OPS Congo - Journal du 1 er Choc


 

PAULIS – MUNGBERE – WAMBA

 

But de l’opération :

Tester le 1er choc en l’envoyant faire ses preuves dans une zone où des codos précédents, y compris le 5th codo des Sudafs ont fait demi tour, face à l’intensité du feu. Une fois les bourgades reprises, si elles le sont, y installer le 8 codo du capitaine Piret pour qu’il continue à occuper le terrain.

Composition de la colonne du 1er choc :
– peloton de tête avec 3 jeeps mitrailleuse, 1 AM 8, 1 petit engin blindé de transport, 1 Scania responsable S/Lt Clément
– 2 camions de voltige responsable S/Lt Guylfoll
– peloton appui/commandement avec jeep 75 sans recul, camion mortier de 80mm(adjt Martin), un camion avec les derniers volontaires arrivés sous le commandement du S/Lt Bruni, Dodge radio, ambulance, divers personnels et matériels intégrés pour la mission, camion grue, responsable de l’ensemble Lt Coucke adjoint S/Lt Robyn
– jeep mitrailleuse de fin de colonne Adjt Rassi (en liaison radio avec la tête de colonne)
– les Katangais du groupe François sont incorporés avec les volontaires du 1er choc et répartis dans nos véhicules
– l’ensemble du 8 codo qui suit avec ses camions (dont des semi remorques !) et 2 ou 3 jeeps.

Nous bénéficierons de l’appui des T 28D du Wigmo pendant toute l’opération, ainsi que du support de la FATAC, pour les évacuations et le ravitaillement en cas de besoin.

Cette opération va nous permettre de travailler avec les ex-gendarmes katangais du groupe François et du 8 codo. Cela nous permettra de faire la différence entre les deux formations.

Le groupe François est sous le commandement de François Kapenda. Il a ses propres véhicules et son armement. Chaque matin, nous venons le voir et lui demandons de désigner des hommes qui embarqueront dans nos jeeps et nos camions. Dans les jeeps de tête, notamment, il y a toujours un katangais. Ceux qui ne sont pas directement intégrés dans nos sections (environ la moitié de son groupe) restent comme force de manœuvre sous les ordres directs de François et de son adjoint Honoré. Ils ont leurs camions et deux jeeps.

Carte 2 - vue de la région Paulis, Mungbere et Wamba
Carte 2 – vue de la région Paulis, Mungbere et Wamba

Très vite, nous nous rendons compte que le Katangais de base ne parle pas français. Cela limite les conversations et les échanges d’idées. Il comprend certains ordres, a l’expérience du combat, est courageux, nous fait une absolue confiance mais il faut que nous fassions très attention à ce qu’il respecte une discipline de feu.

Leur intégration se passe bien et les mêmes resteront, d’un jour sur l’autre, dans les mêmes sections ou les mêmes équipages, sauf blessure ou décès. Au fil des jours et des semaines, ils parleront de mieux en mieux le français et nous serviront d’interprètes quand cela était nécessaire. Un seul problème : ils ne mangent pas comme nous et préfèrent leur « poisson séché-manioc » à nos rations que nous partagerions volontiers avec eux. Cela n’est pas un détail. Le fait de ne pas partager nos repas crée une réelle différenciation culturelle.

Les Katangais du 8 codo, parlent encore moins français que ceux du groupe François. Heureusement le capitaine Piret qui les commande parle Swahili (langue du Katanga et de l’est Africain) et Lingala (langue de la région de Léopoldville et langue « officielle » de l’armée). Tous les volontaires européens qui sont avec lui sont aussi d’anciens colons et maîtrisent parfaitement la mentalité et les langues locales. Les ordres sont donc donnés en Swahéli et si nous voulons intervenir, nous devons passer par Piret. Nous nous entendons bien avec lui et cela ne pose pas véritablement de problème à condition d’agir séparément et d’accepter comme lui, au cours d’une embuscade de les voir et de les entendre tirer toutes les cartouches qui sont à leur disposition. C’est pour cela qu’au 8 codo, les caisses de munitions sont stockées dans un camion fermé à clé et non au milieu de chaque camion comme chez nous.

D’autre part, le nombre de volontaires européens les encadrant étant insuffisant, Piret, en cas de panique de ses hommes, ne peut pas vraiment les reprendre en mains. C’est pourquoi il a été obligé d’abandonner des positions qui lui avaient été confiées.

7 Avril – Départ de Paulis à 7 h du matin. La colonne de véhicules 1er choc et 8 codo (l’un à la suite de l’autre) fait environ 2 km. Il y a en plus dans l’effectif, un médecin, un infirmier et un aumônier catholique. Il y a aussi quelques civils congolais qui servent de guides.

Progression sans problème, aucun paysan dans les champs, toutes les maisons rencontrées et tous les villages traversés sont déserts.

Arrêt à 15 h devant un pont en bois qui enjambe la petite rivière Mamunzala. Les Simbas l’avaient fait brûler. Le temps de le réparer et de faire passer la colonne, il est 17 h.

Avant d’arriver dans PENGE, nous avons vu une jeep couchée dans le fossé qui bordait la piste. Elle appartenait au groupe GOOSSENS et avait sauté sur une mine quelques jours auparavant. Il y avait eu 2 morts.

Arrêt dans le village vide de Nekalagba vers les 19 h, c’est-à-dire juste avant la nuit.

8 Avril – 6 h du matin, la colonne repart, destination GAO, la progression est sans problèmes. Vers les 15 h, arrivée devant un point délicat.

La colonne stoppe juste avant. C’est un endroit resserré et touffu où une rivière se divise en trois petits bras, enjambés par trois petits ponts. Un endroit de rêve pour une embuscade. Denard fait partir la voltige à pied en deux colonnes de chaque coté de la piste.

Quand elle eut passé le troisième pont, un coup de Bazooka part d’un talus surplombant la piste, dans un coude, face à la colonne, tiré par les Simbas bien positionnés.

La roquette ne touche personne par sa trajectoire mais en explosant dans le talus, envoie des éclats qui blessent dans le dos Ari Van Malderen. Il était mitrailleur arrière sur la jeep de tête.

Aussitôt intense fusillade du côté rebelle mais imprécise, seul un Katangais reçoit une balle dans la poitrine, mais sans gravité. Riposte de notre côté en tirant dans la brousse. Nous ne voyons personne. Il n’y a que le miaulement des balles… Les choses se calment.

Photo 11 - Les T 28 de la WIGMO à Paulis Photo 12 - Evacuation de Ari Van Malderen
Photo 12 – Evacuation de Ari Van Malderen
Photo 11 – Les T 28 de la WIGMO à Paulis
(nos yeux en altitude et notre appui au sol)

Denard fait avancer la colonne pour se dégager du coin et pour pouvoir trouver un emplacement assez vaste, car l’hélicoptère appelé par radio n’allait pas tarder. Nous défrichons tout un coin de brousse à la machette en l’espace de 15 minutes. Ari est mort dans l’hélicoptère. C’est le premier de a série. Halte dans les environs pour y passer la nuit.

9 Avril – Vers les 6 h du matin au lever du jour, départ en direction de GAO. Progression sans encombres jusqu’à 8 h. Denard prévoyait d’arrêter la colonne 2 km avant la ville et qu’ensuite nous progresserions à pied. Les Simbas aussi y avaient pensé, car à 3 ou 4 km de GAO les premiers tirs sont partis. Mitrailleuses lourdes et bazookas sont installés aux bons emplacements. Heureusement, toutes les roquettes tirées passent au dessus des premières jeeps pour aller exploser sur la piste, au milieu de la colonne

Arrêt d’urgence, tout le monde à couvert et riposte. Cela tire de partout, tout le long de la colonne… Cette fois-ci, cela ne concerne pas que les jeeps de tête. Tous les « bleus » apprennent très vite le bruit des balles qui nous frôlent les oreilles. Un bruit de frelons au milieu du vacarme ! Comme tout le monde, sauf les mitrailleurs des jeeps, Denard se retrouve à plat ventre dans le fossé et relève prudemment la tête pour analyser ce qui se passe. Chacun fait comme lui, face à sa touffe de matitis.

Pour l’instant pas de panique, laissons les tirer et essayons de les localiser ! Mais tout le monde n’est pas dans les fossés. Le chauffeur de Bob est allongé sous sa jeep au milieu de la route. Il est dans un état de stress qui lui interdit tout mouvement et toute compréhension des ordres qu’on lui donne de se planquer et de ne pas rester là.

Avec lui, il y a le « chien-loup » de bob qu’un volontaire hongrois démissionnaire lui a confié, juste avant de retourner en Belgique. Le chien est blessé et tourne en rond autour de la jeep et de son chauffeur. Bob appelle le chien… mais ce berger-allemand ne comprend que les ordres en hongrois et son ancien propriétaire lui avait confié un papier où étaient écrits les ordres essentiels qu’il comprenait, avec leur traduction en français. Bob hausse le ton au milieu des coups de feu… « Bougre de con, viens là » le chien ne veut rien savoir…Bob essaye de fouiller dans sa poche de pantalon pour récupérer le papier des ordres. Avec le ceinturon et le pistolet autour de la taille, il est difficile de fouiller dans sa poche, surtout quand on est accroupi dans un fossé. Alors il se lève, pour être à l’aise et mieux trouver l’entrée de sa poche. Curieusement, le bruit des frelons s’amplifie aussitôt. Il parvient à attraper le précieux lexique, le déplie et peut gueuler en hongrois, debout au milieu de la mitraille, avec un accent de bordelais, des mots que le chien est sensé comprendre. Clément est obligé de tirer fortement Bob, par la culotte, pour qu’il revienne à couvert. Quand au chien, il rejoint, en clopinant, son maître dans le fossé. Cet incident nous permet de constater que les tirs de mitrailleuses adverses sont mal dirigés.

Après avoir nettoyé devant nous avec des grenades, nous entrons dans les matitis du bord de la route, découvrons leurs emplacements de combat et comprenons pourquoi leur tir n’était pas vraiment efficace. Leurs armes collectives (des mitrailleuses russes Gorianof) sont bloquées sur un axe de tir par des cales en bois et le tireur ne faisait qu’appuyer sur la détente sans viser ! Parfois ils appuyaient sur la détente au moyen d’une ficelle qu’ils actionnaient à distance. Les grenades ont fait de l’effet : les servants sont partis en laissant tout sur place !

 


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