OPS Mauritanie


 
Extraits de « Corsaire de la République » par le Colonel R. Denard avec la collaboration de Georges FLEURY.
 

La Garde Présidentielle de Moktar Ould Daddah

 

Après cette faillite ( ops Angola – Unita ) qui n’est imputable ni à mes hommes, ni à mon organisation mais à la faiblesse de nos moyens, je pense me réconcilier avec Mobutu, dans l’espoir de mettre enfin sur pied la brigade mixte qui résoudrait bien des problèmes. En attendant une fois assuré que tous mes hommes sont sortis du guêpier angolais, je retourne au Gabon, dont la capitale est devenue avec Johannesburg, l’une des plaques tournantes de nos activités.

Cette fois, c’est la Mauritanie qui retient mon attention.

Le roi du Maroc, Omar Bongo et le gouvernement français s’accordent à considérer que le président Moktar Ould Daddah est menacé à la fois par ses opposants intérieurs et la pression externe du front Polisario, qui revendique une partie de son territoire. Mes contacts secrets habituels me demandent de persuader le vieux président mauritanien de s’entourer enfin d’une garde digne de ce nom. J’étudie donc à Nouakchott les défenses du palais présidentiel. Il ouvre sur le désert et, avec une poignée d’hommes sûrs, je pourrais l’investir sans peine.

Le chef de cabinet d’Ould Daddah est bien conscient de la situation, mais il m’assure que le président ne veut pas entendre parler de protection personnelle.

– Je tremble, me dit-il, en le voyant chaque soir regagner à pied sa résidence. Tout seul, comme un simple citoyen !

J’obtiens une entrevue et me rends au palais, ou l’on me contrôle à peine avant de me laisser entrer. Comme Moktar Ould Daddah m’écoute distraitement, je décide de lui prouver qu’il court sérieusement des risques. Un jour qu’il revient d’une visite officielle à Dakar, je suis le premier à l’accueillir en haut de la passerelle de débarquement. Je lui fais remarquer que, cette fois encore, j’aurais pu attenter à sa vie sans que personne n’y puisse rien. Cette démonstration ébranle le président, qui accepte enfin de m’écouter.

Pendant une quinzaine de jours, j’étudie avec des officiers mauritaniens les meilleurs moyens de protéger Moktar Ould Daddah. Je remets mes conclusions à son chef de cabinet et rentre à Libreville.

Comme que je le craignais, le front Polisario lance en juin 1976 une attaque d’envergure contre le palais présidentiel. Les nids de mitrailleuses que j ai heureusement conseillé de mettre en place contiennent puis repoussent les guerriers de désert. Le Polisario se retire en Algérie en abandonnant des dizaines de morts.

L’alerte cette fois, a été si chaude que le président mauritanien accepte la création d’une véritable garde présidentielle composée selon le plan de disposition que je lui ai fourni. Conscient du fait que les deux mille soldats dont il dispose ne suffiront pas à repousser une nouvelle invasion des nomades sahariens, il réclame l’aide du roi du Maroc pour ce qui concerne les troupes au sol, et demande à la France de lui assurer un solide appui aérien.

Paris, Rabat et Libreville considèrent comme une victoire le change- ment d’attitude du vieil homme de Nouakchott. Je ne suis pas mécontent d’y avoir contribué.

  


 

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