OPS Congo – Témoignage JC Lapontérique


 

Opération AKETI

Un dimanche matin vers 6h, début de l’opération AKETI. Avec DENARD, c’était réglé comme du papier à musique, le dimanche était fait pour se battre ou pour mourir. Cela ne changeait pas grand-chose pour nous, c’était un jour comme un autre ici. Il faut dire que cela nous arrivait de penser à l’Europe et de savoir que le dimanche était jour de repos et d’amusements. Pour nous et pour certains, la mort était bien souvent au rendez-vous ce jour là. Cette opération devait être un grand coup porté aux rebelles encore nombreux. Ils étaient ravitaillés par le SOUDAN et bien sûr par les pays satellites de l’URSS, auxquels il faut aussi ajouter la Chine.

La colonne n’était pas si importante que pour BUTA, nous ne quittions pas le QG, c’était une opération avec retour à BUTA. On reprend les mêmes à part 2 ou 3 nouveaux et puis on y va. La section BRUNI incomplète, était disposée sur les 3 jeeps de tête. Ce jour là nous étions en troisième position et comme d’habitude les tripes se nouaient. La plupart d’entre nous avaient des gris-gris. J’avais besoin de voir le soleil qui était pour moi un signe de victoire, celui d’AUSTERLITZ. Quand on partait et qu’il pleuvait, je sentais mal la journée, à quoi ça tient ?

Donc la journée s’annonçait bien, on roulait pépère, la piste était assez bonne car des fois les ornières creusées par les pluies torrentielles n’arrangeaient pas les mécaniques et les hommes. Après le km 50, le guide nous signale un pont important à venir : arrêt de la colonne et progression de la voltige, comme d’habitude toujours les mêmes. Juste avant le pont, dans un virage, des rebelles pensaient que nous arrivions avec les véhicules que DENARD avait laissé tourner, ils n’ont pas eu le temps de réagir. BRO… en premier et puis nous ensuite, nous les avons hachés avec nos rafales, arrosage au mortier de 60 et mise en attente de la colonne sur la piste pour avoir l’appui de l’aviation demandée par radio. Les rebelles tués étaient simplement des éclaireurs, le gros de la troupe était plus loin. Nous avons attendu près de 2h avant de voir arriver les P38, et par radio FREDDY leur donnait la direction (en américain) et le boulot à faire. Puis, les avions sont revenus à notre verticale pour nous signaler des mouvements à environ 10kms.

 

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La colonne redémarre, nous étions très tendus et malgré le gros travail de l’aviation, l’embuscade est arrivée rapidement, même un peu avant le point prévu. On a sauté des jeeps à toute vitesse, cela n’a pas suffit pour VIB… qui était dans la seconde jeep devant la mienne : je l’ai vu s’affaler dans la jeep sans un mot; après en allant voir de plus près, j’ai vu qu’il avait reçu une balle en pleine tête.

L’embuscade n’a pas duré très longtemps, avec les P38 qui bombardaient presque au dessus de nos têtes, ce fut un excellent travail des pilotes. Mais nous avons eu quand même 2 morts et 3 blessés. Il nous restait encore 30kms pour rentrer dans AKETI. Nos blessés graves ne pouvaient pas attendre, et un coin assez grand pour l’hélico fut aménagé et la banane arriva dans l’heure qui suivit. Pour cette rotation, notre chère banane n’était pas trop chargée; par contre à POKO avec le monde qu’il y avait dedans, je voyais le moment où elle allait accrocher les arbres, impossible de pouvoir s’élever. Il a fallu qu’elle prenne de l’élan mais c’était vraiment juste.

Nous sommes rentrés dans AKETI complètement vide, le soir, juste avant la nuit. Position de tous les hommes dans la ville. J’ai monté ma garde dans une villa abandonnée au bord du fleuve. Nous n’avons pas eu le temps de dormir, nos copains d’en face nous ont souhaité le bienvenue toute la nuit de l’autre coté du fleuve, MARTIN s’est régalé, il a balancé une dizaine d’obus de 80mm.

La région commençait à être un peu plus calme. Les jours suivants, après avoir arrangé les rues principales avec des civils revenus dans leur ville, les bordures étaient peintes à la chaux et cela rendait la ville très jolie. Des camarades mécanos comme BOUQUET ont réussi à faire tourner le moteur de la loco qui n’avait pas bougée depuis 4 ans. Un autre boulot nous attendait à la voltige, c’était d’ouvrir la voie de chemin de fer sur une petite plate forme à moteur (4 roues). Il ne faut pas croire que ce fut de la rigolade. Première sortie à 4 dessus, nous avons fait à peine 3kms : les rails avaient été sortis de leurs emplacements. Le lendemain avec du renfort, nous avons remis les rails à leur place et puis nous avons progressé toujours sur notre plate forme. Nous n’avons connu que des problèmes de rails, aucune embuscade. Par contre, nous passions à des endroits qui donnaient le vertige, particulièrement un pont qui avait la largeur de la plate forme, assez long et assez haut, au dessus d’une rivière encaissée, quinze mètres plus bas. Nous avons fait rouler la loco quelques jours après pendant 20kms, l’essai était concluant. Je n’étais plus à AKETI quand ils ont fait le trajet complètement, il y avait encore des rails enlevés. Notre effectif étant très réduit, il nous fallait du renfort rapidement. DENARD avait demandé une vingtaine de gars pour remplacer tous nos morts, blessés ou en fin de contrat. En définitive, nous en avons reçu une dizaine.

Nous avons été les chercher à BANALIA, à une centaine de Kms de STAN. Ils étaient arrivés sur l’autre coté du fleuve et avec un bac, on a passé les camions et les hommes. La majorité du renfort faisait jeune, il y avait entre autre DESBLE, OTT, et ROYANT qui sont venus sur nos jeeps. On a commencé à respirer, surtout que BRUNI avait fait savoir que les nouveaux prendraient un peu notre place devant la colonne. Pour les mettre en situation, nous avons fait les jours suivants du nettoyage aux alentours d’AKETI, sans rencontrer d’oppositions importantes.

Une opération se dessinait, direction BUMBA, petite ville sur le bord du Congo et comme d’habitude ce fut un dimanche. Mais cette fois, DENARD nous a fait partir à 2h du matin, en pleine nuit, pensant que les rebelles étaient out. Cette fois, les anciens, nous avons eu le droit d’être dans les jeeps suivantes, j’étais dans la 5ème jeep. BRUNI avait fait passer les nouveaux devant. A peine sorti de la ville, et 2kms parcourus, terrible embuscade. Toute la colonne avait les phares éteints, dans une nuit noire, et on voyait simplement la lumière émise par les deux jeeps de devant qui flambaient et les tirs de nos armes. On tirait partout devant nous, BRUNI est venu nous chercher pour passer devant nos remplaçants d’un jour ou plutôt d’un moment. Les pauvres pour leur première opération sont mal tombés : 5 morts et 8 blessés graves. Heureusement dans cette colonne, il y avait un médecin, ce qui a sauvé pas mal de vies, principalement ROYANT qui avait reçu la roquette d’un bazooka sur sa jambe avant qu’elle fasse exploser la jeep.

Il avait perdu sa jambe en haut de la cuisse et beaucoup de sang. J’ai vu en passant près de lui, le toubib arrêter l’hémorragie à la lumière d’une petite lampe à même la piste et pendant que ça ferraillait. La jambe se trouvait plus loin, prés de la jeep en feu. J’ai eu l’occasion plus tard de revoir ROYANT à St Denis avec une canne; il nous en voulait un peu à tous ceux qui ont rechapé à cette guerre sans trop de bobos. Dans cette embuscade, je ne m’étais pas rendu compte que j’avais reçu un éclat d’une roquette sur mon tibia et derrière sur le mollet. J’ai ressenti juste après la douleur d’une brûlure et ma jambe est devenue chaude. Avec une piqûre et des soins, aucun problème pour continuer, il s’agissait plus de petites estafilades qu’autre chose. Nous sommes restés jusqu’à midi au même endroit, puis, un renfort venu d’AKETI, nous a permis de régler le compte aux derniers rebelles dans la brousse. DENARD avait décidé de repartir vers BUMBA : nos morts enterrés à la hâte, j’ai retrouvé ma place en tête de la colonne et oui, les dégâts étant vraiment importants, aussi bien chez les hommes que pour les mécaniques. On pensait, nous les anciens, que nous allions être peinards, le sort en a voulu autrement. La piste était très belle vers BUMBA, pas d’accrochage. Nous avons pu admirer le paysage superbe des rives du CONGO. Nous sommes arrivés à BUMBA sans problème. Le colonel LAMOULINE est venu ensuite par avion voir le résultat. Nous avons même poussé un peu plus loin sur la léproserie d’ALBERTA et le lendemain retour sur AKETI.

En nous arrêtant le premier soir le long du fleuve, nous avons fait une pêche miraculeuse… à la grenade. Cette pêche à la grenade, c’est la première fois que je la faisais. Au bord du fleuve tranquille, on se baignait et puis un ancien d’Indo sort une grenade Mills et la balance dans l’eau presque au bord. Boum… 30 secondes après des poissons de plus de 10kg flottaient à la surface. Alors chacun a voulu faire sa propre pêche…


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A la mémoire du Colonel Denard
et des hommes qui ont servi sous ses ordres

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