit des fûts d’essence par avion ; il n’a plus de munitions… elles arrivent elles aussi par avion ; la paye en Europe n’est toujours pas arrivée…

Il veut démontrer à l’Etat Major qu’il est possible de faire autre chose que des colonnes sur les routes principales. Les permanentes sorties en brousse et les longues approches à pied permettent de détruire l’infrastructure rebelle avec l’appui de la population qui nous renseigne et nous guide. Cette façon de faire la guerre est à l’opposé de la politique menée jusqu’alors par l’Etat Major qui se contentait d’essayer de créer des « points forts » en espérant que la population revienne d’elle même.

23 Juin – Message de Clément qui est à Leo. Il confirme le non paiement en Europe mais précise que le QG fait, cette fois-ci, le nécessaire pour rectifier la situation.( Le retard était dû à une mauvaise transmission de dossiers dans les bureaux !) Il en profite pour récupérer de nouvelles recrues dont, entre autres, le Lt Lemaout, l’adj Nouchet, Cardinal et annonce son retour sur Stan.

26 Juin – Une information sérieuse arrive : à 30 kms, à peine de la ville, c’est sûr, juré, promis… , On sait où les rebelles retiennent les prisonniers. Bruni et son groupe se préparent. Jean Claude LAPONTERIQUE dixit :

« Départ comme d’habitude dans la nuit, on se dirige en camion sur la grande piste vers Kumu. Après 20 kms , tout le monde descend. Il fait nuit , en silence la section progresse le long de la grande piste avant de virer sur un petit chemin dans la jungle.

Cette fois ci, il y avait avec nous un médecin et un infirmier. La section a fait une quinzaine de kilomètres , l’aube commençait à pointer, les singes comme à leur habitude poussaient des cris à la cime des arbres, mais nous étions habitués.

Tout d’un coup ,un éclaircissement du chemin se fait voir et Bruni ordonne l’arrêt de la section en position, genoux à terre. Il revient vers ses hommes en nous plaçant pour l’assaut autour d’une grande clairière récemment défrichée. Il nous montre, un peu plus loin, les cases derrières les arbres où se trouvent les otages. Topo à voix basse pour chacun et sans faire de bruit , tout le monde se débarrasse du sac à dos. Il y avait une distance d’une centaine de mètres à parcourir sur des branches et branchages que les rebelles avaient coupés devant les cases. Les Katangais assurent nos arrières le long du chemin. Le jour s’était levé, les sœurs avec leurs robes blanches allongées dans les cases étaient visibles, elles étaient gardées par 6 rebelles visibles, les autres devant être un peu plus loin.

L’assaut fut donné quand Bruni a vu que nous ne pouvions pas avancer sans bruit. Les branches cassées et les feuilles sèches craquaient. Il fallait foncer. Les otages restant couchés, nous avons pu tirer sans soucis de dommages collatéraux. La fusillade a duré 30 secondes environ, les rebelles morts, pas de dégâts dans la section et récupération de la totalité des otages.

Des otages en piteux état, très fatiguées pour certaines , malades pour d’autres mais heureuses d’être libérées car elles ont été promenées dans la jungle en plusieurs endroits depuis près d’un mois. Chaque jour , elles pensaient qu’elles allaient mourir. »

Voici ce que raconte Marguerite HAYES dans son livre épopée au Congo (page 154 et 155). Il est à noter qu’elle emploie le terme « commando » et non mercenaire. Il y a des mots qui brûlent la bouche !!! et la plume !!! :

(…) Le 31 mai 1965, les commandos étaient à Buta, à 8 kilomètres à peine de l’endroit où les femmes étaient cachées. Comme elles désiraient ardemment faire passer un message ! Cela paraissait impossible. Les commandos avaient avancé le long de deux routes et ils cherchaient la troisième en direction de Banalia, espérant atteindre les Simbas et leurs otages qu’ils croyaient en fuite. A peu de distance de Buta, il existe un petit sentier insignifiant connu sous le nom de piste de Basili. C’est cette piste que descendirent les Simbas et leurs captives. Après avoir traversé un ruisseau, ils détruisirent le pont de troncs d’arbres, et lorsque les commandos arrivèrent au ruisseau, ils ne jugèrent pas utile d’aller plus loin. A moins d’un kilomètre de là, dix neuf femmes attendaient avec anxiété. Elles entendaient leurs libérateurs possibles les appeler à l’aide de hauts-parleurs ; mais elles restaient dans un silence de mort, regardant les fusils de leurs ravisseurs braqués sur elles. Un faux mouvement à ce moment critique aurait provoqué la mort de toutes.

Il semblait n’y avoir que peu d’espoir pour Margaret. Il semblait impossible qu’elle eût survécu au second massacre. Un congolais, deux mois plus tard, découvrit l’endroit où elles se trouvaient et en informa les commandos. Il les conduisit à travers la forêt et leur suggéra de ne pas tirer comme ils avaient l’habitude de le faire. Margaret, assise, regardait au dehors de la hutte, attendait, guettait et se posait des questions, lorsque soudain, un peloton de soldats blancs surgit à ses yeux du sommet de la colline et une pluie de balles descendant la pente mit les Simbas en fuite. Margaret et ses compagnes fondirent en larmes, elles étaient libres (…)

Bilan : libération de 15 religieuses et 2 civiles : une anglaise Marguerite HAYES et Mme LEGROS avec ses deux fillettes Anne et Chantal ( nous avions déjà récupéré Mr Legros à Buta en arrivant). Aucune perte de nôtre côté.

Photo 30 - Les voilà, nos otages libérées Photo 31 - Départ des sœurs en bétaillère  pour rejoindre le terrain d'aviation de Buta
Photo 30 – Les voilà, nos otages libérées,
bien propres, avec un sourire timide !
Photo 31 – Départ des sœurs
en « bétaillère » pour rejoindre
le terrain d’aviation de Buta

L’Etat major prévenu décide d’envoyer une des deux bananes volantes pour les récupérer à Buta. Celle ci tombe dans la forêt en venant de Stan. JP Sonk dixit :

Le 27 juin 1965, une mission fut commandée pour aller secourir les religieuses d’une mission de Buta prises en otage par les rebelles. Les conditions météorologiques n’étaient pas fameuses et pouvaient très vite empirer dans cette région du Congo où pluies torrentielles et orages violents pouvaient apparaître en un court laps de temps. La mission fut toutefois lancée et l’équipage effectua le check du FG-378 avant de s’installer dans l’habitacle : dans le siège de droite (celui du premier pilote), l’Adjudant Robert « Bob » Jacobs s’était sanglé, tandis que le second pilote, le Lieutenant Henri VDG prit place dans le siège de gauche et, derrière eux, le mécano navigant, le Capitaine Raymond Bordon. Alors qu’ils allaient démarrer le moteur, un véhicule fonça vers eux, son chauffeur signalant que le second pilote devait se rendre, toutes affaires cessantes, chez le Commandant pour une histoire de revolver perdu pendant que son remplaçant, l’Adjudant Frans Allaeys, montait à bord pour occuper le siège de gauche. Les deux pilotes se connaissaient fort bien, car tous deux étaient de la 133ème promotion et avaient reçu leurs ailes de pilote en octobre 1957.

L’hélicoptère capable d’emmener vingt passagers décolla de Stanleyville (Kisangani) et mit le cap sur Buta, situé à quelques 400 kilomètres plus au nord, pour un vol d’environ trois heures au-dessus de la jungle hostile. Le FG-378 n’ira pas jusqu’à destination mais sera contraint de rebrousser chemin tant la visibilité et la météo étaient exécrables. Le dernier contact radio eut lieu à 7 heures zoulou (heure du méridien de Greenwich) lorsque l’équipage signala que la mission était avortée et qu’il retournait vers la base qu’il estimait à une demi- heure de vol, soit environ 65 kilomètres. A 7H19 zoulou, ce fut le silence radio total…

28 juin – Les sœurs sont libérées mais le travail continue. Les Simbas sont toujours dans les environs et il faut faire vivre cette ville de Buta. Le trafic fluvial étant rétabli sur le fleuve Congo entre Léopoldville et Stanleyville, depuis la mi mai, il est logique de vouloir ravitailler Buta, par camion, en utilisant la route directe qui vient de Stanleyville, en passant par Banalia. Cela est beaucoup moins onéreux que le ravitaillement par avion et cela nous donnerait une plus grande souplesse dans nos approvisionnements en tout genre. Cela permettrait aussi à des civils, planteurs ou commerçants de revenir par la route pour s’installer dans leurs anciennes propriétés, car leur transport dans les avions militaires est pratiquement interdit. Banalia avait déjà vu passer de nombreuses colonnes, aucune ne s’était arrêtée pour prendre soin de l’administration de la zone.

Pour pouvoir réaliser cette liaison permanente entre Buta et Stanleyville, il fallait reprendre la zone aux Simbas pour éviter les embuscades et assurer la surveillance et la maintenance du bac assurant la traversée de la rivière Aruwimi. L’EM décide donc qu’une colonne dirigée par le major Saint (de l’ATMB) irait de Stan à Banalia tandis que le 1er choc la rejoindrait en partant de Buta. Dans la colonne du major Saint il y a :
– Les nouvelles recrues dont Le capitaine Bernard de la Tribouille (futur adjoint de bob, devant prendre le commandement de Buta), le Lieutenant Lemaout, l’adjudant Nouchet , Cardinal et quelques volontaires qui viennent en renfort.
– Clément, lui aussi, part avec la colonne ( il a eu confirmation des transferts de paye en Europe pour tout le retard de solde –Mars- Avril- mai- et le mois en cours Juin). Grâce à la réussite de la récupération des sœurs, il a même pu avoir la solde en francs congolais bien que le mois de juin ne soit pas échu, un camion de bouteilles de bière offert par l’EM, et différents produits ou matériels de première nécessité qui nous font défaut.
– Un peloton de l’ANC nous accompagne pour rester à Banalia où il est sensé rester pour sécuriser la zone.
– Des commerçants et des planteurs qui veulent retourner à Buta. Ils emmènent avec eux plusieurs camions remplis de casiers de bière et des équipements qui faciliteront leur installation.

Le trajet Stan/Banalia se fait sans problème, sinon quelques fondrières qui nous obligent à nous tracter les uns les autres. En revanche, à l’arrivée sur Banalia une embuscade nous attend. Les tirs des Simbas sont désordonnés, quoique nourris. Cette ambiance permet de tester les réactions des nouvelles recrues. Quand les tirs se calment, nous reprenons notre chemin et nous nous mettons en sécurité dans la bourgade qui est vide de toute population.

Le bac à câble est de l’autre côté de la rivière. Il faut trouver une pirogue cachée dans la broussaille, pagayer avec ses mains jusqu’à l’autre rive (les pagaïes étaient cachées ailleurs), débloquer le bac et le remettre en service. Pendant toute cette opération aucune manifestation des Simbas. En revanche la colonne légère de Bruni (charly one), venant de Buta arrive juste au moment où nous mettons le bac en service.

 


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