OPS Congo – Le Groupe COBRA dans la RUZIZI

Affecté au 5e Groupement ANC

Le bouclage des côtes bordant le lac Tanganyika a débuté le 27 septembre 1965 par une opération amphibie menée par le 5e bataillon commando sud-africains sur Baraka. Partis de Kabimba, les hommes du col Mike Hoare, appuyés par six T-28 du Wigmo, se sont emparés de ce petit port du le lac Tanganyika après de violents combats et ils ont eu trois morts et six blessés. De leur côté, les guérilleros babembe de l’Armée Populaire de Libération ont eu 90 tués au cours d’attaques suicides. Cette région est peuplée de rebelles qui occupent la région du lac comprise entre Lulimba et Uvira sur une profondeur de 80 km. L’ethnie Babembe, qui compte près de 100.000 individus, a causé beaucoup de problèmes à l’administration belge au temps de la colonie. Elle est connue pour son caractère anarchique et n’a jamais fait preuve d’une grande solidarité tribale. Dès la fin du 18e siècle, les Babembe se sont heurtés aux Warega auxquels ils livrent depuis une lutte sans merci pour la possession de la chaîne montagneuse de l’Itombwe. Sous le couvert du mulélisme, ces luttes tribales ont pris une nouvelle dimension grâce à l’aide chinoise en armes et en munitions et à l’assistance de Cubains commandés par Chè Guevara.

Les combattants des maquis de l’APL/Forces de l’Est sont évalués à 15.000 hommes dotés d’artillerie et de DCA, soit 25 bataillons et une nombreuse milice les aide et les renseigne. Remplacés par deux compagnies de soldats congolais de l’ANC à Baraka, les Sud-Africains occupent Fizi le 9 octobre et tentent une attaque en tenaille contre le centre muléliste de Lubondja avec une seconde colonne de commandos sud africains partie de Bendera. La troisième branche de cette opération en tenaille est représentée par le 9e bataillon commando katangais, renforcé par un peloton de volontaires européens du 6e bataillon commando. Ceux-ci progressent dans les montagnes à partir de Lulimba en évitant la route encombrée d’obstacles (mines, ponts coupés, etc). D’autres unités congolaises dépendant du 5e Gpt/ANC, dont le 7e bataillon commando katangais aux effectifs incomplets, encadré d’Européens du 6e BCE, opèrent dans le Maniéma. Le groupe Cobra doit rejoindre Bukavu via Goma et agir dans la Ruzizi, où les maquis rebelles sont ravitaillés en armes et en munitions par le Burundi voisin.

La région bordant la Ruzizi est habitée par trois grandes tribus : les Bafulero et les Balemera qui parlent la même langue et les Bavira. Les Bafulero vivent dans la vallée à partir de Nya Kaziba jusqu’à Lubarika sur la rivière Luvubu, ainsi que dans la région de Luvungi, tandis que les Balemera, dont le siège de la chefferie est à Lemera, habitent en majorité dans les monts Lemera bordant la Ruzizi. Quant aux Bavira, ils occupent la région d’Uvira. Chacune de ces tribus, pas très différentes l’une de l’autre, rêve de s’emparer de la plaine plus florissante. Elles sont hostiles à l’autorité de Léopoldville et se sont unies sous la bandière du Comité National de Libération (CNL). Dès le mois d’août 1963, des camps d’entraînement ont été créés dans la région de la Ruzizi par le major Marandura avec l’aide de la Chine Populaire et près de 600 recrues ont été enrôlées dans les rangs de l’armée populaire sous le commandement du colonel Louis Bidalira, alias Bitotela. Elles se sont baptisées « simba » (lion) et se donnent pour but de combattre l’ANC et les tribus Barundi et Bashi pro-gouvernementales.

Des récits de rebelles faits prisonniers dans la Ruzizi et interrogés à Bukavu, font état de cérémonies mystérieuses au cours desquelles un féticheur tatoue au front de chaque recrue une petite incision dans laquelle il introduit ensuite une potion magique. Il arrose d’eau très froide le dos et le ventre des futurs combattants qui doivent répéter plusieurs fois « Mayi, mayi , mayi» (eau, eau, eau) dans le but d’atteindre l’invulnérabilité. Ces simba sont ensuite drogués par le féticheur et envoyés au combat contre les positions de l’ANC de la Ruzizi. Le 8 mai 1964, les maquisards du colonel Bidalira déclenchent leur révolte et ils capturent Uvira, le port de Kalundu sur le lac Tanganyika et l’usine Sucraf à Kiliba. Une compagnie du 8e bataillon d’infanterie de l’ANC est taillée en pièces et les survivant se réfugie au Burundi voisin. En octobre1964, le ltcol Mulamba ordonne la contre-attaque et Uvira est reprise par les Commando du Kivu et le 53e peloton de commando sud africain. Depuis, elle est défendue par une garnison de l’ANC qui est isolée et doit être ravitaillée par la voie lacustre!

Le siège de la compagnie sucrière Sucraf de Kiliba est réoccupé peu de temps après. Lassés par la guerre, certains Bafulero se rangent du côté du gouvernement et ils se regroupent sous la protection de l’ANC à Kiliba. En juin1965, les simba de la Ruzizi opèrent à partir de leur campement de Lubarika. Ils sont estimés au nombre de 1500, bien entraînés par les barbudos cubains de Chè Guevara venus par la Tanzanie. Ils disposent de canons sans recul, de lance-roquettes et d’armes automatiques chinoises et menacent Bukavu! Avec les Babembe, ils forment l’essentiel des effectifs de l’armée populaire dans le sud-est du Congo. Le 7 septembre 1965, des rumeurs font état d’une attaque de 2000 simba encadrés d’une centaine de Barbudos cubains contre Bukavu. Cette nouvelle jeta la panique dans le chef-lieu du Kivu et la population envisagea un repli vers Cyangugu au Ruanda. Mais ces rumeurs se révèlent sans fondement.

A la mémoire du Colonel Denard
et des hommes qui ont servi sous ses ordres

A la mémoire du Colonel Denard
et des hommes qui ont servi sous ses ordres

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