OPS Congo - Journal du 1 er Choc


 

PAULIS – BUTA
du 26 Mai au 2 Juin – 463 km

 

L’opération a un nom charmant d’opérette : « Violettes impériales ». Le Lt Colonel Jacques Noël chef d’Etat Major de la 5ème brigade motorisée a soit de l’humour, soit une âme de poète !!! (Voir en annexe l’ordre d’opération).

La réalité est plus rugueuse. Beaucoup d’entre nous ressentaient un sentiment partagé : le plaisir de quitter l’atmosphère pourrie de cette ville de Paulis avec ses bagarres, son administration inexistante, sa population ignorée, ses « guerrières de la nuit » qui tournaient de plus en plus autour de notre hôtel- cantonnement, avec leur cortège de « chaudes pisses » ET l’inquiétude de retomber, tête baissée, dans ces embuscades meurtrières et bruyantes que nous ne connaissions plus depuis un mois.

Chacun croisait les doigts et pensait aux jeeps de tête…

26 Mai – Denard, Coucke et Bruni sélectionnent la crème de notre effectif pour faire partie de « Charly one » une colonne légère qui passera devant. Le commando Katangais François est réparti sur les différentes jeeps et camions avec les « volos » européens.

Carte 3 – Opération « Violettes Impériales »
Carte 3 – Opération « Violettes Impériales

Le reste du 1er Choc est regroupé dans deux autres colonnes. Charly 2, sous les ordres de Denard, regroupe les moyens radios et les appuis feux importants. Puis une colonne lourde, avec Robyn, regroupe tous les camions de munitions, essence, grue, et bagages (le 1er Choc quittait définitivement Paulis). Suivent, plus ou moins intercalés, les éléments de l’ANC qui nous sont adjoints (une compagnie de parachutistes congolais disposant de moyens radio puissants et indépendants et le 8 Codo ).

Charly one part vers 17h30 en espérant passer avant que les Simbas n’aient monté leurs embuscades en fonction des informations officielles qui courent la ville !

Jean Claude LAPONTERIQUE dixit : Charly One part en avance sur tout le monde et prend de la distance. Mais la progression est ralentie par des troncs d’arbres couchés en travers de la piste. Il faut sortir les tronçonneuses. Tout cela crée un certain foutoir. Heureusement, il n’y a pas d’embuscades.

Nous ne pouvons pas avancer comme prévu avec tout ce temps perdu. Denard, avant le dîner, annonce à ceux qui sont restés qu’ils partiront, le lendemain matin, comme prévu dans les instructions de l’EM : direction Buta où seraient encore détenus environ 150 otages noirs et blancs. Il admet que la solde n’est toujours pas arrivée. Il laisse chacun libre de décider s’il vient ou s’il met fin à son contrat en demandant son rapatriement.

Personne ne se désiste. Il signe cependant à quelques volontaires, dont les familles sont réellement dans le besoin, un chèque sur son compte personnel, à titre d’avance sur solde.

Au cours de cette action, les différentes colonnes du 1er Choc se sont rejointes ou séparées en fonction des évènements, à la façon d’un accordéon.

La seule synthèse crédible de ces journées du 27 mai au 2 juin est écrite dans un document appelé « Journal du groupe spécial R. Denard ». Cette rédaction a certainement été supervisée et avalisée par Denard qui utilise « Je » dans la rédaction. C’est cette description que nous avons repris ici, en y rajoutant quelques témoignages et commentaires.

27 Mai – Départ de Charly 2 à 06 h. La colonne lourde partira à 11heures. A 8 heures j’apprends à la radio que la colonne légère de Charly One vient de subir une embuscade, peu avant Poko, à proximité immédiate du pont.

Jean Claude LAPONTERIQUE (qui fait partie de Charly one) dixit : les avions T28 patrouillent devant. Ils nous avertissent qu’ils ont repéré que le platelage du pont de Poko est en train de brûler et qu’il y a des mouvements tout autour.

Il restait environ une quinzaine de km à parcourir. Environ 500m avant le pont, arrêt des éléments de tête, puis un peu plus loin, le reste de notre colonne. La voltige avance des deux côtés de la route. A peine arrivé au pont qui fumait encore, un déluge de feu se déclenche sur toute la longueur de Charly One.

En avant, la voltige est clouée au sol avec morts et blessés. BRUNI hurle pour avoir un mortier. 100 m en arrière de la voltige les deux premières jeeps, sont bazookées.

Avec une partie de la voltige, nous prenons position de l’autre coté du pont en jouant les funambules sur les poutres de fer. L’aviation revenue de Paulis a recommencé son travail d’appui au sol en tirant presque sur nous pour avoir un meilleur résultat.

Nous avons progressé un peu plus vers le village de POKO distant du pont de 2 km pour permettre à une équipe de réparer le pont et de le mettre en sécurité afin de faire passer la colonne. Le premier véhicule que nous avons fait passer, c’est la jeep de JANSSENS et le 75 SR . Il a arrosé certains points pour faire taire les Simbas encore tenaces. Une fois regroupés de l’autre côté du pont, la suite est plus rapide. POKO est vide, plus de rebelles, plus de civils. Nous attendons l’hélico qui a mis du temps à venir pour évacuer les blessés.

Denard décide alors de rejoindre Charly one, accompagné seulement de quatre véhicules de protection. Nous arrivons à 11h20. Trois véhicules se trouvent immobilisés par un trou d’éléphant, dans lequel est tombée une AM 8 qui était plus lourde que les jeeps qui la précédaient et qui n’avaient pas vu le piège.

Aussitôt un détournement est créé autour de l’obstacle pour que le reste des véhicules puissent passer afin que Charly one puisse passer le pont, continuer sur Poko et investir la ville sans autre problème.

Photo 18 - L'AM 8 Immobilisée dans le « piège à éléphants »
Photo 18 – L’AM 8 Immobilisée dans
le « piège à éléphants »

Durant l’après midi, l’hélicoptère assure deux voyages d’évacuation des blessés de Charly One, les volontaires Duyssens Jean et Stuckens Guy , grièvement blessés, quatre katangais sont blessés légèrement, le caporal Kahoma Amos et les 1ère classe Kibanbe Antoine, Kitumbo Dhamas et Seya Léonard. Deux hommes de haute valeur sont tués Beaucourt Jacques et Wieck Dieter.

Pendant ce temps, derrière, Charly 2 arrive et bute sur l’AM 8 qui est toujours dans son trou. Tout le monde s’arrête pour organiser le contournement, quand une nouvelle fois les Simbas déclenchent le feu .

A nouveau, rafales et détonations dans tous les sens. Les mortiers de Martin entrent dans le jeu ainsi que le 75 sans recul de Janssens. Cela tire de partout. Les officiers essaient de faire cesser le feu, mais les Paras congolais n’arrivent pas à se calmer. Pris de terreur et couchés par terre ils tirent n’importe où, la plupart tenant leur fusil au dessus de leur tête, le canon tourné vers le ciel.

Peu à peu, à force de coups de gueule et de coups de pied, le vacarme faiblit et le silence s’installe dans la forêt. Le calme est à peine revenu que des cris retentissent en tête de colonne et des Simbas, complètement chanvrés se ruent à l’assaut. Les jeeps mitraillent la piste et ils s’écroulent sur la piste et dans les bas-côtés.

Il faut faire le point et remettre de l’ordre car il y a des véhicules dans tous les sens.

Photo 19 - Il est grand temps d'arrêter de discuter et de remettre de l'ordre dans la colonne.
Photo 19 – Il est grand temps d’arrêter de
discuter et de remettre de l’ordre dans la colonne.

Charly 2 redémarre, contourne l’AM 8 empiégée et se dirige sur Poko. En tombant dans le trou, cette AM8 a cassé son moteur. Quelques heures plus tard, Robyn arrive avec la colonne lourde et la sort du piège avec le camion grue. En constatant son état mécanique (moteur cassé) il décide de récupérer la tourelle et de faire un échange standard avec celle d’une deuxième AM 8 qui suivait dans la colonne lourde. En effet cette deuxième AM 8 disposait d’un canon de 37 dont le frein de recul de culasse fonctionnait mal (voir blessure à la main de Robyn, lors de la colonne de Wamba) . L’am 8 accidentée restera, inutile, au milieu du carrefour de Poko, après le pont.

La ville de Poko est maintenant totalement investie. Tout le monde est regroupé et se met en protection. Deux tonnes d’ivoire sont récupérées. Nuit calme.

28 Mai – La colonne légère reprend sa route à 08h00. La journée se passe à enlever ou contourner les obstacles sur la piste, car les Simbas ralentissent notre marche par des arbres en travers de la piste et par des trous d’éléphants. La colonne lourde remet ses véhicules en état avant de partir. Poko est laissé à la garde du 8 Codo.

En arrivant au carrefour de Molangi, la colonne légère abat quelques rebelles isolés. Après avoir repris sa route vers 17h, celle ci arrive à Nebaza où elle effectue le passage du pont avec une couverture aérienne, sous le feu d’armes automatiques rebelles. D’après les dires des villageois qui se montrent, les Simbas ont cherché refuge pour la nuit dans une mission qui se trouve à quelques kilomètres du village. Le temps pluvieux rend difficile la progression de la colonne lourde qui rejoint vers 23h00. La nuit est calme.

29 Mai – La colonne légère reprend sa progression dès les premières heures du jour, voulant exploiter les renseignements obtenus. Sur ce tronçon de parcours, deux véhicules ont dû être abandonnés et détruits : le marmon et un camion de la 3ème Cie des Paras Commandos de l’ANC. Ce jour j’apprends que le 8ème Codo a dû abandonner Poko. Mon amertume est grande quand je pense à mes morts et à mes blessés ; la colonne légère effectue sa progression sans points de résistance et arrive à Zobia en fin de matinée. L’ensemble de l’agglomération est fouillé et révèle un abandon récent, ainsi qu’une très forte implantation Simba.

Les papiers découverts révèlent un effectif d’environ 80 Simbas sans armes, leurs demandes adressées à Buta semblant, d’après leur correspondance, restées sans effet.

Alors que la colonne légère poursuit sur Titule, le Cdt Denard et quelques véhicules restent en attente de la colonne lourde. Sans nouvelles de celle ci, à 21h00 , ce dernier décide une reconnaissance sur son arrière et découvre qu’un pont sur la rivière Bama a été détruit après notre passage. Cela semble avoir été effectué par les villageois confirmant ainsi l’opinion sur cette région, favorable aux Simbas. Le Cdt Denard passe ainsi la nuit à Zobia alors que la colonne lourde, sous la pluie, s’enlise dans un sol devenu glissant.

 


Pages: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22

 
©2008-2019 ORBS Patria Nostra - Tous droits réservés - Contact - Site réalisé par |iN| iNuage