OPS Angola-Unita Mémoires de Bosco


 

Au retour à Lobito, comme Valentin est invisible, nous décidons d’aller traîner en ville. Lulu, me dit que pour trouver une bouteille de bière, c’est  » coton « , et pour un motif très con, l’usine et qui produisait les capsules et en rade. C’est une première en Afrique ! Dans les pires conflits je n’ai jamais vu ça.

On roule en touristes dans les rues animées et bien éclairées, la ville a échappé à la folie des combats de l’indépendance. Nous faisons une tentative de repas dans un restaurant à l’air plutôt chic, mais malgré le personnel stylé, en livrée, et un peu surpris de notre irruption en armes, ce sera peu concluant. Une pale brouet de riz, suivi de pommes de terre bouillies et d’une viande grillée, non identifiable et coriace, suffit à nous enlever notre bonne humeur. On se venge sur le vin rouge, un peu âpre mais goutte.  » une boisson d’homme  » comme dit le Curé.

En rentrant, j’avise les voitures garées en vrac et devant l’hôtel, à l’intérieur de la plupart, des armes traînent.

 » Pas méfiants nos amis  » dis je à De Vesdres.

« C’est comme ça partout me dit-il, ils ont peur de la moindre rumeur en observant aucune mesure de sécurité ».

Il me vient une idée, on va rigoler, je vais vers une des voitures et m’empare d’un PM et de deux fusils. Les gars m’imitent et nous montons dans nos chambres avec un vrai butin. Je cesserai ce jeu rapidement, n’ayant jamais eu d’échos sur cette disparition d’armes.

Chamberny et Ribes sont partis en mission sur Chila et Atome pour des missions de destruction. Je ne suis jamais averti des missions, je compte en parler avec Valentin, je n’apprécie guère que mes gars se baladent dans la nature, et sur ordre de qui ? Sans être au courant. L’équipe de De Vesdres est en nomadisation sur le front avec un élément de  » Tanga  » pour obtenir des renseignements. Bandwa, est resté avec moi, car je ne veux pas être bloqués par des problèmes de langue.

La réunion avec Valentin et ses sbires a enfin lieu ce matin, il se pointe en chemise hawaïenne, les gens qu’ils me présentent comme responsables de ceci ou cela ont l’air ennuyés. Encore des trucs de blancs pour emmerder les pauvres noirs.

D’emblée, j’informe le docteur que ce que j’ai pu voir ne me porte pas à l’optimisme. Pagaille, activités brouillonnes, personne ne rend compte, dépenses anarchiques du peu de moyens disponibles et surtout, personnel livré à lui-même. Tout le monde regarde ses godasses. Je prie Bandwa, de traduire, il le fait un peu gêné, mais je sais qu’il roule pour nous. Ensuite, j’expose à Valentin en prenant des formes. L’appercut du début suffit pour l’instant, ce que j’envisage comme premières mesures ; faire un état exact des troupes disponibles, de leurs moyens, et leur emploi actuel. Créer un embryon d’état-major dont je serai le conseiller, pour savoir à qui rendre compte, et faire exécuter les ordres, j’évoque l’attitude des gens que j’ai vu près du front, peu coopératifs et qui n’ont tenu compte, en aucun cas, des avis du lieutenant De Vesdres.

Il se tourne vers un des colonels et commence à l’engueuler vertement. C’est la première réaction à mon speech, la température monte dans la pièce.

Je lui passe les notes que j’ai mises aux propre sur ces sujets. Valentin me fait signe de poursuivre.

Je passe aux problèmes plus immédiats comme la sécurité du Q.G. dans l’hôtel, la quasi inexistence de sa fameuse police militaire et l’allure de ses membres, un deuxième colonel passe au savonnage, je suis en train de me faire des amis.

Valentin a le sens de la mesure et conclut en leur adressant une diatribe énergique, bien qu’elle n’échappe. Il me félicite pour mon travail et m’assure qu’il va mettre de l’ordre dans tout ça, et que je peux compter sur son appui dans mon action, si je dois me heurter à l’un de ses cadres, il me demande de lui en rendre compte aussitôt. J’en profite pour lui demander de m’adjoindre le Major Bandwa, comme officier de liaison permanent, vu ses capacités et son zèle, il me la corde avec joie, ravi que je trouve enfin quelqu’un à mon gré.

Je lui confie mon souci au sujet des éléments stationnés près du front ont, j’assiste sur le près et l’informe que je vais me rendre sur ces positions dès demain pour mettre ces gens en demeure de se bouger.

 » Recommandez vous de ma personne  » me répond il

Je sors de cette réunion un peu déçu, car aucun responsable ne s’est exprimé, ce qui n’augure à mon avis à rien de très positif.

Bwanda, dopé par mon coup de gueule public, me propose de m’emmener faire un tour chez des amis où je verrai des choses qui peuvent m’intéresser. Nous gagnons la périphérie de la ville, pour atterrir devant un hangar planté dans un environnement de garages et de vieilles épaves autos. Nous sommes reçus par une équipe de mecs où les blancs se mêlent aux noirs et aux métis. Tous ces gars sont dans de vagues uniformes, et l’intérieur du hangar est un véritable arsenal ; F.M. et mitrailleuses, bazookas, canons sans recul, mortiers, munitions, de quoi armer un régiment. Bandwa, me présente, ils sont tous des anciens des forces armées portugaises qui ont préféré rester ici où beaucoup sont nés, leur pays c’est l’Angola, et si les  » portos  » les ont abandonnés, ils ne vont pas se laisser bouffer par les rouges du M.P.L.A. Tous ces mecs me paraissent très motivés pour l’instant, ils préfèrent laisser l’Unita faire du volume, eux, ils se préparent pour la grande bagarre qui ne saurait tarder.

D’ailleurs, ils sont en train de préparer des véhicules, je vois une grosse « Land-rover » avec blindage une tourelle avec mitrailleuse, il y a même une A.M.L. 90 et un autre véhicule blindé. Le raid des Sud-Af sur leurs blindés légers les a inspirés et ils sont décidés à monter une unité analogue. Je pige que toute cette organisation est semi clando, mais ça, ça les regarde. Bandwa, me confie qu’ils sont contents que ce soit des Francçais qui soit avec eux. Je lui demande si on pourra compter sur eux si l’occasion se présente, c’est prévu mais il faudrait mettre tout ça au point.

Les bouteilles sortent, on s’enfile quelques verres au milieu du chantier, ces gars ont un moral d’enfer. Je n’ai pas perdu ma matinée et j’ai appris quelque chose que tout le monde ne sait pas. Il faudra en tenir compte si ça dure notre jeu. Nous rentrons le moral en hausse. Je récupère Hugues à qui j’ai collé la corvée de me préparer au propre et à la machine, quelques idées de projets à soumettre à Valentin.

Nous passons la soirée à rôder en ville pour nous mettre la géographie de l’ensemble dans la tête. Je remarque que même les quartiers dits « populaires » n’ont pas cet aspect bidonville que l’on trouve généralement en périphérie des grandes villes africaines. Par contre certains regards me laissent à penser que malgré les assertions du docteur, il n’est pas sûr que les partisans de l’Unita soient l’unanimité. Je souhaite que de ce côté ils font quelque chose. Chamberny et Ribes ne sont toujours pas rentrés et je n’ai aucun moyen pour les joindre, ce système ne me satisfait pas du tout.

Comme prévu, nous montons voir les positions ce matin, je pars avec Hugues et Bandwa, plus une de ses équipes, ce qui nous fait trois voitures.

Sur la route, je constate qu’un camion abandonné en haut d’un col rocheux est toujours là, et ce ne doit pas dater d’hier. C’est un obstacle et en plus il est et plein de patates qui ont pourri au soleil dégageant une odeure effroyable, il faut le dégager ou le faire sauter.

Nous arrivons au bivouac des « guerriers ». Un hangar pour avions et quelques baraques, autour une dizaine de véhicules, je vois deux mortiers de 120mm Francçais tractés. Ce n’est pas vraiment leur place. Les bidasses vaquent à des tâches obscures, lave du linge ou « popotent » sur des feux de bois.

Nous garons les voitures en ordre, et Bandwa, demande à un type d’appeler l’officier responsable. De Vesdres qui nous a rejoint me dit qu’ils ont déjà eu affaire à eux et qui ne sont pas très coopératifs. On va voir ça tout de suite !

Bandwa, revient avec un type qu’il me présente comme le colonel qui commande le groupe. Un colonel pour 50 types, on aura tout vu, enfin !

Le type a le teint clair et le fond des yeux jaune, je le salue sans lui serrer la main pour garder les distances. J’explique que je suis chargé par le président Sawimbi – tant qu’à faire – d’inspecter le front et de prendre les dispositions que je jugerai nécessaires pour le mettre en état opérationnel. Bandwa, traduit. L’autre écoute en regardant ses godasses, je n’aime pas ça. Ils jaspinent en « portos », mais gars examinent leur matériel sous les regards méfiants des soldats. Je sors ma carte, une Michelin acheter au B.H.V. à Paris, le seul document dont je dispose, je les plastifiés pour la circonstance.

« De Vesdres, faites lui un topo sur ce qu’on voudrait, faites court. »

La carte sur le capot, Bandwa, explique au fur et à mesure, j’espère que l’autre zèbre sait lire une carte, quelques autres « gradés » se sont groupés autour de nous, intrigués. Je bourre une équipe en observant, je vois vite qu’on les emmerde.

« Il a compris ? Et est-ce qu’il est décidé à participer ? » je m’adresse à Bandwa,, le bla-bla repart :

« Il dit qu’il est là en soutien »

« En soutien de qui ? Est-ce qu’il y a des troupes amies devant, où, et combien ? »

« Oui il y en a »

« Combien ? »

« Beaucoup ! »

A mes côtés, De Vesdres souffle, agacé par ce dialogue de sourds.

« Est-ce qu’ils font des patrouilles, de quel ordre, où, résultats ? » Un silence suit.

J’ai l’impression d’interroger un prisonnier, Bandwa, continue à lui parler avec animation, j’interroge Menton, Bandwa, conclut « il dit qu’il attend ».

« Je pense qu’il n’y a rien à tirer de ce type, dit lui que nous montons à la coupure et que je lui conseille de nous suivre, » il commence à me gonfler ce connard.

Tout repart dans des discussions animées, nous partons, je vois deux bagnoles qui nous suivent à la coupure, j’essaie de leur faire comprendre que c’est là qu’il devrait avoir sa ligne de défense, couverte par ses pièces de mortier. On ne lui demande pas de se faire tuer sur place, mais de mettre un bouchon qui servira en plus de poste d’observation.

C’est trop compliqué pour lui, où il a adopté une stratégie basée sur l’inertie qui vient à bout de toutes les initiatives. Je n’insiste plus. Je demande simplement à Bandwa, de lui dire que je rendrai compte au docteur Valentin de sa coopération. Il n’y a pas de raison pour qu’en plus, cet oiseaux là dorme tranquille.

Nous les plantons là, et partons à la ferme récupérer Lulu, qui est resté seul. Nous cassons la croute sous les arbres. Je demande aux petits Major s’ils sont tous comme ça les « colonels ». Il m’explique qu’il n’y a pas vraiment de commandement unifié, tous les anciens chefs de la guérilla anticoloniale sont passés officiers à l’indépendance avec arme et bagages, habitués à se gérer et à travailler seuls dans leurs secteurs, ils n’ont pas encore compris l’avantage des regroupements de forces et que la forme des combats à changée. Quant à leur faire tenir des positions clés ! C’est totalement étranger à leur façon de penser.

De Vesdres me dit  » il faudrait une école de cadres ».

« J’ai peur qu’il ne soit trop tard, car le temps nous est compté ».

« Qu’est-ce qu’on fait ? On tient toujours le « chouf » ? « 

« Plus que jamais, sinon dégage ce sera pire et on ne manquerait pas de nous imputer tout ce qui arriverait. »

« Je ne voyais pas les choses comme ça » dit-il.

« Moi non plus, mais je ne pense pas que cela durera, une raison de plus pour être vigilant. »

Nous redescendons avec Bandwa, et Hughes, laissant des vivres à mes deux « antennes » qui pourront décroché demain matin.

En roulant, je demande à Bandwa, si il peut me trouver des mines, il sourit et me demande

« Antichar ou antipersonnel ? « 

« Les deux, camarades Major ! ». Ils se fendent la poire et me disent:

« Vous êtes malin et tenace, hein ! « 

Nous filons sur Benguela, où Bandwa, me dit aller voir sa famille, ça nous promènera. Dans une rue occupée en son milieu par une sorte de mail bordé d’arbres à fleurs, nous stoppons devant une maison aux fenêtres protégé.es par du fer forgé, très typique du Sud du Portugal. On est accueilli comme des héros par une cohorte de dame de couleur d’âges différents, qui s’empressent pour nous abreuver et nous gaver d’amuse-gueules. Il y a une grand-mère, des sœurs, des cousines, notre Major est l’enfant chéri et ça se voit. Tout le monde est bien urbain et d’une gentillesse naturelle. Nous partons sous les vivats, car le quartier s’est groupé aux fenêtres pour voir les « guerriers ». Quel drôle de bled !

… croisé le docteur Valentin à qui je fais un résumé de ma visite sur les positions et de l’allant des gens sur place. Je lui fais remarquer que ce n’est pas le travail de deux officiers de faire le guet dans une ferme isolée sans même un poste de radio, et qu’en conséquence, comme nous ne pouvons disposer d’effectifs pour un simple bouchon, je vais poser des mines. Ses lunettes font un bon sur son nez : « des mines ! Mais vous les avez trouvées où ces mines ? »

« Je m’adapte docteur, je commence à me faire des amis. »

« Mais vous avez le personnel pour ce travail, c’est délicat ! »

« Mes gars savent pratiquement tout faire docteur, et un plan vous sera remis à l’issue de l’opération de pose, pour l’avenir, sinon vous risquez d’être réveillé un matin par un gars qui vous parlera espagnol. L’allusion aux Cubains lui faire perdre un peu de sa couleur.

« Vous croyez que nous devons envisager cette éventualité ? »

Plus l’attente se prolonge, plus les chances que cela se produisent augmente, et vu les moyens déployés, en une heure, passé le fleuve, on les aura sur le dos, ceci dit sans vous effrayer. »

Il l’Est effrayé, et je fais tout pour; leur insouciance m’agace, et en plus on est en plein dans le merdier si ça démarre.

Bandwa, se pointe, et me confirme que nous serons le matériel demain. Tout roule. Chamberny est rentré ce matin, ils me confient que ça bouge au Nord de Cela, le Major avec qui il travaille là-bas est prêt à faire mouvement mais n’a pas d’ordre. Je n’en suis pas surpris ! Il y aurait eu un accrochage vers Cassongé, à l’Est d’Atome où ils étaient, ils ont vu des véhicules avec des blessés. Nous jetons un œil sur la carte, il y a une soixantaine de kilomètres entre Cela et Alto-Hama au croisement des routes nationales, s’ils poussent par là, cela risque d’aller vite. En plus ils commencent à manquer d’explosifs.

 


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