OPS Congo - Journal du 1 er Choc


 

Dans le même temps Nouchet, avec un petit groupe, va faire une reconnaissance en jeep vers le petit aéroport de campagne qui se trouve à proximité. Dans un tournant de la piste, il reçoit une rafale bien ajustée. Il est gravement blessé à la jambe ainsi qu’un volontaire suisse Layaz, au bras. Le reste du groupe réagit et parvient à ramener nos deux blessés. A partir de ce moment se passe un psychodrame typique de l’ambiance congolaise :

Il faut évacuer les blessés. C’est à ce moment là que nous nous apercevons que les moyens radio du Major Saint sont inefficaces. Bruni ne dispose que d’une liaison radio avec Denard à Buta. Seul, le peloton de l’ANC dispose d’un dodge équipé d’un poste puissant permettant la phonie et le morse. Malgré cela, les liaisons radio avec les autorités supérieures sont mauvaises et il est impossible de savoir si un hélico est disponible après le crash de la veille.

Le petit aéroport de Banalia permettrait de recevoir un tout petit avion, du genre piper cub, mais il est difficile de savoir si il y en a un disponible. Le major Saint estime que son rôle est de rendre compte et d’attendre les ordres. Pendant qu’il s’active autour des postes de radio, les blessés perdent du sang et font la grimace, malgré les piqûres de morphine. Par ailleurs la journée s’avance et avec la nuit aucun secours aérien ne sera possible…

La bande à Denard se consulte. Bruni prend un coup de sang et décide de partir directement sur Stan avec ses jeeps en emmenant les blessés. Le major Saint considère que c’est lui le chef et que c’est à lui de décider. Le ton monte.

Toutes les jeeps de Bruni sont passées par le bac et foncent sur Stan. Arrivées dans la ville, deux jeeps vont avec Bruni en direction l’hôpital. Les deux autres filent devant la grande Poste pour pouvoir téléphoner en Europe. Nous étions couverts de poussière rouge de latérite et armés jusqu’aux dents, au milieu de la clientèle habituelle. Il a fallu attendre plus d’une heure la liaison avec Paris. Grâce à la décision de Bruni, les blessés ont pu être soignés rapidement. Nouchet y a perdu sa jambe mais il a gardé la vie.

Cela n’empêche pas l’Etat Major d’enclencher toute une procédure, estimant que : « malgré l’ordre formel de rester à Banalia, les lieutenants Lemaout et Bruni forment de leur propre initiative, une colonne légère sur Stanleyville et relèvent d’une sanction disciplinaire. » Denard tenu au courant, par radio, du développement de l’algarade décide de venir à Banalia avec une section de voltige.

C’est dans cette excellente ambiance que la colonne venant de Stan s’installe en sécurité pour la nuit ! Entre deux tours de garde, au milieu des moustiques, le capitaine de la Tribouille, fait part à Clément de son étonnement sur la liberté de ton qui régit nos rapports avec les autorités !

Le lendemain matin, nous établissons la jonction avec les éléments de Denard qui sont arrivés de l’autre côté de la rivière. Celui-ci a une discussion animée avec le major Saint. Pendant ce temps nous faisons passer le bac à tous les véhicules qui viennent de Stan.

Tout cela prend du temps. Nous prenons la route en fin d’après-midi et roulons toute la nuit vers Buta dans la gadoue de la piste en franchissant, au treuil, certains passages particulièrement boueux et délicats pour les camions civils qui étaient surchargés. Pendant ce temps le major belge retournait sur Stan.

30 juin – Denard quitte les locaux de la Mission et aménage le QG dans une villa, au centre de la grand- rue. Là, on regroupe, le S2 de Biaunie, l’administration de Clement qui embauche Cardinal comme adjoint et le garage de Mendès. Le capitaine de la Tribouille y a son bureau et se met au courant de nos us et coutumes.

Une grande opération est en vue : la prise d’AKETI sur les bords de l’Itiberi à 180 kms de Buta. C’est un endroit stratégique qui assure la jonction entre le trafic ferroviaire de la province de l’Uélé et le trafic fluvial qui prend le relais pour rejoindre Léopoldville. Les rebelles sont encore en nombre dans cet endroit.

Si tout se passe bien, il nous est demandé de continuer ensuite jusqu’à Bumba où il y a une implantation de l’A NC qui contrôle le port de Bumba et le passage sur le fleuve Congo

Photo 32 - Etat major du 1er choc à Buta
Photo 32 – Etat major
du 1er Choc à Buta

1er juillet – Denard est nommé Major, Cette nomination déclenche la fureur de certains belges Les lettres que nous joignons en annexe montrent bien le malaise de certains officiers. ( voir annexes G 1, G 2,G 3 et H 1, H 2)

Cela ne veut pas dire que tous les officiers de l’ATMB ont la même attitude. Cette histoire de rivalité franco-belge, si elle existait au niveau diplomatique, est ridicule sur le terrain. D’autant qu’il fallait être aveugle pour ne pas voir que c’étaient les Etats Unis qui tiraient les ficelles depuis le début, grâce à la WIGMO et aux C 130 américains qui avaient largués les paras belges sur Stanleyville et Paulis. !!!

Au niveau du 1er choc, nous incorporons Allemands, Américains, Belges wallons et flamands, Français, Espagnols, Grecs, Hongrois, Italiens, Suisses et Yougoslaves sans aucune difficulté.

Au niveau de ces officiers Belges protestataires il s’agit surtout d’une frustration personnelle et d’une jalousie attisée par une conception différente de mener, à la fois, la guerre et la pacification d’une population éprouvée. Cela fut flagrant deux mois plus tard, quand Bottu prit la tête du groupe parachutiste Cobra dont nous parlerons plus loin.

 


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