OPS Congo - Le 1 er Choc


 

Karl rayonne. C’est son œuvre. Il a placé de grands écusson du 1er Choc sur les wagons, court dans tous les sens, ranime les ardeurs.

« Il ne manque que le champagne – parce qu’on n’en a pas! »

Il a tout prévu et a placé à l’arrière un wagon chargé de rails de secours et un wagon-atelier. Sait-on jamais…

Le train creuse à travers la brousse, s’arrête pour une panne, une embuscade, un sondage des voies. Une épopée!

Entre Akéti et Buta, c’est parfait. Entre Buta et Paulis, ça se gâte: les rebelles ont dévissé les rails – mal, probablement, car on passe, grâce au poids du convoi, Plus loin, les rails sous la pression s’écartent, le conducteur croit à une embuscade et bloque la motrice, sèchement. Les wagons se couchent excepté les citernes de pétrole, Les mercenaires, armés, sont sur le qui-vive.

« C’est un miracle que les rebelles n’attaquent pas. Ils sont probablement très démunis ».

Durant trois semaines, on transvase, « Les ouvriers congolais sont formidables. Pour eux, ce n’est pas une catastrophe, pour moi, c’est un désastre; pour Karl, l’anéantissement. On veut s’en mêler, puis on finit par les laisser faire. Ils décrochent tout, se servent des rails de derrière, qu’ils posent A l’avant, puis on repart au pas! À Paulis, c’est un vrai triomphe pour ce premier train qui arrive depuis un an. »

Les trains, baptisés Charly one et Charly two sont devenus la colonne vertébrale de la relance économique de la région, donc de la vie, de la nourriture et des soins, du pain et des remèdes.

Les hôpitaux constituent une arme décisive de la pacification. Les Simbas, sans doute forts de leur invulnérabilité, les avaient détruits. Les médecins blancs ont fui, laissant sur place le matériel et leurs assistants noirs, et ces Noirs continuent d’opérer, sous la direction du toubib espagnol du 1er Choc, le Dr Redondo !

– Mon colonel, c’est la catastrophe!

– Mais non, toubib, Regardez-les. Ces types ont appris sur le tas par contagion, en assistant vos confrères. Ils opèrent intuitivement.

– Colonel, l’anesthésie pose un vrai problème. Soit le patient se réveille au beau milieu de l’opération, soit il ne se réveille pas.

Les médecins blancs tarderont à revenir, mais pas les commerçants grecs ou portugais, qui accourent sans se faire prier. Ceux-là savent tout faire; marchands géniaux,, ils font de l’argent à partir de rien, se métamorphosent en planteurs, relancent la culture du coton et du café, flanqués d’ex-Simbas ralliés par centaines, civilement reconvertis sous la houlette de tuteurs choisis parmi les mercenaires.

D’entrée, Bob a proclamé: « Chaque chef de zone aura dans son secteur des plantations abandonnées depuis un certain temps. Il devra les remettre sur pied, nettoyer, planter, produire. Dans l’attente des premiers rendements, on vivra de l’assistance américaine. On se nourrira, et on nourrira les populations. Elles se rallieront. »

Qui mange s’apaise. «Major Bobo» sillonne son secteur, increvable : « Je cours de village en village et je prêche le travail, qui sauvera le Congo. »

La situation est épouvantable. La rébellion, stabilisée, présente des frontières confuses, un front bizarre, qui, à StanIeyville, passe par la rive gauche du fleuve, d Uvira, au-delà du quartier commerçant, partout, quelque part dans la forêt, la savane. La zone « pacifiée « se confond avec l’ « insécuritaire », immense no man’s land où marchent les hommes de guerre – un millier environ dans l’Est et dans le Nord, pour l’équivalent de 5 000 francs par mois, payés très en retard ou pas du tout.

Ils savent qu’on parle d’eux comme d’un groupe effrayant et pittoresque, qu’on les appelle soldats ou tueurs à gages, repris de justice, romantiques à la défense de l’Occident blanc, névrosés du racisme, du combat et de la mort, mais aussi qu’on respecte leur courage.

Combien sont morts ou vont mourir? Nul ne le sait Bob a perdu trente camarades en quatre mois. D’urgence, il lui faut du plasma, des antibiotiques. Sous ces climats, la moindre blessure, une coupure, une petite hémorragie, une fièvre peuvent être fatale. Le pays est exsangue. Dans les trente, petits enfants meurent chaque semaine, et en brousse, sûrement davantage. Bob Denard, patron de fait, responsable absolu, d’une main de fer châtie l’anarchie, l’exaction, sans auditeur militaire, flanqué du seul Cardinal, le « juriste-mercenaire et de l’autre main protège, tout à la fois seigneur et juge.

Officiellement, il est responsable civil et militaire pour toute la région des Uélés. II fait son travail sans tapage, écarte les importuns, dissuade les écrivaillons.

« Si, au sein du corps des mercenaires servant dans les rangs de l’ANC, il existe des hommes conscients de leur devoir et qui font de grands sacrifices. Ceux-là ne peuvent pas être payés, serait-ce à prix d’or. »

Le 19 octobre 1965, il a noté, lapidaire, dans son journal de bord : « Malaise civile et militaire subite au départ du premier ministre, Moïse Tschombé. » Ça ne va pas bien entre le président Kasavubu el son Premier ministre. Le danger de la rébellion diminuant, à Léo le pouvoir se déchire. Le 13 octobre, Kasavubu à réuni le Parlement, destitué Tschombé, qu’il accuse de vouloir démembrer le Congo, et sommé à sa place Evariste Kimba.

C’est sur le rôle des mercenaires et des conseillers étrangers de Tschombé. sur l’image négative du Congo, que porte la vraie querelles L’autoritarisme de M. T. l’a desservi auprès des politiciens avides. sur lesquels s’appuie Kasavubu. Or Tschombé semble pouvoir compter sur les mercenaires, sur ses gendarmes katangais – ses prétoriens – et sur certains groupes de pression belges et américains.

Vite, on verse dans le comique : le Parlement rétablit Tschombé: Kasavubu le redestitue et réinvestit Kimba. Mobutu observe et se tait. Une fos, Kimba définitivement en selle, s’annoncent le rapprochement avec les pays non alignés d’Afrique, la remise en cause de la présence mercenaire et le début d’une tentative de conciliation avec les rebelles.

Les militaires n’aiment pas cela. Le 24 novembre, un an jour pour jour après la reprise de Stanleyville, les chefs de l’armée passent à Pacte « devant le chao grandissant » Mobutu chasse Kasavubu et remplace Kimba par son fidèle Mulamba. Tschombé, dans son coin, se réjouit pour rien; il ne sera pas rappelé. Le Congo s’est trouvé un nouveau sauveur.

Peu de temps avant. Mobutu, prudemment a dépêché Mulumba à Stan, auprès des chefs mercenaires réunis, et il les a alertés de la menace que représentent pour eux Kasa¬vubu et Kimba. Les mercenaires respectent Mulamba, un des meilleurs officiers de l’armée, et entendent le message, Sans doute gardent-ils, comme Bob, de l’estime pour Tschombé: mais ils ne font pas de politique. « Tschombé, se souvient Bobs avait contre lui d’être katangais, un mélange d’aura et de handicap! « Mulamba a pris Bob à part. Le Français a sous ses ordres plus de ont Cent cinquante mercenaires et un millier de katangais.

– Major, Il y en a assez de cette anarchie. Nous nous faisons la guerre, puis les politiciens font des sottises et c’est nous qui payons.

– Moi, mon général, répond Denard, je suis un soldat. Si le général Mobutu fait cela, sans doute a-t-il de bonnes raisons.

– Pour vous, rien ne changera, vous êtes tous ensemble, le fer de lance de la pacification. Mobutu ne vous lâchera pas, reprend Mulamba.

Nul doute que Mulamba ait prodigué la même argumentation à Schramme, a Hoare, à Taverniers.

Ces magouilles politiques étaient presque étrangères, se souvient Bob; elles nous gênaient tous. »

Mobutu soigne les mercenaires. Un mois avant le coup d’état, il a donné l’odre de porter à huit cents hommes l’effectif du 6e codo, ce qui implique dereprendre trois cents mercenaires, dont cent cinquante seront récupérés par Roger Bruni Ainsi Denard et lui peuvent-ils renforcer le 1er Choc. En outre, s’il faut deux mois pour chasser Vandewalle, le protschombéen, du quartier général de Léo et placer auprès du nouveau commandant en chef de l’ANC, Bobozo, le général belge Delperdange, il suffit de six jours pour ôter Lamouline et son adjoint Protin de la tête du 6e codo. Le bénéfice de cette opération est Bob Denard. Qu’il ait été le premier visité par Mulamba ne doit pas étonner.

« Sans doute ne souhaitait-on pas me voir basculer du côté de Tschombé.

Le 1er décembre 1965, voici le major Denard intronisé commandant du 6e codo.

– Avec tout pouvoir pour en redresser la désastreuse situation, précise Bobozo, Commandant par intérim.

Cette restriction – le fait de l’entourage belge de Mobutu, et en particulier du fameux major Pauwis – ne le surprend pas. « Il ne m’a jamais dit qu’il ne m’aimait pas. Ce sont les autres qui le disent. Mais je ne fais pas attention aux ragots. »

– Par intérim? Alors, c’est non, réplique Bob. Si vous voulez voue servir de moi, j’ai mon groupe, mon expérience ; je crois faire du bon boulot. À vous d’en décider.

– C’est dit. Vous commanderez le 6e comme lieutenant-colonel.

Faut-il qu’il soit « incontournable ». Si beaucoup de conseillers belges saut alors évincés, c’est semble-t-il, de son plein gré que Hoare a regagné maison de Durban, en Afrique du Sud. « Je n’avais pas d’atomes crochus avec lui, mais je reconnais qu’il est très respecté par ses hommes. »

En aura-t-il davantage avec son successeur John Peters ?


Journal du 1 er Choc

« Commentaires autour du Journal de Marche du 1er Choc »

Malgré un grand nombre d’articles et de livres, de nombreux anciens du 1er Choc n’ont pas vraiment retrouvé ce qu’ils avaient vécu au Congo. Certains ont écrit n’importe quoi sur ce sujet.

Dans un souci d’honnêteté intellectuelle, à partir de leurs souvenirs, de quelques photos et de documents retrouvés dans les malles du « Vieux », ils ont essayé de comprendre ce qu’ils avaient fait, en espérant être le plus près possible de la vérité.Ils ont écrit « Commentaires autour du Journal de Marche du 1er Choc ».

Ce n’est pas pour dire qu’ils étaient les plus beaux et les plus courageux, mais simplement pour témoigner. Tout lecteur de ce document, qui aurait des informations complémentaires ou des mises au point à faire sera le bienvenu. Pour cela qu’il contacte le bureau d’OPN.

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