OPS Congo - Journal du 1 er Choc


 

YANGAMBI

 

22 mars – Embarquement, dans l’après midi, à bord d’une barge poussée par un bateau « le Geri » de l’OTRACO. Le volontaire SIEDEROF (un ancien de l’Otraco qui connaît la zone) avait pris la barre avec l’adjudant BRUNEEL, seul membre de l’ATMB à participer à cette opération amphibie. Une unité de l’ANC nous accompagne.

Arrivée juste avant l’aube et dans le brouillard, juste en amont de Yangambi . Aucune visibilité il faut faire confiance au capitaine. Nous formons deux groupes : Coucke et Guylfoll chargés de suivre la berge et de sécuriser la zone du port ; Denard et Clément qui partiront au nord pour prendre la ville à revers et revenir vers le quai principal. Robyn, lui, reste sur la barge avec les armes d’appui lourd.

Les deux groupes embarquent sur des barques en contreplaqué fournies par le COMISH (Mission US de soutien à l’ANC). Les hors bord prévus ont un démarrage très aléatoire, finalement nous partons à la pagaie !!! arrivée des deux groupes à une centaine de mètres l’un de l’autre sur le bas d’une falaise (non prévue) qu’il faut escalader. Arrivés en haut, le jour commence à se lever et nous pouvons constater que nous sommes au milieu d’ex villas européennes qui dominent le quai de Yangambi.

Chacun fonce sur son objectif. La ville est vide mais quelques coups de feu nous accueillent ; fouille rapide des maisons sur nos itinéraires. Denard tombe par hasard sur une villa qui devait servir de PC aux Simbas. Récupération des documents qui traînent pour analyse. On sent qu’ils viennent de déguerpir depuis très peu de temps. Avaient-ils été informés ?

Photo 3 - Exemple de canot de débarquement
Exemple de canot de débarquement utilisé
(la photo ne concerne pas Yangambi)

Aucune résistance ne se manifeste vraiment. Coucke rejoint le quai principal comme prévu tandis que Denard boucle le nord de la ville et se rabat sur le centre et le quai principal.

L’appontement étant sécurisé, Denard, n’ayant pas encore reçu de moyens radio, est obligé d’envoyer une fusée en l’air avec un pistolet pour indiquer au convoi qu’il peut accoster en sécurité.

Nous étions partis de Stan avec l’ancien chef comptable de l’institut agronomique de Yangambi. Avec lui nous devons récupérer des fonds encore en sécurité dans le coffre fort de l’institut.

Pour rejoindre les bureaux de l’INEAC une pirogue est équipée d’un moteur hors bord qui fonctionne. A bord Denard, le comptable, Hémon, Clément et le pilote de la pirogue.

Débarquement à proximité du grand bâtiment de la direction générale. Tout est désert. Le comptable et Denard montent à l’étage récupérer les sommes prévues, retour à la pirogue et au convoi de l’OTRACO, sur le quai principal.

De l’autre côté du fleuve, des Simbas s’agitent et tirent des coups de feu imprécis et inefficaces. Robyn riposte avec un canon de 37 et une mitrailleuse 12.7 mm installés sur le pousseur. Pour faire bonne mesure et vérifier si la coordination est bonne, Denard demande l’appui de l’aviation du Wigmo qui nous envoie deux bombardiers Douglas B 26K, version moderne des vieux B 26A. Ils straffent la rive d’en face à coups de mitrailleuse 12,7 et l’effet est immédiat. Le calme revient.

Nous devons maintenant établir le contact avec le village qui se trouve en aval à environ 6 km sur notre rive, dont la population Lokele réclame protection. Deux pirogues sont récupérées et équipées de moteur hors bord qui fonctionnent enfin correctement. Denard embarque avec Clément, une dizaine de volontaires et le comptable qui connaît tout le monde et sert d’interprète.

Débarquement sans problème sur un bord de berge où nous sommes accueillis par quelques congolais qui se précipitent vers la case du chef pour le prévenir.

Longues explications de la situation avec le comptable, le chef de village et les anciens. Ils ne veulent pas rester sur place sans protection car ils ont peur de se faire massacrer par les Simbas qui commencent à se manifester, au loin, en tirant des coups de feu.

Denard explique qu’il ne peut pas assurer la sécurité du village. La seule chose qu’il peut faire, c’est assurer le transport de tout le monde, sur la barge, jusqu’à Stanleyville. Une seule condition, il faut se décider tout de suite pour rejoindre la barge à pied, avant la nuit.

Aussitôt, le village se transforme en fourmilière. Nous voyons des familles entières sortir de partout. Les enfants poussent en courant des vieux assis dans des fauteuils roulants qui avaient été offerts, en son temps, par le Rotary. Dans la précipitation, il y a des carambolages et les vieux se retrouvent par terre. Tout le monde rigole de bon cœur.

Photo 4 - Marc ROBYN
Marc Robyn

En moins d’une demi heure tout le village est regroupé avec des ballots sur la tête contenant le maximum de ce qu’ils pouvaient emporter dans cette exode impromptue.

Nous en restons stupéfiés. Ils devaient vraiment avoir peur pour tout quitter dans ces conditions.

Retour à pied vers le centre de Yangambi, d’environ un millier de personnes, lentement, compte tenu du type de bagages transportés. Nous espérons que les Simbas ne vont pas venir perturber notre progression qui tient davantage de l’exode en procession que d’un repli stratégique.

Tout se passe bien. Nous profitons de cet afflux de main d’œuvre pour accélérer le chargement des balles de caoutchouc brut (une cinquantaine de kilos chacune).

La nuit se passe calmement sous protection resserrée.

Le lendemain fin du chargement qui est complété par divers véhicules qui ont été repérés par des patrouilles alentour. Tous les réfugiés prennent place sur la barge et retour sur Stanleyville, en récupérant encore, au passage, une autre barge et un bateau qui stationnaient abandonnés sur un appontement.

Bilan – Environ un millier de congolais rapatriés, 600 tonnes de caoutchouc, 4 camions et 7 camionnettes pick up récupérés, sans oublier l’ argent de l’INEAC qui sera donné à l’Etat Major.

Le manque de moyens radio est criant. Des mortiers de 80 et de 60 seraient les bienvenus, d’autant plus que nous avons les hommes capables de les mettre en œuvre efficacement.

Nous avons également constaté qu’il était impossible de compter sur les soldats congolais qui n’ont accepté de sortir de la barge que lorsque tout était sécurisé. Ensuite, ils ont fait les malins devant les réfugiés en « ennuyant » les femmes et en essayant de prélever leur dîme sur les quelques « bilokos » qu’elles avaient emportés dans la hâte.

25 mars – Retour à notre cantonnement et débriefing. Cette première opération nous a permis de tester la réaction de tous nos hommes et leur capacité de manœuvre. Nous faisons le tri et en profitons pour demander la mutation de 15 volontaires qui ne correspondent pas à nos critères.

Nous trouvons un peu ridicule de ne pas avoir exploité la situation en faisant tâche d’huile à partir de Yangambi. Que va-t-on faire de ces réfugiés qui se retrouvent, sans rien, sur le pavé de Stan ? En fait, nous avons tort de nous préoccuper, car ils sont recueillis par leurs frères Lokele établis à Stan depuis des années.

Nous recevons l’ordre de nous préparer pour un transfert par avion vers Paulis, ancienne capitale de l’Uélé qui est restée entre les mains de l’ANC, sous strict contrôle de l’ATMB. Plusieurs unités de l’ANC y sont stationnées. Nous y recevrons nos ordres de mission.

 


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