OPS Congo - Journal du 1 er Choc


 

1 – La situation au Congo – par J-P SONCK

 

Pour bien comprendre cette époque, il convient de connaître dans quel contexte Denard est intervenu.

Après avoir réduit la sécession du Katanga par le feu et par le sang en 1963, l’ONU se consacre à son mandat de pacifier l’ensemble du Congo, mais c’est un échec complet.

Le 26 juin 1964, Moïse Tshombé est reçu par le président de la République Démocratique du Congo, M. Kasavubu qui le charge de former un nouveau gouvernement.

Le 30 juin 1964, les casques bleus de l’ONU s’en vont, alors que Pierre Mulélé lance la révolte dans le Kwilu à l’ouest du Congo et que Christophe Gbenyé sème le trouble dans l’est du pays. Ils déclenchent une rébellion sanglante, celle des Simbas. La rébellion s’étend avec son cortège de massacres et de viols concernant aussi bien les Africains que les Européens. Les congolais sont les plus nombreux à souffrir de ces tueries collectives.

Le 10 juillet, Moïse Tshombé remplace Cyrille Adoula comme premier ministre et présente un gouvernement de salut public au président.

Le 7 septembre, Gbenyé proclame l’avènement d’une République Populaire du Congo à Stanleyville et il obtient la reconnaissance du bloc soviétique et de quelques pays arabes, dont l’Egypte et l’Algérie. Tous les blancs sont pris en otage, quelle que soit leur nationalité.

Les gouvernements Belge et Américain se décident à réagir quand les Simbas se sont rendus maîtres de la moitié du pays. Des mercenaires sont recrutés à Bruxelles avec l’accord de l’attaché militaire Congolais Babia et acheminés sur Léopoldville. Ils sont ensuite regroupés à la base de Kamina au nord du Katanga où un camp d’entraînement est organisé avec l’aide des Etats-Unis et de la Belgique dans le but de former la 5ème brigade mécanisée commandée par le colonel belge Van de Walle. Celle-ci comprend :

– le 5ème commando Etranger anglophone recruté par Mike Hoare, presque exclusivement formé de Sud-Africains et de Rhodésiens qui agissent en groupe compact uni, sans intégration d’unités congolaises, pour des questions de culture et de langue.

– les pelotons blindés Béro et Kowalski composés d’hommes du 6ème Commando Etranger francophone recrutés par le commandant Wauthier et le capitaine Bottu.

– le 6 codo sera confié en janvier 1965 au lieutenant-colonel belge Lamouline de l’Assistance Technique Militaire Belge. C’est une unité à majorité belge dont les hommes sont répartis par petits groupes d’encadrement au sein des unités katangaises de l’Armée Nationale Congolaise, seules troupes noires acceptant les ordres d’Européens.

L’encadrement de l’ensemble est formé par l’ATMB qui assure également le soutien logistique et aérien avec l’appui des USA.

carte 1 ops omegang
Carte 1 – Opérations Ommegang

Le 1er novembre 1964, la colonne Lima I de la 5 ème brigade mécanisée, composée de jeeps, de quelques blindés SKP 42 (baignoires), d’un blindé léger Ferret et de camions récupérés prend le départ à Kongolo. Le Lt-Colonel Liégeois progresse sur les mauvaises routes de brousse en direction de Kindu.

Pendant ce temps à Kamina, la colonne Lima II du Lt-Colonel Lamouline, s’apprête à être aérotransportée à Kindu.

Le 5 novembre, le chef-lieu du district du Maniéma tombe aux mains de Lima I.

Le 19 novembre, l’opération baptisée Ommegang prend le départ de Kindu avec pour objectif de remonter vers Stanleyville et de sauver le maximum d’otages blancs. C’est une véritable course de vitesse.

Au même moment, les secteurs d’opérations « Ops Nord » et « Ops Kivu » convergent vers le même objectif par le sud et par l’ouest.

C’est une épopée folklorique où le Groupe Spécial Para formé par Bob Noddyn démarre de Bumba en tête de la colonne « Ops Nord » et se dirige vers Aketi. Il progresse avec rapidité et se présente parfois aux barrages gardés par les rebelles Simba en usant de subterfuges, visages noircis et feuilles de palmier. Ils crient « Mulèlè Maï » et agitent les bras en signe de salut rebelle, puis ils tirent à bout portant sur les guérilleros stupéfaits.

Le 24 novembre 1964, les paras belges du colonel Laurent sautent sur Stanleyville et libèrent une grande partie des otages (opération dragon rouge). La 5ème Brigade Mécanisée rejoint les parachutistes belges vers 10 heures et le colonel Vandewalle rencontre le colonel Laurent à l’aérodrome. Lima I participe au nettoyage de la capitale rebelle et à la recherche des otages isolés en brousse pendant que Lima II nettoie le camp militaire Ketele occupé par les rebelles.

Le 26 novembre, les parachutistes belges sautent sur Paulis (opération dragon noir). Une fois les otages récupérés, les para commandos repartent pour aller défiler à Bruxelles et laissent les mercenaires se débrouiller de la situation. Ils sont restés 6 jours sur place.

Pendant ce temps, les mercenaires Belges et Français de Bob Noddyn et les Sud-africains d’Ops Nord foncent à toute allure vers Paulis, allant de village en village pour récupérer les otages restants.

Ils ne peuvent pas mettre en place dans les régions conquises un semblant d’organisation ou d’administration par manque d’hommes et de temps. De leur côté, les volontaires du Commando du Kivu et les Sudafs du 53e peloton remontent vers Bunia à l’est de Stanleyville. Ops Tshuapa est handicapé par le manque de moyen et se retranche à Opala, à l’ouest de Stan.

Une équipe de conseillers civils, dépendant de l’assistance belge au gouvernement légal du Congo, est cependant mise en place par Jacques Brassine à Kindu et à Stanleyville, mais elle manque de techniciens civils pour occuper les autres localités libérées…

Une fois passée la tornade mercenaire, (la colonne d’Ops Nord, par exemple, a parcouru près de mille km entre Bumba et Paulis du 23 novembre au 10 décembre 1964. Elle a sauvé près de 650 personnes. Elle était composée de Katangais, du groupe para spécial de Noddyn et du 52e peloton sudaf de Ben Louw) les Simbas retombent sous l’emprise de leurs sorciers qui leur expliquent que les morts n’ont pas observé les interdits.

Ils regagnent leurs cantonnements et reprennent leurs habitudes. Les villes secondaires, les village et la brousse restent entre leurs mains. Ils sont rapidement aidés par leurs alliés du tiers-monde et de Chine Populaire qui les ravitaillent en armes modernes. L’Algérie et l’Egypte leur fournissent des conseillers militaires (les maquis du Kivu seront renforcés par une centaine de castristes, en 1965, avec Che Guevara). Des guérilleros sont à l’entraînement aux camps de Gambona et d’Impfondo, au Congo-Brazza.

Si certains croient que la rébellion est finie Moïse Tshombé, a conscience que cette situation risque de durer des années. Il prépare un plan de pacification et décide de recruter une nouvelle fois Bob Denard, dont il a apprécié la fidélité et le courage au Katanga.

En décembre 1964, le capitaine Denard de retour du Yémen avait déjà rencontré Tshombé et le général Mobutu, commandant en chef de l’armée congolaise. Il exigeait de conserver le contrôle du recrutement et le commandement d’une unité autonome de mercenaires qu’il baptise 1er Choc. Il obtient ce qu’il veut et ouvre des bureaux de recrutement en Europe.

Début février 1965, la grande cavalcade mercenaire reçoit un coup d’arrêt : l’EM de la 5ème Brigade Mécanisée forme une colonne importante de renforts regroupant la fine fleur du 6 Codo. Sa mission est de rejoindre Paulis et de libérer la province des Uélés.

Mais des officiers rebelles instruits en Chine Populaire ont préparé un piège au pont de Bafwasende sur la Lindi et les Simbas de la région ont reçu des armes très performantes. La colonne tombe dans l’embuscade. Il y a de nombreux morts et blessés parmi les mercenaires et les Katangais.

Le major Mueller réclame du ravitaillement en munitions et l’évacuation des blessés. Le Groupe Spécial Para de Bob Noddyn et le peloton blindé Kowalski parviennent à forcer le passage et la colonne fait une halte dans le village de Bafwasende. Bob Noddyn, Thadée Kowalski et d’autres blessés sont transportés à Stanleyville en hélicoptère et le groupe blindé Béro, stationné à Paulis, est envoyé à la rencontre de la colonne par le QG d’Ops Nord. Les deux colonnes se rejoignent à Wamba, important PC rebelle dont les Simba sont momentanément chassés. Les mercenaires rejoignent Paulis, en piteux état et s’y enferment, après avoir déjoué plusieurs embuscades.

Le major Mueller est remercié et renvoyé en Afrique du Sud. Il est remplacé par le major François, officier de l’assistance belge, conseiller au G3 du QG de la 5ème Brigade Mécanisée.

A partir de là, commence l’histoire du 1er Choc où des hommes ont généreusement risqué leur peau pour essayer d’organiser, dans cette gigantesque pétaudière, un début de pacification.

 


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