OPS Congo - Journal du 1 er Choc


 

Non seulement il a fallu répondre à ces attaques, mais il a fallu continuer à désorganiser les Simbas, en montant, toujours sur renseignement, différentes attaques sur leurs concentrations qui nous étaient signalées le 8 septembre à Ndimolo Mongbe et Bali , avec un appui de l’aviation ; le 13 septembre à Mbala ; le 19 septembre sur la rivière Ndio, avec un appui de l’aviation .

Toutes ces sorties sont suivies de la rentrée de populations qui étaient retenues en brousse. Cependant, la pression des Simbas est moins forte qu’avant et leurs actions ne sont plus aussi coordonnées. Le départ de leurs conseillers étrangers doit en être la raison. Cela est évident du côté de Paulis et de Mungbere. Quelle est la raison de ce départ ? Cela serait à étudier par des historiens pouvant examiner les archives de « ceux d’en face ».

16 septembre – En ce qui concerne le Groupe Cobra, l’opération prévue est annulée. Certains demandent leur réintégration au 1er Choc, d’autres en fin de contrat demandent leur congé. Avec ceux qui restent, le capitaine Bottu et Cobra vivront d’autres aventures…
(Voir en annexe la liste nominative du Groupe Cobra en annexe Cobra 1, Cobra 2, Cobra 3)

20 Septembre – JC LAPONTERIQUE (de retour de Kamina où il a fait partie du groupe Cobra) dixit :

Les journées se passaient principalement pour la voltige à aller, avec des guides, dans la brousse, chercher les civils qui n’osaient toujours pas revenir. Bien souvent, il s’agissait d’un dignitaire qui avec un porte voix, annonçait que la liberté de circuler était revenue.

Presque à chaque fois, nous ramenions des civils pour la plupart en très mauvaise santé. La brousse ne donne pas du lait et des aliments de base pour des gens qui vivaient dans les villes et qui y sont nés. C’est très difficile de survivre, certains pendant 2 à 3 ans cachés dans la brousse de peur d’ être pris par les rebelles qui ne faisaient pas de cadeaux, pour un oui ou pour un non, ils tuaient.

La ville de BUTA devenait jolie, ses bordures de rues étaient peintes à la chaux par les prisonniers. Les magasins des portugais et autres étaient ouverts, des petits débits de boissons aussi, la vie reprenait dans cette ville. Une fois par semaine et à tour de rôle, nous allions, avec deux jeeps, escorter des convois de camions civils qui allaient s’approvisionner à Stan.

La piste devenue plus sûre, comme tout devient beau lorsque la guerre s’arrête. Les portugais et le hollandais qui tenaient les commerces avaient encore besoin de notre présence pour assurer leur sécurité. Nous avons fait ce travail pendant 2 mois, ensuite ils y allaient eux- mêmes.

Chaque fois que nous arrivions à Stan, nous allions à l’Olympia, un dancing restaurant et chambres. Ils se sont fait de l’or en barre avec nous, le fric circulait à flots pour la boisson et pour les filles.

BRUNI nous avait rejoint avec le reste du groupe parti au katanga. Le 1er Choc avait a nouveau son effectif. Cela nous permettait de partir plus nombreux vers le nord en passant par Aketi et puis vers Niangara pour déloger les dernières poches rebelles pas loin de la frontière. On a encore eu de la casse , mais dans l’ ensemble les embuscades s’ effritaient.

Finalement ce n’est pas un train , mais deux trains qui sont remis en état. La voie ferrée, elle aussi est vérifiée et réparée malgré les sabotages. C’est la liesse à Buta et Denard est bien décidé à tirer parti de cette réussite. Il invite les hautes autorités à partager ce succès sur les Simbas. Pendant les premiers voyages les trains seront accompagnés par une colonne de jeeps et de camions voltige qui progressera, par la route, en parallèle (Charly one).

Extrait du journal du groupe spécial « R.Denard » :

28 Septembre – Arrivée à Buta du colonel Mulamba, accompagné du Lt colonel Lamouline. Défilé des troupes et de la totalité des véhicules, en présence du Major Denard commandant de la place. La population fait un accueil chaleureux. Le colonel est favorablement impressionné par la discipline, la tenue des hommes et le parfait état du matériel.

29 Septembre – Départ des autorités et du major Denard pour Aketi sous la protection de Charly one. Arrivée à Aketi à 9h30, où les honneurs sont rendus par le capitaine Coucke, commandant de la place. Les troupes sont présentées, suivi d’un vin d’honneur.

A 14h30 le colonel inspecte les positions et reçoit les hommes qui ont fait la demande hiérarchiquement, durant le reste de la soirée (dont des congolais). Les autorités passent la nuit chez le commandant de la place.

30 septembre – Visite par les autorités des deux trains, félicitation personnelle du Colonel pour la remise en état effectuée. Les autorités prennent place dans le premier train, puis à 7h , départ des deux trains pour Buta. Le but de ces deux convois est le transport de carburant à bord de wagons-citernes pour le fonctionnement de l’administration publique et de la brasserie de Paulis

Arrivée à Buta vers 11heures où les autorités civiles et militaires de la place de Buta reçoivent à nouveau les autorités de la 5ème brigade; vin d’honneur à la gare pour l’inauguration de celle- ci.

Déjeuner chez le commandant de la place le Major Denard. A 15h45 le Commandant de la 5ème brigade quitte Buta par un DC3 de la force aérienne.

Il ne suffit pas que le train arrive à Buta il doit aller jusqu’à Paulis et ensuite Mungbere.

5 Octobre – Départ des trains à 7h30 de Buta ; arrivée à Rubi à 16h10

6 Octobre – Départ de Rubi, déraillement vers Ngume et perte de 2 wagons ; arrivée des deux trains à Mambungu.

7 Octobre – Départ des trains à 8h15, découverte d’un sabotage, réparation ; arrivée à Liénart à 14h.

8 Octobre – Départ à 7h05 ; à 13h30 une draisine abandonnée en marche se dirigeant sur notre convoi, cause la perte de 3 wagons, deux blessés légers ( un volontaire et un congolais), les deux convois passent la nuit sur le lieu du déraillement à proximité de Mawa-gare.

Photo 47 - Réception des autorités à Buta pour l'arrivée du train Photo 48 - Déraillement des trois wagons
Photo 47 – Buta – Réception des autorités
pour l’arrivée du train.
Photo 48 – Déraillement des trois wagons

9 Octobre – A 6h reprise des travaux causés par le déraillement. 85 personnes de la population viennent renforcer les hommes ; le wagon atelier est remis sur les rails à 10h30 ; dans le courant de l’après midi, déraillement du wagon Etat-major, ce dernier est remis en place assez rapidement. 15 000 frs de cigarettes sont distribuées aux travailleurs. Arrivée à Mawa-gare où nous passons la nuit.

10 Octobre – Départ de Mawa-gare à 7h, le major Guillaume de l’ATMB assiste au départ. Arrivée à Bede- gare à13h. Nous dépassons cette gare à vitesse accélérée. Nous arrivons à un aiguillage, ce dernier qui a été manœuvré entraîne brusquement le convoi à la SOCITURI, ce dernier entre en collision avec un wagon en stationnement qui se retrouve en brousse sous l’effet du choc. En marche arrière, nous regagnons la bonne voie. Nous entrons, sans autre incident à Paulis à 14h30. Charly one était arrivé à 10h30 à la gare.

Réception d’arrivée par monsieur le ministre de l’intérieur de la province de l’Uélé, par les écoles et l’administration, nombreux discours de félicitations et vin d’honneur.

Il était temps, Paulis se trouvait à court de carburant. Bob Denard (corsaire de la République) dixit :

« J’estime que les autorités ne font pas la part assez belle aux ouvriers qui ont permis au train de franchir les sabotages des Simbas. Je réclame une gratification pour eux en assurant que le train ne pourra jamais rouler sans eux. En même temps, j‘obtiens une somme de deux millions cinq cent mille francs congolais pour payer le personnel civil de Buta. »

»Je suis nommé commandant de la zone opérationnelle d’Aketi à Paulis. »

»Claironnée à grand renfort de presse et de déclarations radiodiffusées par Moïse Tshombé et ses chefs militaires, la réouverture du chemin de fer de l’Uélé incite de nombreux commerçants à reprendre leurs activités. Bien que les rebelles n’aient pas tout à fait abandonné la partie, mon secteur demeure relativement calme. »

Profitant de cette accalmie, ceux d’entre nous qui sont arrivés en fin de contrat (6 mois) partent en congé. Certains renouvelleront leur contrat, les autres reviendront à la vie civile.

Ceux qui restent assisteront à la vie politique africaine dans toute sa splendeur et ses raffinements.

19 Octobre – Kasavubu destitue Tschombé et nomme Evariste Kimba premier ministre. Il est noté dans le journal du « groupe spécial R. DENARD » :

« 6h 45 Départ de Charly one sur Banalia pour ravitaillement de notre zone. Patrouille sur Rubi vers lieu de déraillement, les travaux se poursuivent.
Malaise civil et militaire, suite au départ du 1er ministre Moïse TSCHOMBE. Arrivée du deuxième train à Buta. »

24 Novembre – Bob Denard dixit (Corsaire de la République) :

Les chefs de la rébellion en viennent à douter de l’issue de leur combat. L’un d’eux le Commandant Dieudonné K’Poné, que nous connaissons sous le titre pompeux de « chef du bureau des assassins » , me fait parvenir une lettre dans laquelle il annonce son ralliement sans conditions.

Prudent, j’expédie René Biaunie au lieu de rendez vous sous forte protection. Il revient bientôt avec le rallié et ses quatre gardes du corps armés de fusil mauser. Il nous annonce qu’il a persuadé les cent trente cinq habitants d’un village éloigné de se mettre sous notre protection.

25 Novembre – Les renseignements apportés par le transfuge me permettent de monter une opération coup de poing sur le village d’Endogo, où mes hommes retrouvent quelques armes et des tas de paperasses »

Le même jour, Mobutu renverse Kasavubu et prend le pouvoir. Dans les jours qui suivent :

– Le général Bobozo (oncle de Mobutu) est nommé à la tête de l’ANC.
– Il vire l’Assistance Technique Militaire belge. Exit Vande Walle et Lamouline.
– Hoare écœuré, quitte le 5 codo .
– Bob Denard est nommé Lieutenant Colonel à la tête du 6 codo, en remplacement de Lamouline, mais il n’a toujours pas pris conscience du rôle des unités de l’ANC.

Mobutu utilisera les mercenaires pour asseoir son pouvoir, puis, sur les conseils des Etats Unis, fera tout pour les éliminer. Cela durera jusqu’en 1967.

 


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