OPS Congo - Journal du 1 er Choc


 

PAULIS

 

28 mars – Des avions cargos américains nous emmènent avec le maximum d’équipements que nous avons pu récupérer sans oublier une jeep et un camion pour avoir, tout de suite, un minimum d’autonomie. Nous sommes prévenus par des anciens du Katanga que nous ne sommes pas attendus, là bas, dans l’allégresse générale.

A l’arrivée, le commandant de Ridder (un français), remplaçant du capitaine Béro à la tête du peloton blindé, nous attend. Cet officier très pète sec, ayant rang de « Commandant de la place-adjoint » nous indique que rien n’est prêt pour nous. Il aurait été averti au dernier moment ! Pour l’instant nous devons nous installer dans un hangar pour la nuit et nous débrouiller avec nos rations de combat. Demain, nous verrons…

Photo 5 - Section de Voltige à l’arrivée à Paulis

Section de Voltige à l’arrivée à Paulis
1 S/Lt Guylfoll, 2 Deherder, 3 xx, 4 Valentin, 5 Baeli, 6 xx, 7
xx8 Spoutnik, 9 xx, 10 xx, 11 xx, 12 xx, 13 de Demeuldre14
Richard, 15 Henrivaux, 16 xx, 17 xx, 18 xx, 19 Blin, 20 xx, 21 Perrin

Denard prend sur lui, nous demande d’être patient et de nous organiser au mieux avec le système D. Cette fois ci, nous avons des appareils de radio qui fonctionnent et des opérateurs compétents que nous avons amenés avec nous depuis le début. Denard établit une liaison avec le QG de Stan et remet les pendules à l’heure.

Le lendemain matin, le commandant de la place revient pour nous annoncer que nous pouvons nous installer en centre ville, dans l’ancien hôtel Ngébé et profiter des bâtiments qui se trouvent, juste en face, de l’autre côté de la rue. Il nous confie un camion pour nous aider à transporter tout notre matériel.

Tout se passe très vite, nous prenons possession des lieux et nettoyons tout.

Première étape : la cuisine de l’hôtel est remise en service ce qui nous permet, enfin, de faire nous même notre popote pour la première fois, depuis notre arrivée au Congo. A cette occasion, nous trouvons des morceaux de cadavres humains dans un congélateur !!! Blancs ou noirs, nous n’avons jamais su, ni d’ailleurs cherché à le savoir.

Assurés du vivre et du couvert de façon autonome, nous pouvons nous organiser.

Denard s’occupe des contacts avec l’Etat Major, obtient notre autonomie de ravitaillement en vivres, munitions et armement, sans passer par de Ridder qui continue à nous mettre des bâtons dans les roues. Tout cela nous parvient, par avion cargo C 130 américain, sur l’aéroport de Paulis.

Il retrouve avec joie deux anciens du Katanga : Marc Goossens à la tête d’un groupe d’une quinzaine de volontaires européens ainsi que François Kapenda, un Katangais qui dirige un commando d’une quarantaine d’ex gendarmes katangais. Tous deux nous accueillent à bras ouverts et nous expliquent la situation : le bordel et chacun pour soi.

Quand aux Simbas, ils sont tout autour de la ville et disposent d’armes modernes. Ils viennent de faire un carton sur une jeep, il y a juste une semaine !

Nous sommes autorisés à récupérer tous les matériels militaires qui traînent dans la ville, après le passage des différents groupes armés qui s’y sont succédés. Coucke, avec Guylfoll, organisent la razzia et rapatrient tout, dans l’ancien entrepôt juste en face de notre « hôtel ».

Robyn s’occupe de trier armes et munitions de tout calibre et de toutes origines, de les vérifier. Clément s’occupe du matériel roulant. Les camions sont spécialement équipés : derrière la cabine, un plateau dont le milieu est occupé par le ravitaillement, le matériel, les réserves de munitions et d’essence, rangés dans de grands casiers soudés au châssis. (Le volontaire Van Impe se révèle un excellent soudeur).

Les voltigeurs sont assis directement sur le plateau, s’adossant au matériel, les jambes reposant sur une cornière extérieure au camion qui sert de marche-pied. Ils peuvent ainsi sauter à terre instantanément, d’une faible hauteur et remonter tout aussi aisément.

Robyn s’occupe de trier armes et munitions de tout calibre et de toutes origines, de les vérifier. Clément s’occupe du matériel roulant. Les camions sont spécialement équipés : derrière la cabine, un plateau dont le milieu est occupé par le ravitaillement, le matériel, les réserves de munitions et d’essence, rangés dans de grands casiers soudés au châssis. (Le volontaire Van Impe se révèle un excellent soudeur).

Les voltigeurs sont assis directement sur le plateau, s’adossant au matériel, les jambes reposant sur une cornière extérieure au camion qui sert de marche-pied. Ils peuvent ainsi sauter à terre instantanément, d’une faible hauteur et remonter tout aussi aisément.

Nous récupérons tout ce qui peut rouler, faisons le tri, organisons un vrai atelier de mécanique, visitons et prélevons dans les stocks de la Vicicongo (la société qui exploitait le chemin de fer de l‘Uelé) tout ce dont nous avons besoin.

Photo 6 - Camion de voltige  spécialement équipé
Photo 6 – Camion de voltige spécialement équipé

Le LtCol Lamouline, comprend que la petite guerre belgo-française est ridicule. Le Groupe Spécial Para ainsi que le groupe blindé Béro sont priés de fournir l’essentiel du matériel roulant nécessaire à la formation du 1er Choc. Il considère que cette unité peut être une force de frappe dont il a besoin pour mener un combat efficace, à la façon du 5th codo sud africain. Dans la sphère politique congolaise, on lui fait remarquer qu’il n’est pas possible de se satisfaire de la seule force de frappe sud africaine.

En effet après l’affaire de Bafwasende, la compagnie blindée du groupe Béro a été dissoute et les volontaires européens du 6 codo sont dispersés par petits groupes de cinq à dix pour renforcer les unités katangaises et congolaises qui n’ont pas de grande valeur militaire. C’est pour cette raison qu’en février, une opération sur Bondo a été un échec, que la sécurité des transports fluviaux pour approvisionner Stan n’est pas assurée et que la plupart des unités de l’ANC restent à l’abri dans les camps militaires qu’elles occupent.

Bob Denard reçoit donc de nouvelles recrues qu’il doit intégrer et équiper, avant de se voir assigner un nouvel objectif.

Tout cela ne se fait pas sans exaspérer certains membres de l’ATMB qui se voyaient régner en maîtres sur la ville abandonnée qu’est Paulis. L’existence du 1er choc est pour eux d’autant plus inacceptable que Denard se mêle de mettre en œuvre des méthodes de pacification « à la française » en prenant en compte les besoins de la population. Pour l’ATMB nous sommes là pour aller à la riflette et non jouer à l’assistante sociale, en nous mêlant de l’administration du pays.

Par ailleurs nous gênons le trafic d’un commerçant hollandais qui se fait ravitailler gratuitement par les C 130 américains sous prétexte de relancer le commerce local.

A tel point que notre ravitaillement passe après le sien et que nous sommes obligés d’ aller chez lui pour compléter nos repas, en payant le prix « local ».

1er avril !!! – Denard, avec l’appui de sa section de jeeps mitrailleuses, bloque un C 130 américain qui vient de se poser à l’aérodrome et annonce vouloir saisir tout le fret qui est en cours de débarquement et destiné, à priori au « hollandais ». Ce n’est pas un poisson d’avril ! mais un gros pavé dans la mare !

Il faut savoir qu’un avion battant pavillon des Etats Unis n’est pas un vulgaire avion de transport mais le représentant de toute une politique menée par un des états les plus puissants du monde ! Il ne se déplace pas sans un minimum de précautions et exige un minimum d’égards !

Chaque fois qu’un C 130 se pose sur un terrain d’aviation, au Congo, il y a des GI qui en sortent en courant et l’accompagnent au sol jusqu’à son stationnement avec gilet pare-balles et fusil d’assaut. Ils ont la responsabilité d’assurer la protection de l’avion et délimitent une zone de sécurité en interdisant toute approche de personnel et de matériel qui n’est pas autorisé et identifié. Cerner un avion US avec des jeeps mitrailleuses, même si Denard est en train de discuter avec le responsable local de la CIA, peut être considéré comme un coup de force et déclencher des hostilités. L’atmosphère était assez tendue et les GI s’étaient mis, eux aussi, en position de tir.

Curieusement, il y a un grand nombre de « galonnés » présents sur le Tarmac, pour assister au spectacle. Grosse émotion de l’ATMB et des américains qui rient jaune devant ce folklore local.

Denard s’en tient à sa version. Depuis plusieurs jours, le ravitaillement en vivres qu’on lui promet ne lui parvient pas. En revanche le « hollandais » reçoit des caisses dont il soupçonne qu’elles correspondent aux expéditions qui lui étaient destinées. Il réclame le « connaissement » du chargement et désire récupérer ce qu’il appelle son bien.

Les américains assurent qu’ils ne font que transporter le fret qui est préparé par l’ATMB. Ils n’ont donc aucune responsabilité dans le choix et la destination des caisses qu’ils transportent. Ils demandent avec énergie que leur avion soit libéré.

L’ATMB s’énerve d’être mise en cause et demande l’ouverture sur le champ de toutes les caisses déjà débarquées de l’avion.

Liaison radio avec l’Etat Major à Stan et avec d’autres interlocuteurs plus ou moins identifiés. Le ton employé conduit à penser qu’il s’agit de franches explications !

Une première caisse est ouverte… Elle contient des kalachnikovs qui ne figurent pas sur le connaissement de la lettre de transport… Deuxième caisse… mêmes kalachnikovs…

Les américains rient de plus en plus jaune… Il paraît que, devant la situation d’insécurité qui prévaut à Paulis ils ont décidé de se protéger par eux même et d’armer la population locale pour qu’elle puisse se défendre contre les Simbas ! Tout cela évidemment sans en prévenir quiconque !

Denard laisse les belges et les américains s’expliquer… Pendant ce temps, nous finissons le dépotage de l’avion et récupérons tranquillement les caisses de nourriture et quelques autres babioles qui nous intéressent. Puis, nous filons vers notre cantonnement pour les mettre à l’abri.

Tout cela se terminera officiellement par des excuses de Denard au commandant de bord du C 130 et Bob « oubliera » la présence des caisses de kalachnikovs quand il écrira son « journal du groupe R. Denard » ainsi que les deux livres de ses mémoires.

Il est évident que Bob Denard et l’ATMB ont joué la comédie ensemble, pour essayer de mettre fin à cette habitude des Etats Unis qui ne peuvent jamais résister à l’envie d’armer n’importe qui. ( Le lecteur pensera certainement à toute une liste de conflits ultérieurs !)

Le lendemain, nous recevons l’ordre de nous préparer pour aller prendre Wamba tandis qu’une inspection du Lt Colonel Lamouline nous est annoncée afin de vérifier notre état de préparation. Pour l’occasion, nous lui faisons l’honneur d’une prise d’armes et d’une présentation complète de notre unité. (voir photos)

Photo 7 - présentation 1er  Choc à Paulis avant l’opération Wamba Photo 9 - Le Lt Colonel Lamouline à droite devant un canon Oerlikon
Photo 7 – présentation 1er Choc à Paulis
avant l’opération Wamba
Photo 9 – Le Lt Colonel Lamouline
à droite devant un canon Oerlikon
Photo 10 - L'équipage du Scania Photo 8 - Camions de voltige
Photo 10 – L’équipage du Scania Photo 8 – Camions de voltige

 


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