OPS Congo - Journal du 1 er Choc


 

L’ ARRIVEE

 

C’est seulement quinze jours après cette regrettable affaire de Bafwasende que Bob Denard débarque à Léopoldville le 22 février 1965 en compagnie de quatre officiers et d’une dizaine de volontaires.

Nous sommes logés au « building Janssens », base arrière des mercenaires. Malgré l’ambiance tendue dans l’Etat Major Congolais renforcé d’officiers belges, le lieutenant- colonel Lamouline (patron du 6 codo) accepte que Denard constitue sa propre unité indépendante à l’intérieur du 6 codo, mais il devra obéir aux ordres et accomplir les missions élaborées par l’Etat Major de la 5e brigade mécanisée. L’Assistance Technique Militaire Belge assurera, le transport, l’intendance, l’équipement en armes et munitions, le soutien aérien. En gros, nous fonctionnerons comme le 5 codo sud africain.

Pour affirmer sa spécificité, Bob est venu avec des malles remplies de bérets rouges avec le macaron parachutiste français, un écusson d’épaule reprenant le dessin du « diablo katangais » avec au-dessus un badge « commando ». Tout le monde porte des épaulettes rouges/violette semblables à celles du service santé de l’armée française. Seuls les grades sont indiqués à la Congolaise (étoiles au lieu de barrettes).

Photo 1 - Le S Lt Guylfoll
Photo 2 - Etat Major du 6 codo à Stanleyville
Etat Major du 6 codo à Stanleyville
(au fond les logements de transit)
Le S/Lt Guylfoll
building Janssens Léopoldville

Les officiers sont venus avec leur uniforme français de tenue d’été en tergal beige clair. Les sous officiers et hommes de troupe sont équipés avec des tenues camouflées portugaises retaillées. A défaut de faire la guerre, les volontaires ont l’ordre de faire du « Bigeard boy » et de se promener en ville afin de montrer leur bonne tenue. Il ne suffit pas de marquer son terrain, il faut recruter et équiper des hommes.

27 février – Mobutu décide que le recrutement en Belgique sera supervisé par Freddy Thiellemans, le correspondant Bruxellois de Denard, celui-ci refaisant, lui même, sa propre sélection à l’arrivée à Léopoldville.

Pendant ce temps, ses officiers vont dans les différentes casernes de la ville, visitent les magasins d’armement et essaient de récupérer un maximum d’armes individuelles et de munitions que le S/Lt Marc Robyn nettoie, examine, classe, rénove…

14 mars – Quand il dispose, enfin, d’une trentaine d’hommes, le 1er Choc est envoyé, par avion cargo C 130 américain, à Stanleyville avec les armes qu’il a pu récupérer, un minimum de «pharmacie» et une jeep, pour que Bob puisse avoir une relative autonomie de déplacement dès son arrivée sur site.

Le 1er Choc est accueilli dans les locaux de transit de l’Etat Major du 6 Codo. L’ambiance y est lourde. Tout le monde parle de Bafwasende. Denard retrouve des anciens du Katanga. On nous souhaite bonne chance avec un sourire en coin.

Pour notre première nuit, nous sommes logés dans l’hôtel Congo Palace qui est réquisitionné par l’ANC. L’endroit est luxueux mais ne correspond pas à un casernement efficace. Denard demande aussitôt à disposer d’un cantonnement qui nous permette de stocker notre matériel et de procéder à un minimum de formation de nos recrues.

L’Etat Major nous affecte à l’ouest de Stanleyville, dans un groupe de villas qu’occupaient les professeurs de l’Université avant l’indépendance. Nous nous installons du mieux possible, trouvons aux environs un terrain permettant de vérifier et régler nos armes, organisons un atelier de mécanique et prospectons ici ou là pour récupérer l’armement et les moyens de transport minimum dont nous estimons avoir besoin.

Nous avons tout de suite compris que nous arrivons comme un chien dans un jeu de quilles.

Les belges de l’ATMB nous considèrent comme des concurrents et pensent que nous sommes là pour prendre leur place, afin d’incorporer le Congo dans la « Françafrique ».

Nous devons donc essentiellement compter sur nous même et le système D.

Denard, en bon paysan madré, invite les autorités congolaises à venir nous inspecter. Celles-ci sont flattées de la considération que nous leur portons. Le colonel Mulamba (patron de la 5ème brigade mécanisée) et quelques autres officiers, sticks sous le bras, constatent que notre cantonnement est sécurisé par des postes de garde bien installés. Ils voient des volontaires actifs, en tenue camouflée impeccable, fourbissant leurs équipements. Pas une bouteille de bière qui traîne, les villas sont propres.

Denard est convoqué à l’Etat Major de la 5ème brigade mécanisée et on lui annonce que le 1er Choc est désigné pour une opération fluviale sur Yangambi, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Stan au bord du fleuve Congo. Cette localité était le siège de l’Institut National pour l’étude Agronomique du Congo. C’était un des plus grands centres de recherche sur la plantation des hévéas, dans le monde.

Quelques semaines auparavant, un convoi fluvial avait essayé de relier Léopoldville à Stanleyville mais avait finalement renoncé sous les tirs des Simbas qui étaient sur les deux rives du fleuve entre Bumba et Stan. Le ravitaillement de Stan est donc uniquement effectué par des rotations d’avion ce qui est onéreux et limite les capacités de transport. Le rétablissement du trafic par le fleuve nous est donc présenté comme une priorité.

On nous demande de tester la zone en donnant un coup de pied dans la fourmilière Simba, afin de voir leur réaction, d’y récupérer un stock de caoutchouc brut qui sert de trésor de guerre aux rebelles et de prendre contact avec la population Lokele qui semble souffrir de leur présence.

 


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