OPS Congo - Journal du 1 er Choc


 

En attendant une nouvelle mission

 

23 Avril – Départ, de Paulis pour Léopoldville, de Clément et Leroy pour soigner leurs blessures. Ils sont accompagnés par Deherder (épanchement de synovie) et Robyn (main gauche coincée par le recul du canon de 37 dans la coupole de l’AM 8). Pour trouver des toubibs et des équipements valables, il faut faire cinq heures d’avion.

L’ambiance générale du 1er choc n’est pas à l’euphorie et la paye n’est pas là ! Après une période de repos pour récupérer le manque de sommeil ainsi que la fatigue physique et nerveuse, il n’est surtout pas question de rester désœuvrés comme le sont les autres unités qui stationnent à Paulis, créant une ambiance détestable.

Heureusement que Denard est toujours solide et actif, malgré sa jambe cassée. Il n’est pas question de se lamenter, mais de réagir. Le Lt colonel Lamouline ne nous oublie pas. Il confirme l’autonomie de notre groupe par rapport au commandant de la place qui continue à faire de la « Denardophobie » (quoique français lui même !!!). Nous sommes autorisés à travailler directement avec le groupe de Marc Goossens et à incorporer officiellement le groupe de gendarmes katangais de François Kapenda dans nos effectifs. Nous continuons à recevoir des renforts de nouveaux volontaires pour remplacer les pertes et étoffer notre structure.

Tout le matériel et l’armement sont, à nouveau, révisés. Les grenades sont surtout regardées de près car les temps de retard des bouchons allumeurs varient énormément. Il existe un code couleur, mais il vaut mieux être prudent : les Simbas nous ont lancé à plusieurs reprises des grenades non dégoupillées. Ce n’était pas parce qu’ils avaient peur de s’en servir, mais ils espéraient que nous les leur renverrions, car le bouchon allumeur n’avait aucun retard… Il ne faut jamais prendre son adversaire pour un imbécile…surtout si un Viet Cong le conseille !

A partir des informations fournies par l’aviation qui nous signale les villages où une activité Simba est visible, Coucke et Bruni organisent des sorties presque tous les jours en se coordonnant avec Goossens.

Pour ce genre d’opérations décidées par nous même, nous avançons le plus vite possible sans pratiquer de tir à priori, comme nous le faisons pour les grosses colonnes prévues par l’Etat Major.

Plusieurs évidences s’imposent très vite :
– Même si nous ne pratiquons pas le tir à priori, les moteurs de nos camions et de nos jeeps s’entendent de très loin et nous arrivons souvent dans des villages vides dont « le feu pour la soupe » est encore chaud.
– Notre progression est signalée par les gros tams-tams de village que nous hésitons à détruire car nous espérons un jour pouvoir les utiliser à notre tour.
– La reconnaissance aérienne nous indique une présence suspecte mais ne peut pas qualifier la nature de cette présence.
– Il faut absolument monter un service de renseignement nous permettant de recueillir et analyser les informations que nous pouvons recevoir de la population pour comprendre ce qui se passe « en face ». Biaunie monte un service S2 et se met aussitôt au travail.
– Toutes les patrouilles que nous montons avec l’aide de chefs de village qui sont de nôtre côté, donnent des résultats.
– Nous n’avons pas d’embuscades qui nous attendent sur les pistes que nous empruntons car personne ne sait à l’avance où nous allons.
– La marche à pied est un excellent moyen d’approche, surtout quand on part avant le lever du soleil !

Photo 17 - Bruni en patrouille aux environs de Paulis
Photo 17 – Bruni en patrouille
aux environs de Paulis.
Voir rapport en annexe 1

Au fur et à mesure de la mise en place de notre organisation, les résultats arrivent. Nous surprenons des groupes Simbas au réveil, récupérons des armes et des munitions, prenons contact avec une population qui est prise au piège de la guerre.

Tout cela ne se fait pas sans de grosses engueulades avec le Commandant de la Place ou avec quelques membres de l’ATMB, conseillers au QG d’Ops Nord qui se plaignent à l’EM de la 5e brigade mécanisée à Stan. (voir courrier en annexe B 1 et D1, D2 et D3 ).

Nous avons de gros problèmes avec l’incorporation de volontaires en provenance des groupes Béro et Goossens. Il faut absolument éviter qu’ils restent inactifs. Sinon les problèmes de femmes et de boisson nous gâchent la vie, d’autant que, eux, ils ont touché leur solde et ont les poches pleines de billets de banque.

25 Avril – Le dimanche soir, jour de repos, un adjudant et quatre volontaires, s’introduisent, de nuit, dans le magasin du hollandais qui fait la loi sur le marché de gros et de détail. Ils sont surpris par sa femme qui les reconnaît le lendemain matin, lors du rassemblement ! L’adjudant sera muté et les autres feront une semaine de cachot.

27 avril – Tschombé vient à Paulis en visite officielle et grand arroi, pour montrer sa volonté de reprendre l’Uélé aux Simbas. Durant la cérémonie d’accueil, deux volontaires, pris de boisson, insultent Tschombé. Ils sont mutés séance tenante.

28 Avril – Un volontaire, totalement ivre, tire sur un autre volontaire.

29 Avril – Dans la soirée, un volontaire abat de deux coups de fusil son camarade de chambre, pour une histoire de femme. Denard est obligé de monter un « tribunal » et perd trois jours à se débattre dans toute une série de rapports pour l’E.M, avant d’arriver à le transférer à Stanleyville, au tribunal militaire.

5 Mai – Notre action sur Yangambi a une suite : Une opération est montée, par l’EM, pour rétablir le trafic sur le fleuve, entre Bumba et Stanleyville. Certains réfugiés que nous avions récupérés ont été enrôlés comme supplétifs et participent à la reprise de Yangambi tandis que le major Wauthier reprend Isangi avec son 11ème Codo.

8 Mai – Arrivée du général Mobutu avec Victor Nendaka le ministre de l’intérieur (il possède des plantations du côté de Mungbere). Le volontaire Lippens en état d’ébriété cause du scandale. Il est renvoyé du 1er Choc.

9 Mai – Patrouille de Bruni sur la piste de Nedje. Retour de Clément à Paulis ; il revient de Léo et fait son rapport sur la façon désinvolte avec laquelle les blessés sont accueillis et soignés par le major, médecin militaire, Morcinek.

10 Mai – Meurtre dans la nuit du 9 au 10 de l’adjudant François Kapenda, patron du groupe Katangais que nous avons intégré. Il a été tué par des membres du 5th Codo Sudaf qui étaient saouls. Grosse colère de Denard. Le casernement Sudaf est entouré par le 1er choc en armes.

Nous n’acceptons pas que l’un des nôtres, fut il Katangais, soit tué comme un lapin. Brutal affrontement entre deux conceptions de nos interventions au Congo. Au matin, les Sudafs quittent la ville, sans tambours ni trompettes.

Le problème du non paiement de la solde persiste. Les courriers reçus d’Europe ne mentionnent toujours pas de paiement et, ici, pas un seul franc congolais alors que les autres unités stationnant à Paulis sont payées !!!

La solde des volontaires est assurée de deux façons (voir en annexe le contrat) : Une partie en francs congolais payée tous les mois en « cash » et une partie en francs belges qui est transférée directement sur le compte bancaire du volontaire.

Quand nous étions à Léopoldville, nous n’avons jamais perçu notre solde en monnaie locale, mais nous recevions « une indemnité de nourriture » qui nous permettait d’aller dans des restaurants simples car, à l’époque il n’y avait pas de « mess » installé dans le building Janssens et nous devions prendre nos repas à l’extérieur.

Depuis le départ de Léo notre subsistance avait été assurée par l’administration militaire, nous n’avions donc aucune ressource en argent frais car la solde en francs congolais ne nous avait jamais été payée. Quand aux virements à l’étranger, aucun d’entre nous n’avait reçu de sa banque un avis de paiement. Cela représente maintenant plus de trois mois de retard pour ceux qui sont arrivés au début.

Devant cette question de solde impayée, Denard se penche, enfin, sur les problèmes d’administration de notre groupe et réalise que la gestion de l’adjudant Papazoglakis n’est pas claire. Clément est chargé de faire un audit.

Deux jours après, le verdict tombe : Papazoglakis est remercié et Clément est nommé à sa place pour prendre en mains le problème, malgré les suites de son « bazookage » qui lui ont ralenti les méninges et la mémoire !

17 Mai – Denard va à Stan pour radiographier sa jambe et changer son plâtre. Il part avec Clément pour le présenter à l’EM afin de régler les problèmes de paye. Ceux-ci ne peuvent pas être réglés en un tour de main. L’ATMB a bien noté que Denard voulait l’autonomie du 1er choc. Elle attend donc chaque mois un récapitulatif officiel de nos effectifs avec la position de chacun et mention précise en cas de décès ou de blessure.

Depuis que nous sommes au Congo aucun de ces états n’a été fourni. Evidemment l’administration du 6 codo a tous les éléments, mais elle ne les utilise que pour vérifier nos dires. Clément doit donc tout reprendre depuis le départ, trouver une machine à écrire du papier carbone, les bons formulaires à recopier, vérifier l’orthographe exacte des patronymes et des prénoms …(ce qui n’est pas simple pour un non-belge).

Une fois que tous les documents administratifs sont validés par le service comptable autorisé, il y a transmission à l’officier payeur qui va chercher les fonds à la Banque du Congo de Stanleyville pour la partie en francs congolais et donne les instructions à la Banque du Congo de Léopoldville pour le transfert concernant le paiement en francs belges.

Il est inutile de s’énerver… Il faut faire et porter soi-même les bons documents à la bonne personne en lui serrant la main avec beaucoup de chaleur pour que le dossier avance. Tout cela, en tenant compte des dates de présentation des documents prévues par le règlement administratif !

Lamouline informe Denard de la décision prise par l’EM : aller récupérer des otages à Buta. Nom de l’opération: Violettes impériales !!! Pour cette occasion, Denard est nommé Commandant.

Buta est considéré comme la capitale des rebelles. On dit qu’il y a un colonel Egyptien qui sert de conseil au colonel Makondo.

Les Sudafs eux aussi sont à la manœuvre et doivent prendre Bondo (au nord ouest de Buta). Ensuite, eux aussi se dirigeront vers Buta en venant de l’Ouest alors que le 1er choc viendra de l’Est. Il y a donc une certaine rivalité à qui arrivera le premier. Dans la foulée, Denard retourne à Paulis pour accélérer les préparatifs.

21 Mai – Départ de Johnson sur injonction de l’ambassade US, au motif que sa mère est décédée ! Ce départ en a intrigué plus d’un. Sa présence, ainsi que celle de Guylfoll, avait déjà alimenté les conversations. Pour des citoyens des USA, ils parlaient remarquablement français. Par ailleurs, il était évident qu’ils disposaient d’un niveau intellectuel supérieur à l’ordinaire. L’ombre de la CIA planait au dessus d’eux et nous ne comprenions pas très bien le rôle et les fonctions de Johnson dans notre groupe. Certains disaient que Guylfoll était un jeune officier qui devait faire ses preuves et que son « officier traitant » était Johnson. La CIA n’aimant pas, dans ce genre d’opérations, laisser traîner des cadavres de citoyens américains, aurait décidé de rapatrier d’urgence son indicateur restant, avant une nouvelle opération à risques. Denard devait être au parfum, mais il a toujours eu la délicatesse de ne pas évoquer le sujet devant nous.

 


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