OPS Congo - Journal du 1 er Choc


 

L’IMPERIUM du 1er CHOC

 

Avec moins d’une centaine de volontaires et environ quatre cent katangais et congolais, nous surveillons maintenant toute l’artère centrale de la province de l’Uélé qui fut une zone rebelle particulièrement active et destructrice.
Nous sommes toujours en période de pluie. La population continue de sortir de brousse. Il faut qu’elle puisse aller travailler dans les champs et planter pour la prochaine récolte. Entre- temps, il faut la nourrir et remédier, pour un grand nombre d’entre eux, à une sous alimentation et à un mauvais état sanitaire.

Au début nous avions utilisé les locaux de la mission car ils étaient extrêmement fonctionnels avec des cuisines et un réfectoire qui permettaient de faire un service pratiquement continu pour nourrir les différents groupes qui partaient et arrivaient de patrouille ainsi que les différentes personnes qui venaient à Buta. C’était une sorte de « mess, guest house » qui permettait à chacun de se nourrir. Nous étions très fiers du pain que nous y préparions grâce à un volontaire qui avait été boulanger de son métier.

Au fur et à mesure de notre installation certains postes de garde ont pris l’habitude de préparer eux même leur repas en utilisant les compétences des congolais qui sortaient de brousse. Ils faisaient notre cuisine et en échange ils mangeaient à leur faim. Ils lavaient aussi nos tenues de combat. Chaque groupe avait donc ses boys qui s’intégraient dans notre organisation et faisaient vivre leur famille. Quand la solde en francs congolais a enfin été payée, nous avons pu les rétribuer en argent liquide, ce qui a enclenché un démarrage de vie économique.

Généralement cela se passait très bien, sauf dans le poste qui gardait la route du terrain d’aviation (la Plaine). Un jeune congolais de 18 ans, maigre et décharné avait été pris en pitié par le chef de poste. Il l’avait utilisé comme cuistot. Comme il faisait très bien la cuisine et qu’il était d’une serviabilité à toute épreuve, ses attributions ont augmenté : lavage des effets militaires, nettoyage des locaux, interprète dans les cas difficiles où nos Katangais ne comprenaient pas le patois local, etc . Il vivait donc parmi nous et dormait dans sa cuisine juste à côté de nous, dans l’enceinte du poste.

Ce poste avait un rôle important car il contrôlait un grand nombre de passages et un des accès à la « cité indigène ». Il disposait de postes de combat bien conçus et d’une protection par pièges du côté de la forêt. Les jours passaient, le cuistot devenait obèse. Il sous traitait certaines tâches à d’autres congolais et prenait de plus en plus d’assurance, se mêlant de contrôler les habitants qui rentraient dans la ville. Il essayait de « taxer » les femmes qui rentraient avec des provisions sur la tête…

Le chef de poste repéra très vite le manège et le laissa faire plusieurs jours en le surveillant du coin de l’œil. Agacé par ce changement d’attitude, il voulut en avoir le cœur net et fouilla dans la cuisine. Il y trouva des munitions cachées qui nous appartenaient. Aussitôt il le fit mettre à poil et trouva dans ses poches un carnet où était dessiné le plan du poste avec ses emplacements de combat, le plan des pièges installés en protection vers la forêt, sans oublier un inventaire complet de l’armement et de l’effectif. Un quart d’heure après, le cuistot basculait dans la rivière avec une balle dans la tête. Denard et le S2 ne furent informés que dans la soirée.

Il s’agit maintenant de remettre en route toute l’activité de cette région. Pour cela il faut rétablir tous les moyens de communication; aussi bien les routes en reconstruisant les ponts que la voie de chemin de fer qui va d’Aketi à Mungbere.

En même temps, il faut intensifier nos patrouilles en forêt, rechercher les implantations Simbas et les détruire. L’ex major Simba Wagi, avec ses hommes et ses armes agit à sa manière, nous informe et démontre ainsi qu’il a bien basculé dans notre camp et que la façon de faire du 1er choc donne des résultats.

Tout cela représente des heures de marche, des moments d’angoisse, beaucoup de transpiration, des tours de garde pendant la nuit, alors que nous sommes fatigués …

Nous avons de plus en plus de soldats de l’ANC avec nous qui sont constitués en unités avec leur propre encadrement. Si elles sont sous nos ordres, elles restent indépendantes et ne sont pas intégrées comme cela fut le cas avec le commando Katangais de François. Cela ne va pas sans problèmes…

Carte 4 - Zone d'influence du 1er Choc
Carte 4
Zone d’influence du 1er Choc

13 Juillet – A Aketi. Au cours d’une patrouille ordinaire, Le Maout est mortellement blessé. Pierre Chassin dixit :

Nous sommes une dizaine d’européens et une vingtaine de congolais … Nous progressons en file indienne, derrière Le Maout qui ouvre la marche. Bientôt le sentier débouche sur une clairière où les indigènes cultivent le maïs, non loin de leurs cases. La tête de la patrouille entre dans le village désert. Tout à coup, un feu d’enfer s’abat sur les hommes de tête. Le Lieutenant est touché à la jambe et les premiers volontaires battent en retraite précipitamment en le portant. Les Simbas nous ont entendu arriver et nous ont tendu un piège. Tandis que les nôtres se mettent en position et ripostent, un vétéran coupe des branches et fait un brancard de fortune . Le Maout a reçu une balle dans la cuisse. Avant qu’on ait pu lui faire un garrot avec une ceinture, il a déjà perdu beaucoup de sang. Il fait preuve d’un courage incroyable, alors qu’il a la jambe pour ainsi dire éclatée. Nous nous relayons pour porter la civière… La boue nous fait glisser, trébucher, mais nous savons qu’il faut faire vite. De temps à autre nous nous arrêtons pour reprendre souffle et desserrer le garrot. Le lieutenant est blême et il se mord les lèvres…

Les hommes de tête sont partis en éclaireur annoncer la nouvelle au QG et prévenir le médecin mercenaire espagnol. Lorsque nous arrivons, Buta a déjà été avertie par radio. Mais en notre absence, Aketi a été attaqué par les Simbas. Quelqu’un les aurait-il prévenus de l’opération ? A 16h , un hélicoptère se pose sur le terrain de foot pour repartir avec Le Maout.

A Buta, un avion qui était venu nous apporter du fret, attend l’hélico (cette fois ci nous étrennons un Bell x47, car les « bananes » sont interdites de vol depuis le dernier crash) pour assurer le transfert, directement sur Léopoldville. Il est décidé que Clément partira avec lui pour assurer l’accompagnement jusqu’à l’hôpital de Lovanium.

Il en profitera aussi pour pousser un coup de gueule, car la solde a encore du retard en ce qui concerne les virements en Belgique. Cela devient lassant ! Il faut voir tout cela au grand QG de Léo et débloquer cette situation qui est d’autant plus désagréable que certains officiers belges qui sont jaloux, ricanent et s’abritent derrière des artifices administratifs qui n’ont pas lieu d’être. Souffler le chaud (nomination de Denard, visites officielles et discours ronflants) et le froid (difficulté pour chaque solde mensuelle) est d’autant plus exaspérant que l’on devine de la part de certaines autorités congolaises une certaine satisfaction à voir les « Français » et les « Belges » se chamailler.

14 Juillet – Fête nationale française. C’est le Colonel Mulamba qui nous le rappelle par un message. Nous n’y avions pas fait attention ! La priorité est de gérer ce territoire qui nous incombe. Il nous faut faire du « civilo-militaire » avant même que le concept n’en soit défini par l’armée française. L’ex major simba Wagi explique, à la radio de Stan, pourquoi il a rejoint le 1er Choc et appelle les Simbas à faire comme lui. Nous faisons la liste de tous les médicaments et vivres dont nous avons besoin pour toute cette population qui nous fait désormais confiance.

16 Juillet – Arrivée d’un DC3 avec vivres pour la population : 2 tonnes de riz et 200 sacs de poissons séchés ainsi que du lait en poudre pour les enfants.

Le fait de répartir le 1er Choc entre Buta Aketi et Bunduki nous pose des problèmes d’effectifs, de ravitaillement et de munitions car Stan nous prévient qu’ils n’ont plus de cartouches pour nos fusils automatiques Fal ! Les patrouilles continuent tous les jours, toujours sur renseignement.

Le Lt Coucke part sur Aketi pour remplacer le Lt Le Maout. Il emporte avec lui armement et munitions. Son premier travail sera de monter une attaque sur un village Simba afin de leur prouver que l’échec de Le Maout ne remet pas en cause notre implantation. Les Simbas sont surpris par l’opération, ils ont des morts. Des prisonniers sont faits, ce qui permet de commencer à avoir des renseignements sur leur organisation qui se révèle active et volontaire.

Ils s’installent de l’autre côté du fleuve d’où ils tiraillent de façon isolée et inefficace. Mais cela tend l’atmosphère. Nous nous sentons surveillés. En prévision d’une attaque, nous renforçons nos positions.

La nuit, les Simbas vont jusqu’à se rapprocher à portée de voix et insultent les soldats congolais qui sont avec nous. Ceux ci supportent très mal la chose et tirent dans le vide, ce qui réduit notre stock de munitions. Pour la première fois, Coucke fait violence à son tempérament et décide de rester dans la ville, sans faire de patrouilles à l’extérieur.

21 Juillet – Attaque des Simbas qui rentrent dans Buta mais sont repoussés. Le matin à 9 h , un groupement important de Simbas venant de Makala et de Maselebende est parvenu à s’infiltrer dans la ville entre nos positions (se souvenir de l’affaire du cuistot.) Ils se sont regroupés avant la fin de la nuit dans la vallée encaissée de la rivière de Buta et dès le lever du jour ont progressé sous le couvert de la végétation, jusqu’au centre de la ville où brusquement ils ouvraient le feu à 9h.

A 9h 20, la prison est directement attaquée sous la conduite du Cdt Simba Monzuga Pierre. Après plus de vingt minutes d’engagement, celui-ci et le Lt Kangonyesi Raymond, secrétaire du S4 Simba, sont abattus dans l’artère principale de la ville. Après une heure trente de combat, les Simbas décrochent sous le feu d’appui de l’aviation.

Au cours du nettoyage de contrôle effectué, nous découvrons le massacre de la famille de M. Mbongoma Alphonse, professeur à l’école technique de Paulis, récemment sorti de brousse.

Avec lui gisaient trois femmes au crâne éclaté , ainsi que deux enfants tués et mutilés à coup de machette. Deux autres, réfugiés près de leur mère décédée, furent admis au dispensaire, un avec le bras brisé et le plus jeune avec la cuisse ouverte. Pertes Simbas : les 2 cités plus haut et 19 hommes dont 12 tués par l’aviation.

Photo 38 - la famille de Alphonse Mbongoma après l'attaque des Simbas.
Photo 38 – la famille de A. Mbongoma
après l’attaque des Simbas.

Dans les jours qui suivent, les patrouilles se multiplient autour de la ville et loin en brousse pour chercher le contact. Les volos en assurent l’essentiel et continuent à enchaîner les kilomètres, en camion et à pied.

La vie s’organise de plus en plus et nous oblige à gérer ce développement. Nous buttons sur toute une série de problèmes d’intendance et d’administration qui ne sont pas du domaine particulier de la fonction de mercenaire !

Tout le système débrouille et récupération que nous avions utilisé jusqu’à présent est insuffisant pour faire face à la situation, car nous devons aussi intégrer la population locale qui se rallie de plus en plus.

Nous devons en même temps rechercher le contact avec les Simbas en utilisant les renseignements de la population et organiser des colonnes armées de ravitaillement pour Aketi et Bunduki.

Tout est urgent: ravitaillement en munitions, chambre à air pour véhicules divers, pièces mécaniques. Nous recevons de plus en plus de vivres avariés suite à des problèmes de décongélation pendant le transport (viande) ou de pourriture (poisson séché).

Les travaux réalisés dans la ville sont énormes le réseau d’eau et l’éclairage fonctionnent, la ville est propre , les prisonniers la nettoient. Le réseau téléphonique entre nos positions et le QG fonctionnent. Buta commence à retrouver un aspect normal.

Photo 39 - La Station service du 1er choc à Buta Photo 40 - Le garage du 1er choc à Buta
Photo 39 – La Station service
du 1er Choc à Buta
Photo – Le garage
du 1er Choc à Buta

 


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