OPS Atlantide Comores 1978


 

59 – L’Afrique du Sud s’engage aux Comores

Chaque fois que le président Abdallah vient à Paris, nous nous rencontrons rue de la Tour ou à Cannes, chez Raymond Goursol, son ancien chef de cabinet. Les services secrets français ne sont pas dupes : ils savent bien que je n’ai nullement l’intention de renoncer à mon engagement comorien.

Le commandant Dutillac ayant guidé la tête de l’état-major des Forces années comoriennes, j’ai ordonné à Jean-Louis de quitter son paradis de Mohéli afin de le remplacer à Moroni.

Peu de temps après, Robert Galley, ministre de la fonction, effectue une brève visite aux Comores. Ignorant sans doute que les hommes à qui il s’adresse me sont restées fidèles et qu’ils ont même, pour certains, participé à l’opération de Cotonou, il se laisse aller à exprimer ses critiques sur l’opération ratée du Bénin qui a entraîner une manipulation antifrançaise. Le ministre propose ensuite ouvertement à Jean-Louis de se mettre aux ordres des services de la coopération.

Le commandant de la garde présidentielle ne tombe pas dans ce piège. Il décline la proposition. Tout irait donc pour le mieux s’il ne fréquentait pas avec assiduité une secrétaire d’Abdallah. Alors que Jean-Louis a oublié le service un peu trop longtemps à Mohéli, le prescient Abdallah lui fait des reproches sur un ton paternaliste. Pas plus que le lieutenant-colonel André Cau, Jean-Louis n’accepte d’être traité comme un petit garçon. Le ton monte devant les ministres. La rupture est brutale. Le coupable rentre à Paris, et je parlements avec le président pour qu’il confie le commandement de la garde à Roger Ghys, qui me tient chaque semaine au courant de l’évolution de la mise en place et de la transformation du commando noir en garde présidentielle autonome.

C’est alors que des rumeurs recommencent à se propager. Feignant de croire à celles qui annoncent une nouvelle sédition, le chef de l’Etat comorien se déclare déçu par le comportement de Mouzouar Abdallah. Celui-ci, s’appuyant sur une grogne estudiantine savamment entretenue, critique en effet de plus en plus ouvertement les Forces armées comoriennes les FAC, encadrées par des coopérants. Il n’a d’ailleurs pas tort puisque ces unités, que j’espérais à l’abri des errements du passé, sont déjà gangrenées par la corruption et les querelles de préséance.

On parle à Paris de trafics divers. Rageant de no pouvoir juger ces affaires sur pièces, j’exhorte le président à se montrer plus ferme. Dans le même temps, je le conjure de ne pas céder un pouce de terrain à l’opposition qui entend lui confisquer la Présidence.

Abdallah me rétorque que ne peux rien faire pour lui, du moins tant que je reste en exil. Je lui annonce alors mon intention d’acheter un domaine à Mohéli. Là, je serai à portée de radio de sa résidence, toujours prêt à l’épauler à la moindre alerte. S’il est d’accord pour que j’entame une retraite active Mohéli, le président m’avoue craindre par-dessus tout les réactions de ses étudiants qui ont désormais pour professeurs une cinquantaine de coopérants dépêchés par Paris. Ces jeunes, formés à Moroni approuvent et encouragent la campagne anti-mercenaires menée par l’OUA et l’ONU.

Je suis d’autant plus enclin à rompre mon contrat d’exil que la France, malgré ses engagements, ne m’a pas donné la seconde moitie du pécule promis et n’a versé qu’une petite dizaine de millions de francs au Trésor comorien. De plus, l’aide militaire de Paris a été utilisée pour le seul entretien des Forces armées comoriennes. La garde présidentielle, elle, n’a évidemment rien reçu. Tout en préparant mon retour éventuel, je décide de tirer quelques sonnettes pour assurer la survie de cette unité essentielle au pouvoir.

Me tournant d’abord vers le Maroc, je rencontre le colonel Dlimi. L’homme de confiance d ‘Hassan II m’explique que son pays a, hélas, d’autres soucis que d’aider les Comores. Le Maroc est en effet engagé dans des opérations destinées à maintenir à distance de ses frontières sahariennes les colonnes bien armées du Front Polisario. Le colonel me promet toutefois d’amener les Emirats à me fournir de quoi entretenir les deux cents volontaires de la garde présidentielle sans lesquels Abdallah ne résistera pas longtemps aux attaques de son opposition.

En attendant les réactions des émirs, je tâte le terrain du côté des Rhodésiens. S’ils m’ont apporte leur soutien à maintes reprises, mes contacts de Salisbury ne peuvent, cette fois-ci, rien pour moi. Ils sont au bord de l’asphyxie à cause du blocus économique imposé par l’OUA et l’ONU. Quant à l’Afrique du Sud, même si la France entretient toujours des liens secrets avec elle, je ne sais trop comment la convaincre d’accorder une aille financière aux Comores.

Pressé par le temps, je songe aussi à Israël au Chili, où l’ambassade d’Afrique du Sud est assurée par un de mes amis officiers, et même aux Chinois nationalistes de Taiwan.

Après avoir étudié les avantages et les inconvénients de ces alliances possibles, je reviens à l’Afrique du Sud. J’obtiens sans peine l’aval des services secrets français et commence à traiter avec des agents de Pretoria.

Les Sud-Africains reconnaissent avec franchise avoir tout intérêt à ce que les Comores prospèrent et deviennent un client important pour leurs exportations étouffées par l’embargo. Ils seraient également soulagés, pour briser leur isolement, d’utiliser à leur convenance les aéroports de Moroni. De plus, en nous aidant, ils s’assureraient la libre circulation maritime dans le canal de Mozambique.

Je fais remarquer à mes interlocuteurs que le temps presse. En effet, au cas où l’opposition viendrait à bout d’Abdallah, nul ne peut prévoir dans quel camp se rangeront les nouveaux maitres des Comores. Les Sud-Africains comprennent parfaitement le message. S’ils décident de soutenir l’actuel président c’est aussi parce qu’ils espèrent pouvoir compter sur sa voix au sein des instances de l’ONU et de l’OUA qui leur sont majoritairement hostiles. A l’issue de ces premiers entretiens informels avec les agents de Pretoria, je suis déjà suffisamment optimiste pour envisager la survie de la garde. Sitôt mis au courant de mon ambassade, le président Abdallah et le commandant Charles retrouvent un peu de sérénité. Pour améliorer encore le climat, quelques émissaires hollandais et ouest-allemands après un voyage d’études aux Comores, reconnaissent la bonne tenue des hommes de Charles, qui leur ont rendu les honneurs.

Abdallah décide alors de porter l’effectif de la garde à cinq cents hommes. Même si ce voeu, en l’état actuel des choses me paraît bien peu réaliste, je fais tout de même établir par Charles un budget prévisionnel. Après l’avoir vérifié au centime près, je le présente aux Sud- Africains.

La partie me paraît gagnée lorsque Pretoria décide d’envoyer discrètement quelques agents à Moroni. Ces émissaires rencontrent Charles, inspectent la GP et ses installations. Quelques jours après leur retour en Afrique du Sud, ils s’annoncent prêts à s’engager aux Comores, à la seule condition précisent-ils, que je demeure leur seul correspondant dans cette affaire.

L’accord que nous signons avec le général Van der Westuizen, patron des services secrets de Pretoria, prévoit de doubler la solde des volontaires comoriens et de mes cadres européens. Je comprends mieux l’empressement des Sud-Africains lorsque mon interlocuteur émet le voeud’implanter une station d’écoute radio sur la Grande Comore et me demande d’agréer 1’un de ses officiers en civil dans l’entourage de la garde. Ce problème étant vite réglé avec le président Abdallah le général m’annonce qu’il m’allouera désormais chaque mois l’équivalent de sept cent cinquante mille francs. Outre cette garantie, capitale pour la survie de ta GP, la République sud-africaine me fournira aussi de quoi équiper et armer une deuxième compagnie de volontaires.

Le 24 novembre 1979, Charles reçoit un chèque représentant trois mois de solde. L’entretien de la garde présidentielle étant assuré le président Abdallah voit de plus en plus grand. Il décide de construire un hôpital sur l’île d’Anjouan ou sur la Grande Comore. Puis comme la manne sud-africaine le met désormais en position de tenir tête à Paris, il me demande de le rejoindre au plus vite.

Je ne m’attendais pas à ce que mon retour, que j’avais naturellement voulu secret, soulève une telle émotion. Lorsque je débarque à Moroni, le 7 décembre 1979, la population, alertée par je ne sais qui, s’imagine que je reviens dans le seul but de renverser Abdallah. Dans le même temps, une rumeur se propage au sujet d’une vaste opération mercenaire que je lancerai bientôt à partir de la Grande Comore contre les Seychelles et même Madagascar !

Alors que la plupart des radios africaines annoncent le dangereux retour du « loup de l’océan Indien » le gouvernement tanzanien conseille au président Abdallah la plus grande circonspection à mon égard. Selon de nouvelles rumeurs, qui prennent de la consistance d’une capitale à l’autre, les Malgaches menaceraient de dépêcher un corps de débarque- ment à Moroni afin d’y épauler l’opposition.

Sachant par expérience que ces discours et ces gesticulations s’apaiseront vite, je m’installe tranquillement à Moroni. Les services secrets français m’ont permis une nouvelle fois de changer l’identité. Je suis désormais Rémy Destrieux. Le président Abdallah continue à ne prêter aucune attention aux racontars qui circulent sur mon compte. Il me délivre un passeport diplomatique et m’élève au rang d’ambassadeur itinérant. Je deviens donc le représentant officiel des Comores, alors qu’Yves Le Bret qui occupait cette fonction sous la dictature de Soilih complote maintenant avec les exilés parisiens.

J’ai obtenu l’appui généreux de Pretoria sans faire beaucoup de concessions. Seuls quelques agents du général Van der Westuizen, des  » poissons  » dans notre langage codé, se sont installes sous la protection permanente de la GP, dans une villa du bord de mer hérissée d’antennes et de paraboles. La décision d’ouvrir cette station d’écoute, dans le cadre de l’Alliance atlantique a été prise conjointement par l’Afrique du Sud et la France, qui, en compensation d’une de financière, bénéficie des informations stratégiques dont elle a besoin. J’ai assisté à la signature de l’accord, évidemment officieux, qui s’est conclu aux Comores en présence de représentants des services secrets sud-africains et français. Désormais, je vais pouvoir, avec le président Abdallah de plus en plus ferme dans ses résolutions, aller plus loin dans la réalisation de projets de développement. Paris installe à Moroni un honorable correspondant qui réunit les informations fournies par l’antenne des techniciens sud-africains, composée principalement d’agents des forces de défense d’origine portugaise.

 


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