OPS Bénin - témoignage Alain Marc


 

OPS Oméga – Raid sur COTONOU
Témoignage Alain Marc

 

Je suis ancien sous-officier de l’armée française. A la fin de mon contrat, dégoûté par l’esprit de fonctionnaire qui règne parmi nos cadres, j’ai cherché des gens susceptibles de m’engager comme mercenaire.

Dans la première quinzaine de décembre 1976, par l’intermédiaire d’amis, on me proposait un coup en Afrique. Je m’embarquais pour le Maroc muni d’un billet d’avion et d’une avance sur solde. Le contrat m’assurait le versement de 6 000 francs par mois sur mon compte en France.

A ma descente de l’avion, j’ai été pris immédiatement en charge par des civils marocains aux manières distinguées que j’identifiais plus tard comme appartenant à la Garde personnelle d’Hassan II. Ils m’ont transporté jusqu’à la base de Benguérir où je devais passer un mois à m’entraîner en vue de l’opération.

Un Africain, déserteur de l’armée béninoise, détenait une foule d’informations sur les habitudes militaires de son pays. J’ai sympathisé avec lui et, si tous les soldats béninois avaient eu les mêmes capacités militaires que lui, nous aurions tous laissé notre peau sur le terrain.

Au fur et à mesure que nous arrivions, nous étions pris en main par le colonel Maurin et ses adjoints.

Plusieurs officiers supérieurs marocains dont un général nous ont rendu visite. Pourtant, officiellement, nous ne connaissions pas le but de l’opération. C’est seulement avant notre départ que nous avons eu confirmation de ce qui se disait entre nous : nous allions renverser le régime en place au Bénin.

Afin de préserver le secret, nous utilisions des noms de code et chaque groupe recevait sa mission séparément.

Après un dernier briefing le 15 janvier, nous nous envolions à bord d’un DC8. Un Africain important nous accompagnait. Selon les dires de mon camarade béninois, il s’agissait de l’ambassadeur en Belgique du gouvernement de Cotonou. Nous avons fait escale à Franceville au Gabon où la bande de Loulou Martin, des Européens, nous ont pris en charge dès notre arrivée. Puis nous sommes répartis sur un DC7 sans marquage qui tremblait de tous côtés.

Aux premières lueurs du jour, nous étions au dessus de Cotonou. Nous ne pouvions pas atterrir avant l’aube car l’aéroport n’était pas balisé la nuit. L’habilité des pilotes fut mise à rude épreuve par la brume sèche qui gênait notre atterrissage.

A terre, nous nous sommes rapidement regroupés par éléments. Un élément appui-recueil qui restait en protection dans l’aéroport avec des mortiers de 81 mm et des mitrailleuses lourdes de 12,7 mm. Deux éléments d’assaut qui progressaient en colonnes le long de la mer en direction du palais présidentiel et des installations vitales.

Les moyens radios, des PP13 d’origine française me semblaient insuffisants pour réaliser notre mission.

La première chose qui nous surprit à proximité de l’aéroport fut de ne voir aucune activité à proximité de l’aérodrome où, habituellement, se tient un marché le dimanche matin.

Nous nous engageâmes sur nos axes de progression, certains de ne pas rencontrer de résistance. Avant notre départ, on nous avait bien dit que le dimanche, l’armée béninoise ne gardait en alerte, pour la capitale, qu’un groupe mobile de 25 hommes avec quelques automitrailleuses et deux ou trois jeeps-canon.

Mon fusil mitrailleur, une MAG, pesait lourd avec ses munitions et le soleil commençait à chauffer. Soudain, à une trentaine de mètres, un Africain se pétrifie en face de moi. Il porte un pistolet-mitrailleur et avant qu’il ne soit mis en position de tir, je lâche une giclée de balles dans sa direction. Ma rafale le prend en diagonale : je crois que c’est moi qui ai fait le premier mort de l’opération.

Deux cents mètres plus loin, accoudés à la barrière de leur jardin, un couple d’Européens d’environ quarante-cinq ans, nous regardent passer. Ils me demandent : » vous faites une manœuvre ? »

Un copain qui entrait dans une maison pour s’assurer de ne pas être pris à revers, tomba sur des médecins français un peu gauchistes qui commencèrent à lui faire un cours de politique. Vous imaginez sa tête !

Nous progressions lentement mais sûrs de nous. A part quelques rafales par ci, par là, tout était tranquille. Les hommes de tête s’immobilisèrent en s’abritant : un feu nourri venait de les fixer. Prenant le risque de nous faire encercler, nous avons contourné la poche ennemie pour poursuivre notre progression.

C’est à ce moment-là que l’Africain qui m’accompagnait s’est écroulé en se tassant sur lui-même, sans un cri. Une balle l’avait frappé en plein front. Nous avons abandonné son cadavre sur place.

Des claquements d’armes automatiques provenant de la position de l’autre élément d’assaut nous parviennent. L’accrochage semble particulièrement sérieux. Nous arrêtons notre progression afin de ne pas nous dissocier et surtout de ne pas nous tirer dessus. L’échange de coups de feu se poursuit un moment et j’entends le bruit sourd des obus de mortier qui cognent. L’ennemi semble bouger et l’intensité du feu va plutôt en s’amplifiant. Nous craignons de nous faire encercler.

C’est avec soulagement que je reçois l’ordre de repli. Je n’ai d’ailleurs pas très bien compris comment et par qui il nous avait été donné. Nos difficultés au niveau de la radio semblent exclure tout ordre provenant directement de Maurin. Peut-être les chefs d’éléments ont-ils simplement suivi la conduite à tenir en cas de trop forte pression ennemie.

Pour nous, lors du briefing général, la seule consigne était : « Le repli est un ordre, ce n’est pas un désordre » (rires).

Le repli en perroquet jusqu’à l’aéroport s’est passé sans problème et nous avons réembarqué tranquillement dans notre avion. Les pilotes nous attendaient, flegmatiques comme à l’exercice. Nous avons décollé sans hâte et repris le chemin inverse. Notre DC7 volait à très basse altitude et j’ai admiré la capacité et la maîtrise des pilotes qui semblaient bien connaître leur travail.

Dans la carlingue, roulés en boule sur le sol, débarrassé de ses sièges. Avec les autres, malgré les vibrations des moteurs et le tremblement des tôles prêtes à se disjoindre, nous parlions du coup. Les anciens dirent n’avoir jamais été soumis à une telle puissance de feu au cours de leurs expériences précédentes. Pour nous, il ne faisait aucun doute que nous étions attendus. Nous étions loin des 25 hommes auxquels nous aurions dû logiquement faire face dans un premier temps.

Mon camarade béninois m’avait dit que l’armée était prête à se ranger à nos côtés et que les armes du régiment de parachutistes étaient entreposées dans les caves de la présidence par crainte d’un coup d’Etat. Chaque soldat du peloton d’alerte ne devait avoir que 5 balles. Il a noté que, depuis le déclenchement de l’opération jusqu’au jour J, l’armement des troupes béninoises avait été modernisé.

Nous n’avons eu aucun Européen tué. Si des cadavres de Blancs ont été présentés à la presse, ce ne peut être que ceux de coopérants.

Je suis revenu en France en février. L’argent avait bien été versé sur mon compte en banque. Je suis sans nouvelle du colonel Maurin. J’attends d’être contacté pour une nouvelle opération de ce genre. Si vous entendez parler de quelque chose…. »

 

Fait à Paris, le 11 avril 1977 par Alain Chevalerias (pseudonyme Alain Marc)

Ce document est tiré des archives du Colonel.

 


 

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