OPS Comores 1995 Mémoires de Bosco

 


 

Après cet intermède le calme est retombé, nous ne sommes plus que deux, survivants de l’épopée encore libres. On ne comprend pas très bien pourquoi d’ailleurs. Nous supputons sur la suite des évènements, cela ne peu, maintenant que se précipiter. .

La radio a annoncé que Denard aurait été « capturé » et ses hommes se sont rendus et sont aux mains des forces de l’ordre..

Vendredi six octobre nous sirotons notre pot de café sur la passerelle, hommes sont prêts pour partir a terre, la Koffia sur la tête et vêtu pour les plus vieux de la djellaba blanche le don de riz et de sardines les met de bonne humeur, pour eux, c’est une aubaine. La frégate prend contact et nous enjoint de cesser tout mouvement vers la terre. .

« Cette fois c’est la fin » un nouvel appel nous avise que nous allons subir une visite du bord un type restera à la radio, le reste de l’équipage est invité à se grouper à vue sur l’avant.  » Tout personnel trouvé à l’intérieur entraînera une réaction » . C’est clair! .

Je laisse Boby et rassemble mon pauvre et éphémère équipage sur la plage avant. Une armada de zodiacs, portant des commandos et une poignée de gendarmes comoriens, pour la légalité sans doute L’échelle de coupée, descendue le long du bord depuis le début, est gravie en souplesse par des hommes armés au regard farouche. Un groupe se dirige vers nous, et après nous avoir fouillés rapidement et enlevé les couteaux que tout marin possède, nous laisse à la garde d’un des commandos. .

Je repère vite que c’est un polynésien et engage la conversation, faisant état de mon passé dans le pacifique. Il me dit être de Nouméa et nous nous trouvons vite des gens et des lieux connus en commun. Son visage s’éclaire et il se détend. .Je lui demande de quel commando ils sont « Jaubert » me répond il. J’éclate de rire, devant son étonnement Je luis dis que c’était mon commando en Indochine. Il reste muet. .

Un gradé trapu s’amène et demande si tout va bien, le gras lui chuchote à l’oreille. Je vois que l’autre accuse le coup.
–  » Tu étais à Jaubert, quand ça ?  »
–  » Indo 53-54, patron !  »
– « Qu’est ce que tu fous dans ce cirque ? « demande t il. Comme vous, je gagne ma croute! » il hausse les épaules et me fait signe de le suivre. .

Nous rejoignons un quatre galons, qui doit être le patron. Il lui parle en aparté, le type se retourne et me toise sévèrement. Il consent à me demander si le bateau est clair. Je le rassure, les cabines sont vides et ouvertes, je ne vois pas ce qu’on pourrait cacher. .

Ils ont quand même trouvé une ou deux portes fermées, l’équipage allant à terre a crut que bon de fermer celles qu’ils occupent. Des coups violents nous parviennent, accompagnés de cris. .

Je lui fais remarquer que la, porte du chef est ouverte et toutes les clés du bord sont au tableau. Il pousse une gueulante il a. l’air d’avoir du mal à. régler son ballet. .

On m’oublie, j’en profite pour ramasser quelque affaires déjà sorties de mon sac préparé à. cette éventualité. Je monte à la cabine de Boby, devenue le bureau des gendarmes comoriens le poste de radio de Boby est déjà dans un sac de plastique, l’adjudant est à tu et à toi avec le Capitaine. Ils sont censés nous interroger. Un Jeune lieutenant fait la gueule en me voyant c’est un ami d’enfance de ma femme, et il est venu vingt fois chez moi quand je vivais ici.
Très embarrassé, il fait semblant de ne pas me connaitre, quelques mots en comorien achèvent de le désarçonné et il se retire. .

Ca tourne au gag, en bas ça brasse de l’air, ils ont trouvé une boite ce munitions de 9 mm dans l’ex cabine de Garcia. .

Les comoriens font leur marché. .

Mon sac, vidé de son contenu est à l’épaule d’un commando, je tente de le récupérer, mais il me demande autre chose pour ramasser les objets suspects, je pars à la recherche d’un sac. .

Je ne reverrai jamais ce fichu sac et son contenu; Ca se calme un peu, on sort sur le pont.

Nous allons être transférés sur la frégate. Je demande à saluer notre équipage, les gars sont consternés, ils n’auront pas eu leur boulot longtemps. Le bosco m’embrasse, et les autres se pressent pour me serrer les mains. Les commandos ont l’air un peu gênés. Un grand me lie les mains derrière le dos en s’excusant, puis nous sommes jetés dans les zodiacs comme des sacs de patates; nous arrivons le long du bord de la frégate, le bastingage est plein de marins avides du spectacle. On ne capture plus beaucoup de pirates de nos jours, j’imagine la relation de l’aventure dans les familles au retour.

J’ai du mal à grimper l’échelle qui bouge avec les mains dans le dos et la casquette dans les dents. J’entends une voix indignée dire
–  » mettez lui sa casquette bordel !  » Un humaniste ?

Sur le pont nous sommes escamotés par une porte et conduit dans un local, je hume l’odeur si caractéristique du bateau de guerre. Boby est emmené, on nous délie les mains, deux gars me gardent en devisant dans la coursive, pas d’animosité dans les regards, plutôt de la curiosité.

Je passe ensuite dans un bureau exigu, déjà bien encombré de classeurs métalliques et de petites tables. Un petit rouquin à l’air chafouin, qui porte des galons de capitaine me jette un coup l’œil de flic, mais c’est un grand lieutenant-colonel, au physique de garçon boucher qui me prend en main.

Nous sommes aux mains du COS, commandement des opérations spéciales, une des nombreuses innovations dont les militaires ont le secret en temps de paix. Ses membres ne portent que des insignes de grade, mais celui là sent sont gendarme à dix pieds.

Ma vieille valise traine là, baillant des suites des fouilles successives. Le pire est que je l’avais abandonné, et je me demande ce qu’il peut y avoir dedans. Un carnet d’adresses et de téléphones, maintes fois raturé semble être la prise majeure, la grande feuillette avec un air rageur, zébrant de crayon rouge. Il y a de tout là dedans, même des mecs morts. Je suis du genre conservateur. Il va nettoyer ce nid de vermine, me dit-il, l’interrogatoire est incohérent il de me montre une photo d’un des gars. À peine reconnaissable, dont je ne vois pas l’intérêt.

L’autre fouille dans des listes dactylographiées et souligne selon mes réponses. Il tombe sur un livre trouvé dans la valise  » un anglais au Brésil  » et le jette en disant d’un air supérieur,
–  » et mytho en plus « 

Cet imbécile ne connait ni Fleming ni l’ouvrage connut pour être un classique de la littérature d’aventure anglo-saxonne.
D’après ce que je peux comprendre, il ne croit pas que nous soyons venus ici en faisant le tour de l’Afrique. Il persuadé que nous disposons de moyens beaucoup plus puissants.

On vire au plus personnel,
– « t’es marié ? »
– « Oui, avec une fille du pays » ils lèvent la tête ensemble
– « ah oui, je vois, vous aimez le boudin noir vous autres, vous êtes des bourreurs »
– « où elle est ? » fait le rouquemoute à gueule de fouine
– « en France, elle bosse » je d’éclanche des petits rires gras,
– « elle fait la pute ! » Il commence à me courir ce con, je riposte
– « si vous connaissiez le pays, je vous expliquerais » il écrase,
–  » qu’est ce que t’es venu foutre ici ? »
– « Je navigue, et ici je suis chez moi : tout le monde peut pas en dire autant. »
L’allusion ne lui plait pas, il change de ton.
– « Ferme là et joue pas au dur, sinon on te refile aux commandos, ils vont te ramollir ! »
– « Ca, ça m’étonnerait, j’ai porté le béret avant eux, et ils le savent déjà  » ils se regardent et ne disent rien.
– « Alors, tu n’as rien à nous dire ? »
– « Vous en savez plus que moi, et si je vous disais ce que je pense, ça vous plairait pas »
– « Tu es un ancien à Bob, tu ne vas pas nous dire que tu ne sais rien ! »
– « Vous l’avez Denard, allez l’interroger ! » un capitaine est entré, beau brun, à gueule de maquereau, il me lance:
– « de toutes façons vous allez tous prendre trente ans de taule, vous aurez le temps de penser  »
– « vous savez, j’ai pris mes soixante piges, je finirai aux cuisines, ou à la plonge »
–  » monsieur fait de l’humour, on verra ça plus tard ! »
– « Vous voulez que je tremble ? Les Viets y sont pas arrivés, alors arrêtez votre cinéma »
Ils ferment leurs gueules, je doute que l’un d’entre eux ait f ait une vraie guerre, et ce genre d’argument les emmerde.

Ils sortent, un militaire me colle des menottes et conduit dans un réduit proche. On doit être sur l’avant, ça sent la peinture et l’huile chaude, je suis amarrer à un tuyau, très serré et le plancher est en pente, je suis obligé de me caller les pieds dans une cornière pour ne pas glisser. De la porte ouverte, je vois l’enfilade d’une coursive. Je n’ai plus une bonne notion du temps et je crève de soif.

Une équipe de commandos se pointe, l’air curieux, on me tend une bière, du menton je montre mes poignets entravés, l’un d’eux me libère, « tiens l’ancien, bois un coup ! » j’avale la boite en deux longues gorgées. Les questions fusent, est-ce que j’ai connu un tel, mon grade, mon nom, où j’étais en Indo etc. Je connais ça, les jeunes sont toujours avides de souvenirs avec les anciens, et avec moi, ils ont une pièce rare sous 1a main. Leurs anciens ont du les saouler des exploits passés. Pas un mot de travers, tous déférents, et amicaux, le traitement que je subis n’a pas l’air de leur plaire. L’un d’eux est revenu avec deux antivol de vélo, et me bricole les menottes pour que Je puisse bouger, il me les boucle au ras du sol en s’excusant et me laisse une autre bière, un second me dit « si tu as besoin de quelque chose appelle, l’infirmier est de chez nous, au bout de la coursive » ils s’en vont
-« merci les gars ! ».

Je reste le cul sur la tôle, à téter ma bière. Une tête de lutin apparaît au bas de la porte :
– « Boby, qu’est ce que tu fous ? »
–  » Ca gaze boss, il me montre ses mains libres, ils m’ont filé un casse-croute, je crois qu’ils vont nous débarquer  » il a du sang séché sur la nuque.
– « Ils t’ont tabassé ? »
– « C’est rien je te raconterai  » et il se taille.

C’est le grand « garçon boucher » qui lui a tapé la tête dans la cloison, en lui disant
– « les petits, |je les écrase ! »
Manque de pot, les cloisons sont hérissées de tête de boulons.

Un deux galons marine se pointe, un toubib à lunettes, bonne tête.
– « Alors l’ancien, pas de bobos ? «
Je deviens célèbre sur ce navire, il me tâte le front, me prend le pouls, j’ai chaud,
– « tu fais du palu ?  »
– « Comme tout le monde dans le pays  »
Il me donne deux cachets et me laisse une bouteille l’eau.

Je commence à somnoler, quand un civil en veste reporter et un marin se pointent, amicaux, une raison de plus pour se méfier. Ils me posent quelques questions sans intérêt et se tirent les guindeaux se mettent en marche, puis les moteurs, ça dure une demi-heure, on a du changer de mouillage.

Des mecs, me séparent de mon tuyau et nous montons sur le pont. Je me retrouve avec Boby, le chef et Criquet. Ces deux derniers n’ont pas l’air très frais. On nous enlève les pinces, pour descendre une échelle, c’est plus pratique. Nous prenons place dans un zodiac, les marins sont moins tendus, l’un d’eux me tape sur l’épaule en rigolant et me dit
– « ça va Bosco ! »
Je suis plus connu qu’Alain Delon ici.

 


 

Pages: 1 2 3 4

 
©2008-2019 ORBS Patria Nostra - Tous droits réservés - Contact - Site réalisé par |iN| iNuage