Par Jean Guisnel
Source; http://www.lepoint.fr
Deux événements liés à la commémoration des combats de Camerone, au Mexique, le 30 avril 1863, auront lieu aujourd’hui vendredi. Tout d’abord, et pour la première fois, un ministre de la Défense français est présent sur place : Hervé Morin présidera dans la journée une cérémonie militaire à laquelle participeront un détachement du 2e régiment étranger d’infanterie et la musique du 43e régiment d’infanterie.
L’autre événement se produira à Aubagne, où la traditionnelle cérémonie ne varie d’une année sur l’autre que par l’identité de l’ancien légionnaire portant – honneur suprême – la main-prothèse du capitaine Jean Danjou, qui commandait les troupes à Camerone, avant de mourir au feu. Cette année, cette charge a été confiée au chef d’escadron Roger Faulques . Cette légende vivante de la Légion avait rejoint le maquis FFI en 1944. Il est intégré au 1er bataillon du 3e régiment étranger d’infanterie en janvier 1946 et affecté en Indochine, selon sa biographie militaire diffusée par la Légion étrangère. Combattant hors pair qualifié de « splendide entraîneur d’hommes », il n’a que 23 ans lors des combats de Phu Tong Hoa qui lui valent d’être fait chevalier de la Légion d’honneur. Il est déjà titulaire de cinq citations. Lors des combats de la RC4 en octobre 1950, il est grièvement blessé et fait prisonnier par le Viêt Minh, qui le rend mourant aux troupes françaises. Rapatrié, il retourne en Indochine en 1953. Au début de la guerre d’Algérie, ardent partisan des théories sur la guerre révolutionnaire défendues par Roger Trinquier, chef du GCMA (Groupement des commandos mixtes aéroportés) en Indochine, il prend un commandement de compagnie au 1er bataillon étranger de parachutistes, qui devient, peu de temps après, le 1er régiment étranger parachutiste (dissous après le putsch d’avril 1961). Durant la bataille d’Alger, en 1957, le capitaine Roger Faulques est l’officier de renseignement du REP que commande le colonel Jeanpierre. Par des moyens qui ne sont pas ceux de la guerre en dentelle, Roger Faulques cause de gros dommages au FLN.
Chef de bataillon le 1er octobre 1959, il est commandant en second du 2e régiment étranger de parachutistes à partir de l’été 1960. Les heures les plus noires de la guerre d’Algérie ne sont plus très loin.
Soldats aguerris et très prisés
Roger Faulques est prêt à être englouti dans la tourmente algérienne, quand, en décembre 1960, Moïse Tshombé lance la rébellion de la très riche province du Katanga, au Congo ex-belge. Dans un contexte de guerre froide qui la voit craindre l’influence grandissante de l’URSS et des États-Unis en Afrique de l’Ouest, la France du général de Gaulle soutient discrètement la rébellion katangaise, par l’intermédiaire de Jacques Foccart. Les forces katangaises se limitent à 2.000 gendarmes hérités de l’ancienne « force publique » belge. Ils sont encadrés par une douzaine de sous-officiers katangais issus de la force publique. Rapidement, la rumeur se répand que le Katanga recrute des mercenaires pour encadrer les troupes de Moïse Tshombé. Les Français qui sortent des guerres de la décolonisation (Indochine, Algérie) sont aguerris et très prisés. Recruté par Tshombé pour engager des mercenaires européens, Trinquier explique ( Le Temps perdu, Albin Michel, 1978) : « Certains étaient laissés dans une inactivité dangereuse. Leur donner un nouveau champ d’action où ils pourraient à la fois servir la France et l’Occident m’apparaissait à cette époque comme une occasion providentielle qu’un gouvernement lucide avait tout intérêt à favoriser. »
Avec l’appui du ministre des Armées Pierre Messmer, le commandant Roger Faulques et le capitaine Yves de La Bourdonnaye sont mis en disponibilité et recrutés par le Katanga. Mais ce sont des militaires belges qui ont la haute main sur les mercenaires français, que les journaux appelleront vite « les affreux ». Les Belges exigent de Moïse Tshombé que les Français soient soumis à leur autorité. Trinquier refuse, mais pas Roger Faulques . Il reste au Katanga et remplace Trinquier, qui rentre en France avec les colonels Yves Godard et Joseph Broizat, ce qui permettra à ces derniers de participer au putsch d’Alger.
Au Katanga, les hommes de Roger Faulques sont le lieutenant Répagnol, le lieutenant Tony de Saint-Paul , les capitaines Lasimone,, de Clary , Tupet-Thomé (le père d’un de nos camarades !!). L’école des paras -commandos de Kolwezi – est dirigée par un Français ancien du 11e Choc, le lieutenant Badaire. Le commandant Roger Faulques est l’officier de Trinquier, écrit encore ce dernier, « qui a le plus de valeur intellectuelle et morale ». Plus tard, jeune soldat de fortune encore inexpérimenté, Bob Denard le rejoindra. Mais c’est une autre histoire…
Homme aux mille vies
En décembre 1961, les troupes de l’ONU lancent l’offensive contre le Katanga. Le plan de défense a été conçu par Roger Faulques . L’aviation de l’ONU attaque les mercenaires, également pilonnés au mortier. Ils résistent brillamment. Les casques bleus suédois entrent dans Élisabethville, suivis par la brigade indienne du général Raja. Le camp Massart, où se trouvent les forces katangaises, est attaqué par l’ONU. Les hommes de Roger Faulques , bien renseignés par la population blanche et noire, se battent comme des lions, et ripostent avec efficacité. Le 21 décembre, le cessez-le-feu est signé à Kitona. Roger Faulques quitte le Katanga en disant que plus jamais il n’acceptera d’être commandé par un Africain. Il lance au chef d’état-major katangais Muké qu’il ne « voudrai[t] même pas de lui comme ordonnance ».
En 1963, Tony de Saint-Paul est contacté pour envoyer des mercenaires au Yémen, avec les finances des services secrets britanniques. Il contacte Roger Faulques , finalement écarté au profit de Bob Denard , qui en dit (dans sa biographie Le Roi de Fortune ) : « Roger Faulques , c’est un peu notre patron à tous. Il est triste que nous ne l’ayons pas avec nous, mais peut-on prendre le risque de faire capoter l’affaire ? » Roger Faulques sera en charge de la base arrière de l’opération yéménite, à Paris. On le retrouvera quelques années plus tard au Biafra, pour lequel il recrute des mercenaires, toujours en compagnie de Bob Denard , avant d’être, là encore, mis sur la touche, cette fois au profit de Rolf Steiner. Roger Faulques , qui n’aime rien tant que la discrétion, se retirera ensuite sur ses terres, pour n’en sortir qu’une fois par an, pour la cérémonie de Camerone. Il n’a jamais cessé d’être considéré par les légionnaires comme l’un de leurs plus grands soldats. Mais, cette fois, c’est différent : en portant publiquement la main du capitaine Danjou, qui scelle son grand retour dans la communauté militaire française en présence du chef d’état-major de l’armée de terre, le général Elrick Irastorza, et du secrétaire d’État aux Anciens Combattants, Hubert Falco, quelles pensées vont traverser l’esprit de cet homme aux mille vies ?
Simon Mann, a British mercenary sentenced for a coup plot against Equatorial Guinea, was pardoned on Tuesday. How does he compare with Africa’s other ‘Dogs of War?’
Simon Mann, the Eton- and Sandhurst-educated adventurer whose interventions helped bring down two governments and who was plotting to bring down a third when he was arrested with a load of weapons and mercenaries in Zimbabwe five years ago, appeared to use up his eighth life on Tuesday when he was released from his jail cell in Equatorial Guinea.
The former Special Air Service (SAS) commando and one-time member of the infamous private military contractors Executive Outcomes and Sandline International, was pardoned by Equatorial Guinea’s President Obiang Nguema Mbasogo, the man he was plotting to depose when he was caught with 64 confederates and a planeload of $100,000 worth of weapons on the tarmac in Harare.
At the time, Mr. Mann said they were headed to the Democratic Republic of the Congo to guard a diamond mine. But after serving almost four years in a Zimbabwe prison and then being extradited to Equatorial Guinea, where he was serving a 34-year prison sentence, he came clean. He told Jonathan Miller of the UK’s Channel 4 last year that I “was the manager… not the main man” in a plot to wrest control of the tiny, oil-rich and deeply corrupt nation.
(For more on how Equatorial Guinea’s oil curse is playing out, read the Monitor’s in-depth report on how the country tests President Obama’s vow to hold Africa’s leaders accountable for good governance.)
Mann alleged the “main men” were the country’s former colonial power, Spain and South Africa. He also expressed chagrin at his capture in a fashion that would have made Rudyard Kipling proud: “You go tiger shooting but you don’t expect the tiger to win.”
The full details of the plot are still unknown. South African prosecutors dropped their own case against Mann and his co-conspirators a few years ago after Sir Mark Thatcher, the arms dealing son of former British Prime Minister Margaret Thatcher, pleaded guilty to “unwittingly” helping to fund the plot.
Mann’s post-military career has been frequently controversial. Sandline International’s $30 million contract to put down a rebellion on the island of Bougainville, home to a copper mine in Papua New Guinea, led to a scandal there that pushed Prime Minister Julius Chan from office. Executive Outcomes fought on the side of the government during Sierra Leone’s bloody civil war in the early 1990s.
Mann, the son and grandson of England cricket captains, now returns home to enjoy what’s left of his fortune with the dubious distinction of being the last white man to try to take over an African country. It’s hard to see anyone taking that distinction away from him, since there aren’t many of the so-called “Dogs of War” left. But he belongs to a rich tradition of European adventurers who sought to increase their fortunes at the barrel of a rifle in Africa after the colonial era drew to a close.
On our list, he comes in fifth among the recent white mercenaries in Africa.
Here are our top four in descending order:
1. ‘Colonel’ Bob Denard. Mr. Denard fought his way across Africa from north to south for 40 years (with a brief tour along the way in French Indochina). His first conviction was while serving as a colonial policeman for France in Morocco in 1954, when he was convicted of participating in a plot to assassinate French Prime Minister Pierre Mendes-France, who was then negotiating a withdrawal from France’s North African possessions. After fighting on various sides of Congo’s conflicts in the 1960s, he made his first big splash in 1975 by successfully aiding a coup in the Comoros, the tiny island nation off the east coast of Africa. It was the first of four coups Denard helped lead in the Comoros, an entanglement that took up the rest of his life and ultimately led to his downfall. The self-described “pirate of the republic” always hinted that he was working for the glory of France, an impression bolstered by his lenient treatment by the French justice system. He was sentenced, but never served jail time, by a French court for his participation in a failed coup in Benin in 1977.
His 1975 coup replaced Comoran President Ahmed Abdullah, who had declared independence from France, with Ali Soilih. But when Mr. Soilih turned toward leftist politics, Denard returned to the islands in 1978 with a few dozen hardened mercenaries and helped install Mr. Abdullah to power again (Mr. Soilih was killed in mysterious circumstances during the coup). Denard served as the head of Abdullah’s presidential guard for the next decade, and grew wealthy thanks to military contracts in nearby Mozambique and thanks to the Comoros’ then-favored position as a way-station for getting around sanctions against South Africa’s apartheid regime. A coup against Abdullah ended this idyll, with Abdullah killed and Denard escaping to South Africa with only a minor gunshot wound thanks to the aid of French commandos. But he could not stay away. In September 1995, Denard , then 65, led a small group of hired guns on zodiacs back to the Comoros in an attempt to oust the government that had replaced Abdullah. France took matters into its own hands this time, putting down Denard’s final coup attempt and taking him home to face trial. Denard again received a suspended sentence and passed away in France in 2007.
2. “Mad” Mike Hoare. Mr. Hoare, born to Irish parents but often described as a South African, was the prototype for the white mercenaries who took part in Africa’s bloody post-colonial struggles in the 1960s and 70s. He fought on the side of the government in the Congo against rebels in mineral rich Katanga province in 1961 (and against Denard’s ) with a few hundred salty mercenaries, mostly white South Africans and Rhodesians. He also led the charge in 1964 to break a rebel siege of Stanleyville, an effort that saved over 1,000 European businessmen and mercenaries trapped in the city. These and other exploits made him a legend in his circles, and he was the model for Sir Richard Burton’s lead role in 1978’s “The Wild Geese,” a movie about mercenaries in Africa that Hoare acted as a consultant for. His book “Congo Mercenary” is considered the best inside account of the mercenary period.
But a fall from grace was coming. In 1981, Hoare and a group of 40 mercenaries departed from South Africa for the Seychelles, claiming they were a traveling Rugby football club planning to have a good time on the islands and to distribute toys to underprivileged children. But their suitcases had false bottoms for weapons. When a customs inspector stumbled across a weapon, a fire fight broke out at the airport. The mercenaries fought their way out of the airport, commandeered an Air India plane, and forced it to take them home to Durban. South Africa originally let them off the hook, but after the US and others complained, Hoare and his co-conspirators were tried and he was sentenced to 10 years in prison.
3. Jean “Black Jack” Schramme. The son of Belgian planters in the Congo, he became embroiled in post-colonial intrigue after the country’s independence in 1960, and he and his band of mercenaries, known as the “White Giants,” fought in the Congo for much of the 1960s. He first fought for the separatist Moise Tshombe in Katanga in the early 1960s, but switched over to the government side when the pro-Belgian Tshombe became Prime Minister in a coalition government in 1964. After Mobutu Sese Seko (then known as Joseph Désiré Mobutu) seized power in a 1965 coup, Schramme resumed fighting the central government from Katanga. He and his men (which included many Katangans), collectively known as the Leopard Battalion, took control and held the border town of Bukavu for two months in 1967 and nearly took over the town of Stanleyville (now called Kisangani), though this effort failed when Bob Denard , also in town at the time, elected not to aid him. Schramme, who was infamous for using overwhelming force on his enemies and any civilians that happened to be near them, was eventually dislodged from Bukavu by a force of 15,000 soldiers loyal to Mobutu and slunk across the border into Rwanda. He returned to Belgium in 1968 and is believed to have died in Brazil in 1988.
4. Lt. Col. Tim Spicer. Former Lieutenant Colonel Spicer is the outlier in this group, a man with a past in murky wars of Africa but who has since very successfully gone legit. Like Mann, who he worked with from time to time, he was a graduate of Sandhurst and served in the Scots Guard. He founded and ran Sandline International and was deeply involved in the company’s war against the Bougainville rebels in Papua New Guinea. In 1998, Sandline was also investigated for breaking a UN arms embargo in Sierra Leone in favor of the country’s deposed leader, the pro-British Ahmed Kabbah. Spicer said at the time that his actions were authorized by the British government and he suffered no sanctions from the affair. Sandline was eventually dissolved and Spicer founded a new company, Aegis Defense Services, which to date has won more than $3oo million worth of security contracts in Iraq, Afghanistan, and elsewhere.
Spicer has been leading the charge in calling for private military contractors to be professionalized, and has worked on drafting basic standards for the emerging industry, including lobbying the British government for the industry. He described the PMC’s roles in a 2006 interview with The Guardian. “I’ve always said that in Papua New Guinea and Sierra Leone there was nothing wrong with what Sandline was doing because we were there at the request of the democratically elected governments,” he argues. “But it attracted a lot of attention and played into the hands of people who felt that this was not a good way of doing things. The idea was well before its time. There was a huge amount of suspicion, mistrust, and poor connotation attached to the security business at that time.” The Gurdian summed up his position on the “mercenary” tag:
“Although Spicer was happy to use it in its literal sense five years ago, it now makes him uncomfortable. ‘It’s a pejorative term,’ he shrugs. “Mercenaries are bad.’”
source ; http://features.csmonitor.com:80/globalnews/2009/11/03/africas-top-5-white-mercenaries-how-does-simon-mann-stack-up/
By Dan Murphy | Staff writer 11.03.09
Avec 27 de ses « affreux », il doit comparaître en correctionnelle à Paris à partir de lundi, pour le putsch de 1995 aux Comores. Atteint de la maladie d’Alzheimer, le célèbre mercenaire sera absent. La vérité aussi, sans doute.
Ce fut un coup longuement préparé et rondement exécuté. Du travail de pros. Tout commence début 1995 à Bergen, en Norvège. Un sexagénaire répondant au nom de Bernard Martin (qui n’est autre que Bob Denard) y achète un câblier baptisé Le Vulcain et immatriculé au Panama. Acheminé à Rotterdam, le bateau subit quelques transformations. En juillet 1995, destination Tenerife, aux Canaries, où une trentaine de mercenaires montent à bord. « Nous allons là où vous savez que nous allons », lâche le « Vieux » (surnom que lui donnent ses pairs). En clair : cap sur les Comores, son fief.
Le 28 septembre 1995, les flibustiers débarquent sur la Grande Comore et s’emparent de la capitale : Moroni. Le président Djohar est destitué. Les prisonniers politiques sont libérés. A Paris, le Premier ministre Alain Juppé annonce que la France n’interviendra pas. Le 4 octobre, l’armée française lance pourtant l’opération Azalée (1 000 hommes pour chasser les mercenaires). Le 5 octobre, Bob Denard ordonne la reddition. Pendant huit jours, les chiens de guerre sont détenus et « débriefés » par les militaires. Le 13 octobre, un avion les ramène au Bourget, menottés à leur siège.
Voici les faits pour lesquels Bob Denard et vingt-sept de ses comparses (deux sont morts depuis) seront jugés du 20 février au 15 mars par le tribunal correctionnel de Paris. Chef d’inculpation : association de malfaiteurs. Sauf que le principal accusé ne participera pas aux audiences. Agé de 77 ans, le centurion retraité souffre de la maladie d’Alzheimer. A la requête de son avocat, Me Elie Hatem (commis d’office car son client ne touche qu’une retraite de 250 euros par mois, due à ses états de service pendant la guerre d’Indochine !), une expertise médicale l’a déclaré « inapte à comparaître ». Explication de Me Hatem : « Ses facultés intellectuelles sont altérées et, même s’il jouit encore d’instants de lucidité, il lui serait impossible de répondre à des questions précises. Peut-être se rendra-t-il à la première audience, mais c’est tout. »
Triste destin pour cet homme qui fit rêver des générations d’aventuriers. Faut-il encore le présenter ? Après un passage dans la Marine (l’épisode indochinois), il sert dans la police du Maroc au début des années 50. L’expérience se termine… en prison, pour un pseudo-complot contre Pierre Mendès France. Echaudé, il se fait VRP en électroménager. Erreur de casting. La bougeotte le reprend vite. En 1960, il lit un article de L’Aurore citant les exploits des mercenaires au Katanga (dans l’ex-Congo belge). Il achète un billet d’avion et file les rejoindre.
sa vie est un roman Bob Denard a toutes les qualités requises pour s’imposer : sens du commandement, géénie de l’embrouille et courage physique (il sera blessé plusieurs fois). Dès lors, on le verra sous toutes les latitudes, son histoire se confondant avec celles d’une décolonisation tumultueuse : Yémen, Congo, Biafra, Bénin, Angola. Son coup de maître et son coup de coeur seront néanmoins pour les Comores. De 1978 à 1989, il en fut le vice-roi. Avec l’assentiment de la France, jusqu’à ce que le gouvernement socialiste décide d’en finir avec les « affreux », en 1989. Premier accroc dans une relation jadis fusionnelle.
« En effet, commente Me Hatem, le parcours de Bob Denard est indissociable du jeu de dominos propre à la guerre froide. Toutes ses interventions ont servi les intérêts français, en particulier, et ceux du monde libre, en général. Elles se sont faites avec le « feu vert » (soutien officieux) ou le « feu orange » (couverture en cas de réussite mais désaveu en cas d’échec) des services français. L’affaire qui nous intéresse n’échappe pas à cette règle. En 1995, le président Djohar avait plongé l’archipel dans la corruption et la tyrannie. Il aurait commencé à inquiéter la France, et son départ serait devenu souhaitable. D’ailleurs, Paris s’est bien gardé de le remettre en place après l’opération. »
Thèse confirmée par l’un des lieutenants de Bob Denard : « Six mois à préparer le coup, ça n’a pas pu passer inaperçu auprès des services ! Tout le monde savait où nous allions. Et puis, je connais le Vieux : lorsqu’il a appris que Paris déclarait les hostilités, il ne comprenait plus rien. C’est un coup de billard à plusieurs bandes. Dans un premier temps, on écarte un Djohar devenu encombrant. Ensuite, on éjecte ceux qui ont fait le sale boulot. »
Manipulation au nom de la realpolitik ? Ou bien cafouillage au sommet de l’Etat ? Seule certitude : en pleine crise des essais nucléaires (automne 1995), l’opération antimercenaires a incontestablement redoré le blason de la France vis-à-vis de la communauté internationale. Et puis, Bob Denard faisait mauvais genre. Tout comme ses hommes, lansquenets égarés dans la modernité. Historiquement et politiquement incorrects. La France souhaitait tourner la page. Le vieux condottiere appartient désormais au passé. « Vous serez riches… en souvenirs ! » avait-il coutume de dire à ses reîtres. Vu sous cet angle, et même s’il vit dans un pavillon de banlieue et qu’il a perdu la mémoire, Bob Denard paraît multimilliardaire.
article écrit par Jean-Louis Tremblais dans Le Figaro Magazine du 18 février 2006.
Après de nombreuses campagnes et aventures de par le monde, il est mort de maladie dans son lit, comme jean Bart ou Surcouf. Pourquoi cette comparaison ? Car Bob Denard se sentait plus corsaire que mercenaire. En effet, si la définition du mercenaire est celle d’un soldat qui n’agit que pour un salaire, un soldat à la solde d’un gouvernement étranger – n’oublions pas que dans le mot soldat il y a le mot solde – celle du corsaire, à ne pas confondre avec un pirate, est un membre de l’équipage d’un navire civil, autorisé par une lettre de course ou lettre de marque à attaquer tout navire battant pavillon ennemi et à prélever son dû sur la prise.
Bob Denard n’a rien fait d’autre. S’il n’a jamais oublié de prélever son dû sur les missions qui lui étaient confiées – il faut bien vivre – il a toujours combattu pour un idéal patriotique et a servi toute sa vie les intérêts de la France. Si on ne lui donnait pas de lettre de course, on lui donnait des directives, des indications et de « vrais faux » passeports ; jamais d’ordre car il n’était pas salarié.
De l’ombre à la lumière.
Rappelons brièvement sa vie, parue dans tous les médias avec plus ou moins d’erreurs. De son vrai nom Bob Denard, et non Gilbert Bourgeaud qui n’est qu’un pseudonyme utilisé à un moment de sa carrière et que la grande presse – on se demande bien pourquoi – lui attribue comme patronyme initial, il est né à Bordeaux, dans un foyer dont le père était un ancien sous-officier de la Coloniale.
Adolescent pendant l’occupation, il entre en résistance. A la libération, il entre à l’École des mousses de Saint Mandrier, puis se porte volontaire pour l’Indochine où il sert comme matelot sur une flottille, à la Dinassau 8.
Après un dégagement qui lui fermera la porte d’une carrière classique, il quitte l’armée en 1952 avec le grade de quartier-maître et rejoint le Maroc où il passera plusieurs années, luttant contre le terrorisme au sein d’une unité de la police. Il part ensuite pour le Congo et se retrouve sous-lieutenant de l’armée katangaise, un major de l’armée belge confondant le grade d’officier marinier de 2ème classe avec le grade de second lieutenant de l’armée belge. Il gravira les échelons pour se retrouver commandant au moment de son départ pour le Yémen où il aidera les forces royalistes dans leur lutte contre les égyptiens. Revenu au Congo, il sera nommé colonel par Mobutu. On le verra aussi au Gabon, au Kurdistan, au Bénin, au Tchad, en Angola, mais c’est aux Comores qu’il s’installera le plus longtemps. On peut dire ce qu’on veut du personnage et de son action, toujours est-il qu’il n’a pas laissé en Afrique l’image que l’on se complet à faire croire. Preuve s’il en est du ralliement immédiat de l’armée comorienne lors du coup d’État de 1995 et de l’accueil véritablement spontané de la population apprenant son retour, arrêtant le véhicule où il avait pris place pour lui manifester sa joie, son attachement et lui embrasser les mains. Un tyran sanguinaire aurait-il attiré autant de sympathie, voire de ferveur ? S’il avait été réellement l’homme sans coeur et sans scrupule que certains ont dépeint, y aurait-il eu des Africains à ses obsèques ?
Au service de la France.
De tout temps, tous les États, et principalement ceux qui veulent jouer un rôle majeur dans le concert des nations, ont utilisé et utilisent encore des hommes capables de s’acquitter des tâches obscures, qui ont fait leur deuil des honneurs publics.
Bob Denard était un fusible de la France. Si cela se passait bien, gloire en revenait à la mère patrie, si cela se passait mal, sus à « l’affreux ».
Après avoir été payé d’une condamnation et de quelques mois de prison pour son expédition au Bénin, commanditée par trois chefs d’État, dont le Président de la République Française, et malgré l’intervention en sa faveur des grands chefs des services secrets français; après avoir goûté du cachot de la Santé et récolté une autre condamnation en guise de rétribution pour sa dernière mission aux Comores, pourtant connue et encouragée – et là, l’ensemble des médias en général prompts à pourfendre ce genre d’action a été unanime à reconnaître l’ombre de l’État derrière la silhouette du corsaire – dont la finalité fut bénéfique à la France ; après avoir subi un contrôle fiscal, méthode moderne effectivement nécessaire à la traque des contrevenants, mais aussi utilisée pour mettre à bas quelqu’un qu’on veut empêcher de devenir gênant, il est parti, sans titres, ni richesses, accompagné jusqu’à la porte par ses anciens camarades et une délégation de l’UNP, en tenue avec leur drapeau, car le « Vieux », comme il était appelé affectueusement et respectueusement, était des nôtres.
A ses obsèques, rien d’officiel; il a quitté le service comme il a vécu, dans l’ombre. Peut-on dire que la République est moins reconnaissante que nos grands monarques, tels Louis XIV qui accorda à jean Bart titres et richesses, ou Napoléon qui se déplacera en personne pour rencontrer Surcouf et lui proposer outre la richesse le commandement d’une escadre ? Libre à chacun, en toute objectivité et en toute liberté, de se faire une opinion sur la grandeur et la misère de nos institutions.
Jean-Claude SANCHEZ, avec son aimable autorisation.
Article paru dans le magazine « Debout les Paras » n° 203 janvier-février-mars 2008
Les sujets politiques inspirent la fiction.
27/10/2008
En pointe dans ce domaine, Canal + va bientôt diffuser trois fictions politiques : L’École du pouvoir (2 × 100′), de Raoul Peck, sur les coulisses de l’ENA, Adieu de Gaulle, de Laurent Herbier, avec Pierre Vernier, qui met en scène le général dans la tourmente de Mai 68, et Le Prix du Chacal (3 × 90′), d’Olivier Assayas, sur la vie du terroriste Carlos. Par ailleurs, la chaîne développe plusieurs sujets : Ouvéa sur la prise d’otages de 1988 en Nouvelle-Calédonie, de Gilles Taurand ; les itinéraires du mercenaire Bob Denard, de Michel Sibra et Jean Guisnel, du truand Francis le Belge, par Gilles Cahoreau et Jérôme Enrico, et de Pierre Goldman de 1968 à son assassinat en 1979, de Michaël Prazan et Nathalie Hertzberg. Daniel Vigne, quant à lui va réaliser L’Affaire Markovic (2 × 100′). France 2, de son côté, va proposer une fiction sur la vie de Pierre Bérégovoy, de Laurent Heynemann avec Daniel Russo, et Un long chemin (2 × 90′), de Jean-Daniel Verhaeghe, qui raconte le combat de Robert Badinter, interprété par Charles Berling, contre la peine de mort. Pour le moment, TF1 n’a toujours pas diffusé sa minisérie AD, la guerre de l’ombre sur Action directe.
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