OPS Congo - Le 1 er Choc


 

– Ecoute, plutôt que de faire un 7e, constitue ton unité à toi, au sein du 6e. L’administration a au moins le mérite d’exister; et puis, je ne serai pas là éternellement.

– D’accord, mais je serai autonome cent pour cent ?

– A cent pour cent. C’est dit.

diable 1 er choc final

insigne du 1er Choc

Bob a, dès lors, ce qu’il veut un groupe dont il est le maître. Un groupe dont le nom, qu’il choisit, n’est pas synonyme d’encadrement mais d’élite au combat : le 1er Choc.«Avec Lamouline, dit Bob, je savais que je serais libre. Je l’aimais bien. C’était un officier plus âgé, courageux, mais assez cool, sans règles strictes.».

Reste à choisir les hommes. À ses yeux, rien n’est plus important Une fois gagnée la confiance du patron, ses recrues peuvent compter sur lui « à la vie, à la mort». Mike Hoare et Jeremiah Purren, les Sud-Africain, ont pu mesurer le danger d’un recrutement bâclé: leurs deux premiers groupes ont été récusés, et ils ont dû s’y reprendre à trois fois pour constituer le 5e commando. Un triple gâchis – de temps, d’argent, d’efficacité.

Pour réussir, Bob dispose de deux atouts une poignée de fidèles issus du Yémen – Karl, Freddy, Marc Robbyn, et bientôt Roger Bruni – et un réseau «personnel», qui lui permet d’avoir sur-le-champ une vingtaine de gars triés sur le volet.

Voilà le noyau du 1er Choc qui arrive à Léopoldville, le 22 février 1965. Ils sont «beaux, professionnels, sûr» Le mercenaire de Denard loin d’être un Affreux, a de la gueule et de la prestance avec son béret rouge marqué de l’écusson para de la Légion, sa chemise et son pantalon kaki, ses chaussures basses, ses chaussettes noires et sa ceinture boucle dorée.

« J’ai refait ce que j’avais entrepris au Katanga mais en plus militaire. A Léo, nous avons été d’emblée le point de mire de tous ces gens, qui nous regardaient avec intérêt.»

Vingt! Bob veut multiplier par trois cet effectif dans un délai record.

Le fidèle Freddy se transporte à Bruxelles pour y prendre les affaires en main. Depuis que la Belgique n’envoie plus de plus de paras au Congo, elle ferme les yeux sur l’enrôlement de mercenaires belges pour Tschombé. Freddy n’est pas seul. Tous Les jours arrivent de Liège, de Namur ou de Charleroi des hommes qui frappent à la porte de l’ambassade du Congo, rue Marie-de-Bourgongne, à Bruxelles. Réputée fermée l’après-midi, elle s’ouvre pourtant à qui demande le bureau de l’attaché militaire, le major Nzabia, celui du major Bertrand, du commandant Lefèbvre ou de « M. Gottvriendt».

Celui-là n’est pas un visiteur ordinaire. Deux, trois fois par semaine, des mercenaires quittent Zaventem ou Paris pour Léopoldville où ils vont se battre pour Tschombé et le Congo, c’est illégal, mais que ne ferait pas la Belgique Pour plaire à M. T.? Bob se défie de ces enrôlements.

«L’ambassades n’était pas très regardante sur la qualité. Beaucoup, sans formation militaire, étaient attirés par le gain facile – l’équivalent de 5000 francs par mois -, ou ils croyaient faire un safari. Il y en a eu trop, beaucoup trop.» Bob, lui, choisit d’anciens sous-officiers para et d’autres, plus jeunes, qui n’ont pas moins de trois ans d’armée à leur actif, avec une prédilection marquée pour ceux qui s’engagent par idéal.

« J’ai toujours pensé qu’on ne devait pas accepter de se faire tuer simplement pour de l’argent.»

Le nouveau subit un interrogatoire de fond. Il doit «se mettre à poil moralement… Je veux savoir qui j’ai derrière et ce que le type a dans les tripes.»

À Léo, les volontaires de Denard trouvent d’emblée un état-major au complet, composé avec soin en moins de quinze jours, avec tous ses services: opérations, intendance, administration, renseignements et action psychologique». Pour ce service-là, Bob désigne Cardinal, mercenaire juriste, surnommé Monseigneur – un fin limier. Ses hommes, «ses guerriers», Bob ne laisse à personne d’autre le soin de les former. Ils n’iront pas au camp d’entraînement de Kamina, au Nord-Katanga, où passent les recrues de Hoare. Il en fera ici, sur place, le 1er Choc, les siens, presque une confrérie.

Il y avait de tout, bien sûr. Les garçons de café y étaient plus nombreux que les intellectuels, mais ce n’était pas des raclures de fond de tiroir. Des types à bagage universitaire, deux ou trois fils de généraux…. Beaucoup étaient des purs, et ils se battraient bien.»

Le 1er Choc ne se choisit pas, il se mérite. A propos de son fils, un général écrira un peu plus tard à Bob «C’est un garçon aux sentiments extrêmes qui a abandonné ses très brillantes études pour faire quelque chose qui corresponde à son idéal. Il a été très frappé par la perte de l’Algérie, et ses compatriotes veules et sans courage l’ont profondément dégouté. Il a choisi votre régiment sur sa réputation de cran et de courage. Je vous le répète: c’est un pur et il se battra bien.»

Pour conquérir cette réputation, pour être indiscutable, il faudra du travail, de l’allant, une discipline inexorable, Bob Denard est infatigable. Ses types il ne les cassera » pas, comme dans la Légion; il veut les séduire. Son style, c’est son exemple: un mélange d’enthousiasme et de rigueur, d’aventure et de principe. Qui ne s’y plie pas s’en va. Il se montre inflexible, veille au grain, relance Freddy, Bruxelles:

«Il me faut ces soixante-dix gars, et je les veux de haute trempe, J’en vide beaucoup ici, des indésirables, Tu auras leur liste: ne les reprends pas. Les autres piaffent d’impa¬tience, font des conneries, Je me montre intraitable Il faut aller vite car, à Léo, c’est un beau champ de foire, On a pris un bon départ, mais on fait des jaloux. Je ne veux pas de parade, pas de types honorés de grades imaginaires. Aucun grade avant le départ! Souviens-t’en. Sur cent cinquante volontaires, il me faut dix officiers, vingt sous-officiers et cent vingt soldats et non l’inverse!»

Freddy est confronté à toutes les difficultés: on lui dresse des embûches. Il se démène comme un diable, et dépêche à Bob soixante-dix mercenaires en deux mois. À quel prix! Les familles des «volontaires de Bob » sont visitées¬ par la police, leurs lettres sont ouvertes.

« Change de quartier, et s’il le faut, de pays, écrit le Patron. Entoure-toi d’une équipe solide – trois ou quatre gars; fais des rotations: dupe les autorités s’il le faut ! Diversifie les filières; regarde du côté de la France, de l’Espagne, de l’Allemagne.»

Freddy fait mouche, Arrivent à Léo, le 12 mars, trente mercenaires d’un coup – français pour deux cinquièmes, Belges pour un cinquième, un groupe de Grecs et de Hon¬grois, un Anglais et un seul «indésirable»! Mais Freddy paraît menacé. En haut lieu, on prêche l’harmonie, chacun semble recruter pour son compte, et un parti de Belges s’est juré de gripper, la belle mécanique de Denard. Mystérieusement renseignés, les journalistes font assaut de curiosité et les policiers de zèle.

Malgré cela, Bob réussit à obtenir de Mobutu, le 17 février, que Freddy soit reconnu comme seul patron de son recrutement.

« Les noms et adresses de tous les volontaires qui se présenteront à l’ambassade lui seront communiqués » précise le Général.

« Le retour des Affreux», voilà qui suscite l’ardeur de la presse. Les chiffres sont éloquents: le 18 janvier, deux cents mercenaires débarquent au Congo: le 27janvier, cent quatre vingts autres – sud-africains exclusivement (ceux-là sont pour Hoare).En France, L’Express du 1er mars fait tapage sur l’arrivée de Bob Denard, et ce journal gardera toujours l’œil rivé sur lui.

Le 20 avril, Denard est suspecté « d’un coup » à la Skozerny ; l’enlèvement de l’abbé Fulbert Youlou, ex-président du Congo-Brazza – et sur mandat de l’Élysée par-¬dessus le marché. On ne prête qu’aux riches! Bientôt, l’étau se resserre autour de Freddy, dans une atmosphère de roman noir, peuplée d’indiscrétions et de trahisons. Dans ce milieu terrible, les cadeaux sont rares. Freddy, Belge à la solde d’un Français, gêne ses compatriotes et doit être éliminé. La police le talonne. Veut-il se marier? Ce sera flanqué de deux inspecteurs comme témoins.

8 avril : « Je suis passé ce matin l’ambassade. Eh bien mon vieux Bob, c’est fait; je suis viré, licencié.

Indésirable ad nutum. »

“Le gouvernement belge m’avait prévenu qu’en cas d’indiscrétions il ne me couvrait plus, se souvient Freddy. Les autorités de Léo ont refusé alors de reconnaître que je recrutais pour eux. La porte du Congo s’est fermée pour moi, et je suis reparti au Yémen.

Victoire éphémère pour les Belges qui veulent saper Denard car, le 15 mars, le 1er Choc est prêt pour l’aventure. Commence alors « la pacification » du Nord et de la province orientale.

Sous ce terme pudique de pacification» se cache une entreprise.
L’offensive d’octobre-novembre 1964 achevée, les villes de Kindu, StanIeyville, Paulis reprises, l’ANC s’essouffle et n’avance plus. Au début de 1965, les Simbas s’accrochent solidement aux environs de StanIeyville interdisent l’accès aux Provinces du Nord-Est et celles de la région du lac Tanganyika; ils dominent de vastes territoires compris entre Stan, Bondo et Paulis, à l’extrêrne nord¬, ou entre Stan, Ponthierville et Kindu, plus au sud. Quarante pour cent du territoire et quatre millions de Congolais restent touchés par la rébellion.

Certes, l’ANC, en tenant les villes – aux notables exceptions, de Buta et d’Akéti, au nord, dans le territoire de l’Uélé -, interdit aux rebelles la réinstallation d’un gouvernement et la logistique nécessaire a une Opération d’envergure. Elle est sur la défensive depuis la mi-décembre. Chaque progression même légère, se traduit par les embuscades terribles des Simbas. On meurt beaucoup dans le Nord-Est, et le moral s’en ressent. Les frontières sont poreuses, et pour legs Simbas, armes et ravitaillement s’infiltrent depuis le Congo-Brazza, le lac Tanganyika, l’Ouganda, le Burundi, Sud-Soudan. Les otages ? Les libérés ne peuvent faire oublier les autres, toujours détenus en grand nombre dans les régions de Bondo et de Buta. Pour eux, l’ANC ne peut rien, et le temps passe. Hormis dans la cuvette centrale – la région de Boendi-Ikila – et le secteur de Kindu, on compte les morts et les déboires; on ne triomphe plus; on espère le second souffle.

Bob sait tout cela quand il arrive avec ses soixante-dix hommes StanIeyville, le 14 mars 1965. Le Choc ne restera qu’une semaine dans l’ancienne capitale de la rébellion, juste le temps d’une opération éclair sur Yangambi et Yanongé de l’autre côté du fleuve Congo, pour desserrer l’étau rebelle, soustraire un millier de paysans à son influence, récupérer onze véhicules et huit cents tonnes de caoutchouc et constater que les Simbas ont troqué leurs sagaies et leurs machettes contre des mitraillettes tchèques. A Yanongé, la carrière de Badjoki, le juge Simba anthropophage, est finie.

Le 29 mars, le 1er Choc est à Paulis, acheminé par des avions C 130 américains. Pauli, c’est la capitale de la province orientale, dont la population a été réduite de moitié par les tueries, la dévastation, l’exil dans la brousse. Le 1° Choc s’installe à l’hôtel Ngébé grand immeuble ravagé, à l’abandon.

Les paras de Mobutu, les unités katangaises, quadrillent les rues l’arme au poing. Parmi elles, le commando François, commando katangais de deux cents hommes. Bob veut se l’adjoindre, il connaît bien François Kapenda. Il a fait ses premières armes avec lui; et la guerre, puis le défilé d’Eville, le 11 juillet 1961, ont nourri une amitié indéfectible.
Les Katangais sont devenus le fer de lance de l’ANC, prétoriens dont Tschombé a fait une brigade à part, divisée en commando. Jusqu’alors, François a opéré avec Marc Gossens, un Belge sympathique, géant de deux mètres qui commande son propre groupe sous le contrôle administratif de l’état-major du 6e codo. Bob intégrera les deux, François et Gossens.
Marc est enchanté d’opérer en liaison avec Denard. Paulis fourmille d’officiers belges du 6e codo, qui encadrent par petits groupes les unités de l’ANC.

 


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