OPS Angola-Unita Mémoires de Bosco


 

Il est confirmé qu’un avion va venir nous arracher d’ici, avec Vincent en personne. Nous filons notre bordel aux Sud-Afs, voitures compris, nous avons vraiment trop d’armes.

 » Zorba  » vient nous voir, je pense qu’il apparatient aux services spéciaux, il n’a pas la dégaine des autres, et tout le monde cavale, quand il donne un ordre.

Il admet volontiers que nous avons bien fait de ne pas nous opposer, vu le volume d’armement que nous avions avec nous. Malgré tout, il est évident qu’il ne déborde pas de considération envers nous. Bien plus tard, il donnera dans un livre, une version des faits très personnelle, où il se taille le beau rôle. Il nous aurait fait  » prisonniers «, pas moins !

J’ai demandé aux gars de mettre un treillis propre et de ne pas avoir l’air trop  » folklos  » pour recevoir Vincent.

Nous admirons le paysage, c’est fabuleux, une vraie carte postale. Le camp domine et les méandres de la rivière s’étalent dans la plaine vallonnée et boisée. Les fumées des premiers feux se fondent dans les restes de brouillard du matin, dans l’Est, le ciel est cuivré, avec des trainées de bleu azur intenses.

Un avion nous survole, dans la matinée et se pose quelque part par là. Une voiture nous amène le « Grand Chef » . Vincent en débarque, l’air rogue et la moustache noire de cosaque, lui donnent un air farouche. La démarche est celle du plantigrade mais du genre qui n’a pas déjeuné. Pour l’heure, il passe pour le dauphin du  » Vieux « .

Les gars sont alignés sur 2 rangs, il nous félicite pour notre allure et me prend à part, pour un bref compte rendu. Nous faisons nos adieux aux Sud-Afs, Vito, ne peut venir avec nous, on embraque direction le terrain.

Vol court, nous nous posons à Rundu, juste à la frontière, mais du bon côté !

Des camions nous escamotent aussitôt pour un endroit isolé. Ici, ça sent la guerre; avions, hélicos, camions, troupes en déplacement, camp de toile immense et bâtiments en dur.

Un sergent-major énergique – ils le sont tous – nous est affecté. Tout doit passer par lui. C’est au poil, il ne parle pas un mot de Français, et aboie à la moindre question.

 » Il a du être élevé au « Canigou « ! émet Lulu, qui lui arrive à la taille.

Conduits vers un bâtiment, nous sommes invités à nous doucher, nous raser, désinfecter, et, vêtus de leur uniforme, on se retrouve au soleil comme des bleus sortant de l’incorporation.

Les malades sont à l’hosto, les  » mal aux dents  » dirigés vers le dentiste. Interdit de se balader.

 » Ils n’ont plus qu’à nous vacciner  » fait le Curé, tout heureux de se trouver dans une vraie armée.

Vincent a disparu, le sergent-major, ne nous quitte pas des yeux. Il a du être berger dans le civil.

Une roulante arrive pour la bouffe, c’est du pays pour les menus, mais ça nous va très bien, bière et cigarettes sont incluses. Les gars mettent de l’ordre dans leurs affaires. Pour ma part, c’est vite réglé, il me reste mon sac de combat, mes affaires de toilette et un survêtement. Je me vois débarquer à Paris comme ça !

On vient me chercher pour rendre compte de notre odyssée, depuis Lobito, et comment ça se passait là bas. Le Major qui m’interroge est jeune, le regard incisif, et froid. Pas le genre de mec à qui on raconte des blagues. Vincent, est présent. Je suis bombardé de questions pendant une heure. Des officiers prennent des notes, tout ce petit monde parle assez bien Français.

On me félicite pour ma mémoire et je dois être reçu à l’examen, car j’ai droit à une bonne rasade de scotch avec ces messieurs. On me ramène sous ma tente.

Les gars m’entourent pour savoir le motif de mon absence, je leur raconte mon interrogatoire.

Deux jours plus tard, on nous recolle dans un avion, et retour chez les dingues !

Le sergent, nous a bourré les musettes, certains font une drôle de tronche, ça ne pouvait pas durer, c’était trop beau. En un sens, je préfère ça, on commençait à se ramollir.

On nous pose à Gago-Couthino, les copains sont là, Max et quelques autres. Les véhicules sont encore des épaves rafistolées. Petite ville sans intérêt, noyée dans la verdure, nous n’en verrons pas grand chose. Le Président Savimbi serait là.

On est logé dans une sorte d’auberge à la sortie Nord de la ville. Le premier sur qui on tombe est ce connard de Carnot. Il a déjà occupé une petite pièce et aligné ses crayons et tout son petit matériel de rond de cuir, sur une table. Je le menace et Raymond qui est aussi remonté que moi veut lui coller une bastos dans la gueule. Vincent, s’interpose de justesse et lui sauve la mise. Il est tellement con que je ne suis pas certain qu’il se soit rendu compte. Ca fait 2 fois qu’il m’abandonne sur un coup. Je le préviens que si je le vois sur une position, je le flingue. Tous les mecs se plient de rire, de toute façon, il n’a plus une parcelle d’autorité.

Vincent organise un briefing, le patron va arriver et décidera ce que nous ferons. Pour l’instant, nous allons faire des patrouilles autour de la ville, et essayer de voir si on est aussi près de l’ennemi que la situation semble le laisser croire.

Comme d’habitude, on n’a rien, et vu l’endroit ou nous sommes tombés, on ne va pas trouver grand chose. L’intendance bien sûr, n’est pas prévue. Même Lulu, est désemparé.

Dès le lendemain, nous partons en reconnaissance vers le Nord, sur des pistes inconnues, on ne trouve que des villages déserts et des cultures abandonnées, peu d’habitants.

Après une de ces patrouilles, nous avons failli nous perdre et rester en carafe avec une tire pourrie. Je décide d’arrêter les frais. Tout le monde tombe d’accord là dessus.

Vincent, décide de verrouiller le grand axe, à hauteur d’une rivière avant un bled marqué Lutembo. La route est bonne et ce n’est qu’à une cinquantaine de bornes. Quelques gars y sont déjà avec un poste Antac. On y restera 2 jours par roulement.

J’hérite du premier tour. Raymond vient avec moi, et je charge Legrand, de nous trouver une voiture digne de ce nom. Il se ramène avec une petite Land, qu’il faut pousser pour démarrer. Ca commence !

On arrive et trouvons les gars heureux de nous voir, c’est Cendrars et un autre dont le nom m’échappe, qui sont là. Le coin à l’air calme. Il y a un gros pont de bois et une rivière dolente qui transforme l’endroit en marigot. C’est toujours ça de gagné. Nous décidons de  » préparer  » le pont, inutile de le garder intact. Le poste Antac est posé dans un vague fossé, sans protection ni camouflage. Nous héritons d’une recrue un peu spéciale. C’est un Américain, que les gars ont trouvé, seul dans un bled, avec son équipement. Il a l’air de tomber du ciel. Ce qui est peut être le cas, on n’en saura pas plus. Jimmy, si c’est Jimmy ? Est un petit italo bronzé et râblé, le pays lui plait et il a l’air d’aimer ce genre de boulot. A le voir fonctionner, on voit tout de suite que ce n’est pas un bleu !

Carcasse, qui nous a rejoint, propose d’aller faire une petite virée de l’autre côté du pont.

On installe un bivouac avec quelques gardes de l’Unita, qui glandent dans le secteur. Jimmy a déjà fait son trou et installé une position avec une mitrailleuse de 50, dans un abri de troncs d’arbres, à cent mètres de la route, il a deux blacks avec lui qui ne le quittent pas.

Deux heures plus tard, Carcasse revient avec ses patrouilleurs. Ils ont fait quatre ou cinq kilometres, des traces de chenilles de blindés légers, c’est tout ce qu’il a pu relever. Une grenade à fusil tirée par accident par un de ses gars, a écourté la promenade.

On passe le reste de la journée à établir une ligne de défense, en plaçant des types dans des trous, à la lisière des bois qui bordent le marigot. Si le pont est détruit, ils ne pourront pas passer ici. Mais je commence à douter de la capacité de résistance de nos amis.

Je m’aperçois qu’ils quittent les positions à la nuit tombée, pour se replier derrière la crête, 500 mètres en arrière. Ils reviennent le jour, sans entrain.

Je reste avec l’Américain, à tirer des plans sur la comète. C’est sûr que si nous en avions cinq cents comme lui, et du matériel, on pourrait tenir un moment.

José est monté avec nous, il ne tient pas à rester à la  » villa «, Carcasse, Raymond, Cardinal ont décidé d’attendre que le « Vieux » arrive. Ils ont un litige de fric sur le contrat Cabinda. Ils ne monteront sur le terrain qu’en cas de force majeure. Drôle d’ambiance !

On a fait sauter notre dernier pont. Maintenant on a 300 mètres de billard à faire pour aller se décrasser à la rivière. José, en bon sous-off se rase chaque matin, aussi nous nous couvrons mutuellement, pendant nos ablutions.

 » Je veux bien faire un cadavre, dit il, mais un cadavre propre. « 

Jimmy nous suit avec un  » launcher « . Il trouve que les piles de bois qui tenaient le pont sont encore utilisables et nous montons un coup de nuit pour les finir, et dans la foulée, nous passons sur la rive opposée poser des mines « encriers » sur les talus de la piste.

On revient en se marrant, comme des mômes qui ont fait un bon tour.

Les passages d’avions se font de plus en plus, des Migs qui survolent assez bas, mais qui pour l’instant ne manifestent pas d’agressivité. José, à l’instar de Jimmy, a creusé un trou dans le fossé qui rentre sous le bitume de la route, c’est moi qui le finirai.

Ce matin, visite d’une huile de l’Unita, un grand noir à l’air méchant, le fond de l’œil jaune.Entouré d’une bande de  » colonels  » bien propres avec des flingues plein les poches. Je leur explique rapidement mon plan de défense et demande des moyens en hommes et en matériel. C’est un Zaïrois qui fait l’interprète, le grand à gueule de tueur demande pourquoi je veux un 106 S.R. – je sais qu’ils en ont – j’explique que nous avons fait une reconnaissance et que nous avons repéré des blindés. Il me regarde de travers, ça les emmerdes toujours quand on prend des initiatives. J’appelle Carcasse qui est là, et lui fait raconter son excursion. Il le fait en Anglais et en rajoute, car l’autre change de tronche. La visite se finit là-dessus.

José, torse nu, assis sur le bas côté, a laissé sa pelle un moment pour écouter. Il se cure les dents, crache et dit d’un air sentencieux :

 » Je les sens vraiment pas ces mecs. « 

Le lendemain, on nous envoie un camion de munitions diverses, un beau camion orange d’une société commerciale dépossédée sans doute. Jimmy, me fait remarquer que cette couleur est peut etre un peu voyante. je le fais garer sous les arbres et couvrir de banches.

Ca bouge en face, camions, blindés, les bruits de moteurs sont très nets. Rien ne se passe. A la nuit, je descends avec Legrand. A la Villa, l’ambiance n’est pas terrible. Les gars glandent. Chevalier et son beauf, ont élu tanière derrière le bar, sur des matelas et n’en bougent que pour aller aux chiottes. Carnot écrit Dieu sait quoi, on attend le Vieux.

Les gars sont plus ou moins confiné ici, Vincent, compte tenu de l’ambiance qui règne, préfère qu’ils se montrent le moins possible. Nos  » alliés  » semblent nous reprocher le résultat de leurs savantes manœuvres. Un comble ! Je préfère repartir, Legrand n’est pas très chaud.

On arrive en pleine panade. Cendrars, animé par on ne sait quel instinct, a tiré un Antac sur un BTR apparut en haut de la pente, les gars d’accompagnement ont sauté sur les bas-côtés et son arrivés à pieds joints dans les mines encriers. Ils n’ont pas aimé. Résultat: tir de mortier nourri sur nos positions. Les mecs sont partis en cavalant, laissant tout derrière.

Jimmy à allumé à la 50, mais personne n’a cru bon d’imiter son exemple. En face, ils s’excitent méchamment. Je quitte la position de Jimmy, quand de violents tirs de  » katioucha  » nous arrivent dessus. Très impressionnant ! Je reste debout derrière un arbre, le black qui porte le ma radio est à mes pieds, les yeux affolés, et ne me lâche pas du regard. Ce n’est pas le moment de perdre la face, ça dure 10 minutes… Peut-être, mais ça semble très long. Heureusement, ils tirent long et entre les arbres et le sol sablonneux, c’est peu efficace. Ils sont vraiment en colère !

Une heures après, une patrouille de Migs se pointe, et  » roquette  » à priori. Ils ont sans doute vu le camion de munitions, qui ne le verrait pas ? Et le pulvérisent dans une explosion assourdissante. Je reste sourd 1/4 d’heure. Il ne reste rien. Le chauffeur est plié en deux dans la fourche d’un arbre à 50 mètres. On dirait un vieux pardessus oublié là. Comme il y avait des mecs sous le camion, il ne reste qu’un beau tas de barbaque. Faut- y penser, se planquer sous cinq tonnes d’explosifs !

Le reste de la journée sera calme. On fait le bilan : une dizaine de morts recensés. On essaie de se réorganiser, mais maintenant ils doivent nous avoir à l’œil. Je renvoie Cendrars et son acolyte à la villa. D’ailleurs ils sont tellement choqués, qu’ils sont inutilisables.

Je creuse mon abri sous la route un peu plus, le coup des avions me donne de l’énergie.

Nuit dégueulasse, j’ai deux pieds d’eau dans mon trou, il pleut, j’ai entassé tout ce que j’ai sur moi, et je grelotte. Ça commence à ressembler à Verdun. A la fin, je passe de l’autre côté et vais rejoindre Jimmy dans son trou. Il a fermé avec une toile et allumé une bougie, c’est un petit malin. Il fait presque chaud. On se concocte une soupe en sachet.

On sort de la au matin, pas très frais, est un peu raide. Le ciel est bas, il pleuvasse. Nous sommes deux, face à Dieu sait quoi. Lumio et deux autres ce pointent, ils s’emmerdaient en bas.

Un peu plus tard, deux Migs arrivent presque en rase-mottes, plongée dans les trous, mais ils filent. Lumio qui est du genre teigneux, prépare un Sam7. On ne s’en est encore pas servi. Les avions repassent en rugissant, il lâche son coup, le missile par vers l’avion et se met à cabriolet dans le ciel. L’autre l’a vu et part en chandelle.

 » Putain, on va morfler, planquez vous ! « 

Lumio prend un autre tube et fixe la poignée de tir. Les avions, peut-être curieux, se ramènent. Re-tir, il est debout sur la route, tout seul, on doit le voir comme une mouche sur le lait. En haut, les mecs se méfiaient, ils partent en virant chacun d’un bord. Le missile au lieu de suivre une cible explose comme une vulgaire fusée de 14 juillet. On a l’air fin.

 » Jacques, arrête des conneries, ils vont finir par se fâcher. « 

Nous épiloguons sur le fonctionnement de ces engins. Lumio ne décolère pas:

 » Ils nous ont encore refilé des merdes. « 

Les blacks qui sont restés avec nous commencent à nous regarder d’un drôle d’air. Ils doivent nous prendre pour des dingues.

De nouveaux tirs de mortiers nous ramènent sur terre. Du lourd cette fois, mais trop long de nouveau, ils doivent croire que nos vraies positions sont plus loin. Ca ne viendrait à l’idée de personne qu’une poignée de zigotos, seuls et sans moyens, restent à faire les zouaves à 500 mètres.

 


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