OPS Angola-Unita Mémoires de Bosco


 

On n’a bien fait de rentrer, le Président se pointe dans la soirée à notre palace. Moteurs emballés, bruits de portières, un mec se pointe, la kalachnikov en avant, les bandoulières de cartouches lui ceignant le thorax. Les autres sont dans le même arroi.

Savimbi entre, impérial, le béret enfoncé sur le front à la « Ché », tenue camouflée, des colliers de perles et de métal autour du cou et des poignets, deux pistolets dans la ceinture. Il a une bonne tête et des yeux pleins de malice, assez folklo, mais pas l’air d’un con.

Carnot est bloqué derrière sa table, au garde-à-vous. Savimbi nous salue en souriant, il parle un Francçais chantant sans accent. Carnot se ressaisit, fait son rapport, et présente ses doléances. L’autre règle tout en deux, trois mots à ses adjoints qui prennent des airs concernés.

Il se tourne vers moi, n’examine, me met la main sur l’épaule et demande:

« Qu’est-ce que vous faites en ce moment capitaine ? »

« Adjoint au colonel M. Le Président »

« Nous allons vous trouver quelque chose de plus actif »

« Merci M. Le président » Qu’est ce qu’il mijote celui-là.

« Le Colonel va bientôt nous rejoindre j’espère ? » me demande-t-il.

Je le pense M. Le Président, il m’a chargé de vous présenter ses respects ».

« Je vous en remercie capitaine ». C’est un pieu mensonge, mais ça ne peut pas nous nuire.

Il nous quitte là-dessus. Les bagnoles démarrent dans le plus pur style Chicago.

Je demande à Carnot :  » qu’est-ce qu’il entendait par « plus actif ? « 

« Avec lui vous savez… » puis il reprend,  » je crois qu’il faut quelqu’un pour la côte, vous ne semblez tout indiqué ». Va pour la côte.

« En principe, demain nous arrivent deux camarades ».

« On sait qui c’est  » ? Les noms ne me disent rien, encore des pseudos !

Ce matin, visite à l’un des nombreux  » colonels » de l’Unita. Il semble qu’ils affectent se grade. Le bâtiment, solidement gardé, n’est pour une fois pas trop délabré. Le type est jeune et parle un Francçais parfait. Je ne sais pas pourquoi nous sommes venus, mais la visite se termine par le classique  » pas de problèmes !  » combien de fois n’ai-je entendu cette expression, et pourtant il y en a des problèmes.

Dans le même bâtiment, une équipe de « blancs » cantonne dans une aile très gardée, les « blacks » ne sont pas du « tout venant » ici. Carnot s’entretient entre deux portes avec un mec qui ne tient manifestement pas à ce qu’on voit l’intérieur de la pièce, il y a un 45 dans la ceinture et l’air pressé du type qu’on n’aurait dérangé en train de chier.

La confiance ne règne pas, ça n’a pas l’air de gêner Carnot, je glisse, ma fois  » C.I.A. » ?  » peut-être  » m’accorde-t-il.

Là, il me prend pour un con, le seul bâtiment convenable de la ville, gardé comme une banque, où tout le monde court aux ordres, où on parle anglais, avec un jet bimoteur garé en permanence sur le tarmac voisin. Je me suis aperçu que c’était une extension de l’aéroport tout proche. Ils sont bien ces ricains, mais pour la finesse, ont fait mieux.

Nous partons visiter une autre mission qui sert de dépôt, voir si on peut récupérer du matériel utile au centre d’instruction. Tout est dépareillé et en vrac, se sont sans doute les fruits des récupérations faites sur l’ennemi et déposés ici; armes diverses, munitions, explosifs Russes dans leurs grandes boîtes brunes, un vrai bric-à-brac de mort à peine gardé. Nous tombons sur des types en train de déballer des milliers de carabine U.S.M.1, arme sympathique mais totalement dépassée. Qu’est-ce qu’ils vont faire de ça ? Encore une magouille de trafiquant.

Nous repartons sceptiques sur ce que nous nous avons vu, et les mains vides. Pour une fois, Carnot et de mon avis.

Devant le P.C. de l’Unita, il y a deux A.M.L. 60 Panhard, je ne sais si elles sont en état et approvisionnées en munitions. Les gars se pavanent autour et se paient un petit tour en ville pour épater les pékins de temps en temps.

Je commence à trouver le temps long.

Nos deux nouveaux sont arrivés, ils viennent des Comores d’où le patron ne retire ses billes. Les gars n’ont pas l’air trop ravi de se trouver ici. L’un de, Marin, a déjà travaillé avec moi, c’est un grand pied-noir. Il est heureux de me trouver là, même en capitaine d’état-major. Comme il se confirme que je vais partir sur la côte et que je risque d’avoir besoin de gens au faît de la mer, je demande à Carnot de me le adjoindre, ce qu’il admet avec élégance.

Hélas, le sort en décide autrement; Savimbi se pointe le lendemain soir, et demande un gars pour des destructions, décidément ! Il sort une carte et nous fait un topo assez confus. Il compte partir dans la nuit vers l’Est. Carnot pour ne pas être pris au dépourvu, lui colle Marin, pas trop rassuré, dans les pattes, illico.

Je prends mon gars à part et lui demande si il se sent de taille pour ce job. Ca m’embête un peu de le voir partir aussi vite avec cette bande de furieux. « Ca ira » me dit-il.

Nous voilà de nouveau seul. Je dois partir aujourd’hui, mais à 15h00, toujours pas de voiture. Enfin, une superbe Lancia se range devant la maison, je salue Carnot qui m’a doté d’un splendide « ordre de mission » totalement inutile et embarque.

Le chauffeur est un grand diable aux allures de maquereau new-yorkais, le pétard à la ceinture, il parle un peu Francçais. Nous trimballons l’inévitable homme d’escorte, dont la motivation et est généralement d’aller faire une belle balade. Je prends son arme et vérifie quelle est désarmée. Je ne tiens pas à m’en prendre une au hasard des cahots.

Nous avons 500 bornes à faire, on va encore rouler de nuit. Le gars conduit bien mais vite, la route et monotone, droite jusqu’à l’horizon, dès qu’on passe une ligne de collines on retrouve le même paysage. Nous ferons deux arrêts, le type fait faire le plein chez les militaires qui se demandent sûrement qui je suis. Pas n’importe qui pour voyager dans une aussi belle voiture !

A Halto-Hama, arrêt technique, le chauffeur dégote de la bière, les troupes ont meilleure allure, il me présente aux officiers, l’un deux parle Francçais, il me dit qu’il a fait un stage en France et me demande d’assister à la descente des couleurs, je ne peux qu’accepter. Le gars donne des ordres avec énergie, ici, il y a tout le cérémonial militaire garde et clairon.

Je suis invité à passer les deux compagnies en revue, je prends mon air le plus important et fait ça dans les règles de l’art, les hommes de bonne allure et les officiers sont aux anges, je les salue prétextant l’heure et nous repartons.

Nous arrivons à Lobito à la nuit, après quelques détours par de larges avenues éclairées nous stoppons devant un hôtel, dont les arcades bordent la rue. Je lis « grao-tosca » sur la façade, le chauffeur toujours affairé m’entraîne à l’intérieur, en m’expliquant que nous sommes au Q.G. de l’Unita. Le hall fourmille de gens en uniformes plus ou moins fantaisistes, mais enfouraillés comme des bandits corses.

Je suis un peu étourdi après le voyage et la cure de calme de Silva-Porto, toute cette foule, ce bruit ses lumières… Nous pénétrons dans un salon où dînent pas mal de gens, il navigue là avec beaucoup d’assurance, et ne mènent droit à une table ou quatre ou cinq gentlemen sont entrain de se restaurer. Il glisse quelques mots à l’oreille de l’un d’eux qui se lève en hâte vient vers moi la main tendue, le sourire large.

« Bienvenue à Lobito, capitaine, je suis le docteur Valentin, responsable politico-militaires de la région. » Il me serre la main avec enthousiasme. Je me présente à mon tour. Ils se sont tous levés et Valentin leur adresse quelques mots qui déclenchent les applaudissements. J’ai la faiblesse de croire que c’est pour moi. Il me présente à ses compagnons qui sont, me dit-il, ses principaux collaborateurs. Il y a aussi pas mal de femmes.

On m’installe à une table, je peux vider une grande bière, remplacé aussitôt vidée par un serveur en veste blanche qui ne me lâche pas des yeux. Je suis tombé au paradis ! Le repas qui suit confirme mon rêve ; pourvu que ça doure ! De temps en temps, Valentin, de la table voisine, m’adresse un sourire et un  » tout va bien mon capitaine ? » Toute l’assistance me fait des petits signes d’intelligence des que je croise leur regard. Je commence à être gêné.

Après le repas, on me conduit à mes quartiers, car nous cantonnons sur place, le loufiat me mène au troisième et pose mes bagages dans une suite, pas moins. Ils ne vont pas tarder à m’amener une gonzesse ?

Après une douche revigorante, je vais regarder le spectacle de la rue, rien n’indique que nous sommes dans un pays en guerre, lumières à gogo, circulation, les gens se baladent, il fait chaud, on s’en l’odeur de la marée, la mère ne doit pas être loin. La climatisation tourne à fond.

Mon équipe est montée sur le front m’a dit Valentin, devant Novo-Redondo à 150 kilomètres d’ici. Je bourre une pipe et descends prendre l’air. Je demande au standard qu’on m’avertisse quand mes gars arriveront. Je verrai Valentin demain pour un briefing, j’aimerais bien voir les gars avant pour en savoir plus sur le secteur.

Valentin m’a l’air un brin retord, sous ses airs sympa, grand et mince barbe courte et clairsemée le regard vif derrière les lunettes fines, très occidentalisé. Il doit être docteur comme moi.

On frappe à ma porte: un gars entre, petit blond trapu, tenue disparate, il se présente:

« Lieutenant Lebeau, mon capitaine, on vient d’arriver, les autres sont là haut »

Je le suis jusqu’au cinquième étage, qui à l’air d’être leur repaire. Ils sont quatre, avec Lebeau, manquent deux

« Où sont les autres ? »

« En mission dans l’Est mon capitaine, ils devraient être là demain. »

Celui qui m’a répondu est un gros blond à l’allure militaire, il a l’air de dominer le groupe. Ribes est un petit brun avec une moustache de mac des années 30, à l’air inquiet, Hugues est un grand gars brun à belle gueule, genre fils de famille égaré chez les voyous, Chamberny, qu’ils appellent Chambourcy, est un long type calme et réservé, genre sérieux. Le gros blond répond au nom de De Vesdre, mais les gars le nomme le curé, il a l’air de faire équipe avec Chambourcy. Ils sont tous les deux lieutenants de réserve. Les gars que le Vieux m’a demandé de tester.

Lebeau, qui a l’air d’être le dégourdi de la bande, s’amène avec des bières. Ils sont en train de me jauger, je le sens, je me lance:

« Je suis le capitaine Garnier, vous me connaissez peut-être sous le nom de Bosco. De Vesdre qui avez l’air de vouloir parler, faites moi un topo de ce qui se passe ici depuis votre arrivée. »

Il a l’air sûr de lui, autant le mettre à l’épreuve, mais je m’apercevrai vite qu’à ce jeu là, ils sont plus fort que moi, les « petits messieurs ! »

Pour notre part, avec Lebeau nous assurons sur ce qu’ils appellent « le front » devant Novo-Redondo, l’organisation des défenses et destructions éventuelles, sur l’axe entre Lobito et ce front matérialisé par une coupure sur une rivière proche de Novo-Redondo. En annexe la préparation de défenses périphériques sur Lobito.

Je me tourne vers Chamberny « et vous ? »

« Idem dans un premier temps, puis mission de destruction à la demande. Il semble que ce soit pour eux la panacée du conflit, tout ce qui ressemble à un pont doit voler en l’air. »

Tous les gars approuvent en rigolant, l’autre poursuit:

« Mais la dernière trouvaille est la psychose du débarquement, je ne sais pas sur quoi ça repose.

« C’est tout simple » je lui réponds,  » c’est le syndrome de l’encerclement, qui prend naissance chez les gens qui attendent, au lieu de prendre des initiatives, et cela permet de maintenir la troupe en alerte permanente. De plus, s’ils n’ont rien fait pour se prémunir contre ce danger, c’est la preuve qu’ils n’y croient pas trop. Et une opération de ce type ne s’improvise pas, et vous auriez pu constater des activités chez les autres en ce sens, ne serait-ce qu’une diversion sur votre fameux front, s’est pas votre avis ? »

Ils approuvent bruyamment.

C’est ma partie, alors m’emmerdez pas avec ces conneries, OK !

Je propose une balade au bord de mer, tout le monde tombent d’accord là-dessus.

« Ceux qui viennent s’équipent, rendez-vous en bas. »

 


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