OPS Comores 1995 Mémoires de Bosco

 


 

En définitive, le bateau est toujours â la même place, avec le fond le fond qu’il y a ici, il devait chasser sur ses amarres. Nous filons sur notre bateau, j’ai l’espoir fugitif, qu’ils nous y ramènent.

Mais nous débarquons le chef, car ils ont l’air d’avoir des problèmes pour mettre quoi que ce soit en route. Je fixe Boby, qui ne bronche pas. Je suis sur qu’il a switcher sur un contact général et foutu le truc à la mer, ils ne sont pas sortis de l’auberge.

Il y a toute une armada de canots au pied de la coupée, et ça fourmille de monde. L’équipage à du être débarqué, car je ne vois pas de têtes connues, si ce n’est Fantômas accoudé à la lisse qui s’évertue à ne pas nous voir. faut-cul !

On nous rend le chef, et nous fonçons vers la terre, nous beachons sur la petite plage d’Itsandra les marins nous débarquent avec ce qui reste de nos bagages, et nous remettent aux bérets rouges ceux là croient encore faire la guerre. Nous grimpons devant l’hôtel (2) et embarquons dans un 4×4 les civils européens regardent, massés devant l’entrée. Un barbu s’avance et de demande en anglais si nous sommes des mercenaires. Je réponds que sous sommes des marins. Un des paras le vire sans ménagement. Nous roulons vers le nord, un para a. chaque coin du bahut, nous au milieu, si un mec pète, est tous morts, le long de la route les civils comoriens nous font des signes.

Arrivée à Voidjou, le petit camp, qu’ils appellent l’École de la Gendarmerie, tu parles! Ca grouille de militaires français. Re-fouille, je ne sais même pas ce que j’ai dans cette sacrée valise. On me confisque mon petit opinel. Un grand commandant semble être le patron, nous passons derrière des tentes, il y a au moins deux compagnies, et entrons par l’arrière d’un bâtiment. On se le partage avec les paras. Une grande salle ou nos infortunés « guerriers » sont rassemblés. Nous sommes accueillis par une ovation, les plaisanteries fusent, c’est con, mais ça remonte le moral. Nous sommes entourés, congratulés, interrogés, je réponds que j’ai fait, et Pierre, le belge se met aussitôt à me faire chauffer une des boites du menu militaire. Ils bouffent comme les soldats. On essaie de se trouver une place.

Le chef nous confie que le bateau est sans dessus dessous et est pillé par tout le monde je ne lui demanderai jamais ce qui lui a prit le soir de sa « baignade », Boby lui assure qu’il à eu du pot, la nuit les requins chassent devant le port.

Première nuit de prisonnier, passée sur un carton, il n’y a pas assez de châlits, en plus, il fait frais, on échappe au moins aux moustiques, je trouve une place près de richard et de l’indien, Boby est juché sur un châlit dans un coin et se livre a des facéties peu dignes de son état, moral inattaquable ! Nos biens matériels sont réduits à leur plus simple expression, nous avons été totalement pillés. Les autres avaient leurs bagages en sureté, et après la fouille ont à peu près tout sauvé. Je traine d’un groupe à l’autre dans mon bermuda crasseux avec mon seul tee-shirt. Nous apprenons les détails de l’opération. Chacun en à une bien bonne à raconter.

Malko et le surfeur se sont bien tenus de l’avis général, J. Pierre s’est blessé tout seul avec un lance-roquette et se ballade avec un énorme pansement a la main. Un des gars est l’hosto la tête en compote et troué de quelques balles, il s’est fait allumer à la roquette. Le grand Dan a perdu un peu de son flegme, on l’a déshabillé à coups de poignard; on l’a regréé comme on a pu. Pépette fait grise mine et ne tient pas la grande forme.

Je suis appelé plusieurs fois, un colonel avisé de mon ancienneté est persuadé que je détiens tous les secrets du Vieux. Ils cherchent le fameux téléphone satellite, moi qui ne l’ai jamais approché, je lui suggère de voir du côté des marins.

Les gendarmes comoriens doivent nous auditionner, comme ils ne maitrisent pas leur machine à écrire, et que les subtilités de l’orthographe semblent embryonnaires, un simple relevé d’identité dure une demi-heure. À ce train, on est là pour six mois. On se demande à quoi sert la coopération militaire qui coute si cher aux contribuables. .

On a aussi droit à la séance de photos, avec caméscope, pour la voix, chacun y va de son numéro noir de muet ou de clown.

Nous disposons d’un espace ceint de barrières sous les arbres, devant notre geôle, une garde des paras, le fusil automatique à, la saignée du bras rôtit au soleil, essayant de garder des visages de marbre. On va aux douches et aux chiottes par convoi de quatre ou cinq, toujours encadrés de gardes.

Nous apprenons qu’un groupe de « rebelles » a prit le maquis avec armes et bagages et comme certains d’entre nous connaissent les lieux et les gens, ils se méfient un peu, on ne prête qu’aux riches! En plus, un de nos gars a son frère sous-off chez les paras. .le commandant lui accorde une entrevue et nous demande de rester discrets. On en saura pas plus.

Malko nous fait la meilleures, ce redoutable homme de l’ombre, est en réalité soudeur dans une usine, et a profité de ses congés annuels pour se faufiler dans ce mauvais safari exotique. Comme le temps passe, il a peur d’être en retard au boulot. Il a donc envisagé de demander une sorte de décharge aux militaires, pour se dédouaner de son retard auprès de son patron. C’est du délire dans la piaule, on imagine la tête de son boss, quand il va recevoir ça!

Selon ce qu’on a pu savoir, nous sommes détenus dans le cadre d’une opération militaire. En attendant le va et vient continue, gendarme de choc au regard haineux, galonnés de tous poils, diplomates de chiotte, à l’air affairé du civil furtif, comorien craintif rallié de justesse, c’est un balai de voitures incessant.

Sur la route, derrière les grilles, il y à en permanence un piquet glandeurs, fins observateurs qui ne quittent leur poste que pour aller disperser des nouvelles déformées un peu plus loin.

Malgré l’incertitude, de notre sort prochain, les gars s’organisent et s’occupent comme ils peuvent. Les militaires, ne pensant qu’à une chose, se débarrasser de nous. Ils ont autre chose à faire, que de garder une bande d’olibrius telle que la notre, qui en plus, on l’air de s’en foutre. Une bonne partie du 2ème R.P.I.Ma venu de La Réunion est là. Le Commandant X (3) est notre mentor, porteur l’un grand nom, cet officier mérite le respect, ferme mais humain, il fera tout ce qu’il peut pour faciliter notre séjour forcé. De toute façon, ses hommes sont du même régime. Les seules informations fiables qui nous parviennent le sont par lui.

Le surfeur, qui s’est fait raser la tête, manipule l’ironie avec brio, et arpente les lieux en tenant des propos anarchistes. J’ai fait connaissance des deux « repéreurs » arrivés avant nous l’un d’eux est suisse, leur comparse, la femme peintre est cloitrée avec charlotte dans un local voisin. Charlotte, qui s’était noyée dans la nature, mais les fins « limiers » des services l’ont ramenée dans le troupeau. Le toubib erre de-ci delà, essayant de faire rire avec ses blagues éculées, sa côte est tombée. Il n’a rien trouvé de mieux que de demander asile à l’ambassade de France, quand le cirque à commencé. Gardé une journée, on l’a, lui aussi remit dans le lot. Les purs et durs lui en veulent, mais vraiment, il n’avait rien à foutre dans une telle histoire (4). L’amertume est générale, car le coup avait réussit, et sans victimes. La France y gagnait de toute façon, puisque l’éviction du vieux Djohar était programmée depuis un moment.

Ce numéro de singeries militaires, paraît bien superflus à vos poches, contribuables français

Un couple de messieurs bien mis, et porteurs de sacoches, serait probablement arrivé au même résultat, et à moindres frais. Les baisés comptez vous ! Ce dont nous commençons à. prendre conscience, c’est d’être passé près du grand saut. Car plus on en apprend, par les indiscrétions diverses – nous n’avons pas d’ennemies – il semble que l’élimination physique de Bob et sa bande et aurait arrangée pas mal de gens. Le plomb coûte moins cher qu’un procès, et les morts ne parlent plus.

Le vieux malin en gardant les journalistes avec lui dans Kandani, a sûrement sauvé sa peau, les dits journalistes, pour une fois, de notre côté, ont pu se faire une idée concrète de la manière d’écrire l’histoire. Il suffisait d’être du côté, ou on se fait flinguer sans répondre. Ce n’est pas du à tout le monde !

Le vieux Djohar aussitôt escamoté, est parti à La Réunion, pour « raison médicale ». Pourtant il se portait très bien quand Pierre, le belge le gardait. Il lui avait dédicacé un Coran, dans lequel il le remerciait de sa parfaite correction et de son affabilité. Exemplaire aussitôt confisqué par la cellule de « barbouses », ça la foutait mail, si en plus d’être vivant on passait pour des gens convenables, où allait on ? Le belge a fait un tel bordel, qu’ils ont fini par lui rendre son Coran.

Godver Dam ! plus le temps passe, plus nous nous apercevons que tous ces gens sont bien emmerdés. C’est sur que mort, on les arrangeait mieux. Le Comandant X nous confie que pour sa part, il nous laisserait bien aux comoriens, mais il à l’impression que nous serions les patrons très vite. Et ça, ça serait plus du jeu ! Le premier ministre est toujours dans l’ambassade, courageux, mais pas téméraire, et les français l’ont sous la main. Il a déclaré une amnistie générale pour la troupe et les civils qui ont rallié le putsch. Il a bien fait, et je doute qu’il garde son poste encore longtemps.

Les comoriens cherchent partout la liste des expulsés de 1989, et le décret qui s’y rapporte. L’interdiction de séjour frappe la dizaine d’anciens dont suis, alors que j’étais rentré en France plusieurs mois plus tôt. Le comble, c’est que le traité passé entre les Comores et la France en 79, en cas « d’agression extérieure » l’a été sur l’instigation de Bob. De toute façon, dès que quelque chose bouge ici, les Français rappliquent. Bravo pour la souveraineté.

J’ai refusé de reconnaître que j’étais entré sur le territoire des Comores illégalement. Je m’en tiens à la version de « l’enlèvement » à bord de mon bateau, par des gens armés, sans signes distinctifs, menotté, puis interrogé par des – gens qui ne se sont – pas identifiés, j’ai été débarqué sous la menace des armes sur une plage et détenues, ça ne vaut peut être – pas grand chose comme argument, mais c’est la vérité ! Ça les emmerde, c’est déjà ça. Seul Criquet est prêt à avouer qu’il a tué Henry IV, il se voit déjà dans un stalag tropical. L’indien ne décolère pas et parle d’en appeler à Amnistie Internationale, tout le monde se bidonne, une voix lui lance :
–  » écris à la mère Mitterrand ! »
Nouvelle rigolade générale. En bref, ça phosphore dur, mais tout le monde est dans le flou. A part subir, on ne pet pas faire autre chose.

Des lignes téléphoniques sont à notre disposition pour prévenir nos familles, peu les utiliseront, encore une combine pour voir si un gros malin lâche un gros secret. Criquet en revient larmoyant, dans l’ensemble, les gens prennent tout calmement. Les plus jeunes sont un peu inquiets, se faire tuer ou blesser, ils l’admettaient, mais ce genre de final, ils n’y pensaient pas.

(2) Il s’agît de l’hôtel Itsandra aussi appelé « le touristique » situé à la sortie Nord de Moroni. Il surplombe une petite plage de sable blanc (NDBureau)

(3) 10 ans plus tard, en 2005, je me trouvais dans un restaurant de N’Djamena (Tchad). Je vois un grand type costaud en civil mais immanquablement un militaire. Je le reconnais, c’est le Commandant Foch, puisque tel est son nom. J’accroche son regard, nous nous observons un temps. Je vais pour quitter le restaurant, je m’approche de sa table ; bonjour, vous êtes le Commandant Foch ? Colonel Foch (il avait pris du galon) oui, nous nous connaissons ? Et bien on s’est croisés aux Comores en 95. Ah bon et que faisiez vous là bas me demande t il ? Je ne sais plus, mais vous m’avez mis en prison ! Explosion de rire, nous avons pris rendez vous et dîner ensemble le lendemain. Effectivement un bon souvenir de cet officier (JPK).
(4) Précision du médecin dont il est question : « Le jour de l’intervention française Bob Denard avait bien précisé qu’il n’était pas question d’un combat avec les forces françaises, j’avais d’ailleurs apprécié qu’avant le débarquement il ait clairement affirmé qu’il ne voulait pas de perte humaine ce qui m’avait décidé à débarquer alors que ce n’était pas prévu dans le contrat qui nous liait.
Ce jour la donc, deux gendarmes français se sont fait prendre à proximité du camp de Kandani et y ont été ramenés sans ménagements. L’un deux, plus très jeune et en condition physique moyenne a fait un malaise accompagné d’une douleur thoracique qui pouvait passer pour un infarctus, il n’était pas possible de le traiter correctement dans ces conditions, nous avons donc décidé avec le Colonel de l’évacuer vers l’ambassade et je l’ai donc accompagne pour qu’il soit pris en charge sans délai. C’est dans ses conditions que j’ai quitté le camp et je n’ai donc pas abandonné l’équipe (comment imaginer que j’aurais pu partir du camp sans accord!). J’ai ensuite été fait prisonnier et emmené sur le Floréal ou j’ai passé 24h à fond de cale dans les mêmes conditions que les autres.
Dans la confusion qui régnait ce jour là je ne sais pas si d’autres se souviennent de cet épisode. »
Le médecin O.F.
 


 

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