OPS Congo - Témoignage JC Lapontérique


 

DENARD avait fait avancer la colonne 5km plus loin pour pouvoir trouver un emplacement assez vaste, car l’hélicoptère appelé par radio n’allait pas tarder. Nous avions du défricher tout un coin de brousse à la machette en l’espace de 15 minutes. Ce jour là, j’avais perdu ma casquette sous l’effet des pales de l’hélico et j’ai du rester tête nue sous ce soleil qui était très dur à supporter, tout le reste de l’opération (j’appris à mon retour à PAULIS que le belge Harry était mort). Nous étions restés dans le même coin pour y passer la nuit. Vers les 5h du matin au lever du jour, DENARD, COUKE et CLEMENT étaient venus voir si quelqu’un pouvait prendre la place de tirailleur sur jeep. Il y avait d’autres places à remplacer car il y a eu aussi des blessés. FREDDY me proposa à DENARD et j’ai donc pris armes et bagages pour rejoindre ma jeep. Le départ en destination de GAO était imminent, à 6h donc la colonne s’est mise en marche et nous avions roulé sans encombres jusqu’à 8h ou nous étions à 5km de GAO.

Notre jeep se trouvait en troisième position d’après l’ordre de départ, la première position change chaque jour. Nous avons reçu toute la poussière rouge que soulevaient les premières jeeps, nous étions méconnaissables, même nos armes étaient rouges de terre, mais elles ont toujours bien fonctionnées, Ah ces FAL ! DENARD nous avait dit que l’arrêt de la colonne de ferait à 2km avant la ville, les rebelles aussi y avaient pensé car à 3 ou 4km de GAO les premiers tirs sont partis; ils avaient installés des mitrailleuses lourdes et des bazookas dans des endroits stratégiques. Toutes les roquettes étaient passées devant les premières jeeps pour aller exploser au milieu de la colonne, les tirs de mitrailleuses étaient eux aussi mal dirigés, heureusement.

Le gros paquet ce fut dans GAO même, ils avaient bien préparés le coup. La première jeep conduite par BEAUCOURT avait évité tous les tirs ainsi que ma jeep conduite par RAMIREZ qui hurlait en même temps des insultes en espagnol. J’avais tiré deux bandes sur le nid de bazookas qui était à ma droite, enfin cela avait duré 10 minutes, la voltige avait aussitôt progressé vers GAO et les avions étaient déjà au rendez-vous. En examinant bien l’endroit, j’avais pu constater que les rebelles étaient bien placés pour anéantir la tête de colonne, mais soit par peur ou par maladresse, ils n’ont pu rien faire et beaucoup ont laissé leur peau. En fait, ce n’était qu’un hors d’oeuvre. La voltige avançait toujours vers l’entrée du village, en tête il y avait la section de RICHARD, un américain de Los Angeles qui était secondé par son compatriote JOHNSON et la section de CLEMENT

Les premiers bâtiments en entrant dans GAO étaient des hangars et quelques maisons délabrées. Lorsque RICHARD et ses hommes arrivèrent en vue, il y eu un feu d’enfer dirigé sur la colonne. Les rebelles, environ 500, avaient placé une mitrailleuse en bonne position qui tirait dans un grand angle. Pour la faire taire, il fallait se montrer. RICHARD avait décidé de s’en occuper, il dégoupille une grenade et il s’est lancé à l’assaut de la mitrailleuse, il n’a pu faire que trois pas touché au ventre et en tombant sa grenade lui explose dans les tripes. C’est ce que m’a rapporté un camarade de sa section car je n’étais pas à coté de lui pour ces précisions. Il n’était pas beau à voir lorsque nous l’avons mis dans une bâche.

La fusillade n’avait pas cessé pour autant, les rebelles étaient partout et nous devions tirer au canon 75, au mortier de 60 et 80 de MARTIN ainsi qu’au lance-grenades. Pour ma part, avec ma section nous étions bloqués face à la gare ou se trouvait les nids de mitrailleuses. Les deux chasseurs T6 au-dessus de nous n’arrêtaient pas de bombarder aux roquettes les positions rebelles et de les mitrailler. Au bout de 2 heures de feu, il y avait tellement de fumée et de flammes partout qu’on ne pouvait se voir à 10 mètres. Au total, il nous avait fallu 4h de feu pour prendre GAO et il était 15h quand les véhicules purent avancer à travers le village.

Nous avions tellement soif que nous étions accrochés après chaque trous des réservoirs d’eau de la gare qui avaient été faits par les rafales. Pour boire le peu qu’il restait, on prenait des risques car il restait encore des rebelles dans le coin. DENARD avait fait avancer toute la colonne jusqu’à l’autre bout du village. Au cours de cet accrochage, nous avions eu 2 morts et 5 blessés graves que l’hélico était venu chercher vers 17h. Au crépuscule, GAO fumait encore, avec le soleil couchant sur ses ruines cela donnait un spectacle d’apocalypse. Le bilan de cette journée avait été d’une centaine de rebelles tués sans compter ceux qui sont morts en pleine brousse par l’aviation ou les tirs de mortiers et beaucoup d’armes récupérées. Après avoir fait notre nettoyage d’armes, nous avons pu manger nos rations américaines qui n’étaient pas très fameuses à part la boite de pêches au sirop, le café et les chewing-gums.

Le lendemain matin, nous étions repartis à 3h, bien avant le lever du jour en direction de MUNGBERE. Nous avions laissé pour garder GAO une cinquantaine de soldats congolais que l’on avait pris avec nous dans cette intention.

Le soldat congolais ne sait pas se battre comme le soldat katangais qui est un guerrier de naissance et surtout n’a pas peur, aussi au 1er Choc, c’était l’élite des Katangais que DENARD avait voulu.

Nous étions toujours en direction MUNGBERE, notre jeep était en second (sur chaque jeep, il y a 4 voltigeurs assis sur les cotés prêts à bondir). D’un coté nous n’avions pas trop de poussières, il y avait juste la jeep de devant, mais par contre, il fallait ouvrir l’oeil à chaque virages, à chaque tournants, à chaque ponts, à chaque petits villages traversés, souvent déserts, faire attention à la piste si les rebelles n’avaient pas fait de trou d’éléphant (un trou d’éléphant est un grand trou d’une profondeur assez grande pour engloutir une jeep et recouvert de branchages et de terre de manière que nous ne puissions pas nous en apercevoir).

La veille au soir quand j’ai appris que ce serait mon tour avec RAMIREZ de passer devant, nous n’avions pas très bien dormi. D’après les renseignements obtenus, il y avait près de 1.000 rebelles qui nous attendaient. Nous roulions toujours en tête avec quelques tirs préalables avant chaque virage. La jeep conduite par RAMIREZ Del CONGO (c’est moi qui l’avais surnommé comme ça), un espagnol qui avait fait la guerre d’Espagne ou du moins y avait participé, quand il était très jeune, ce qui ne l’avait pas arrangé. Il était un des plus vieux du 1er Choc et moi j’étais un des plus jeunes si ce n’est le plus jeune : 22 ans. A chaque virage de la piste, il s’affolait de me voir calme et bien souvent, j’envoyais quelques rafales dans la brousse pour lui faire plaisir et surtout pour ne pas l’entendre gueuler.

Nous étions arrivés à MUNGBERE vers les 8h du matin sans avoir eu de sérieux accrochages, mais nous avions eu droit aux trous d’éléphant et aussi à des barrages d’arbres géants couchés en travers de la piste, tout cela pour freiner notre progression. Dès l’entrée dans la ville, DENARD nous avait ordonné de tirer sur les premières maisons et sur tout qui paraissait suspect. Tout en tirant, nous nous étions retrouvés au milieu de la ville abandonnée. Nous avons de suite occupé la gare qui était importante et les bâtiments administratifs.

Cette ville qui la veille était encore habitée, preuve par l’aviation et bien, il n’y avait pas un chat à notre arrivée, la seule bête dans MUNGBERE était une poule que Bill APERCE s’était empressé de courser et sur laquelle nous nous étions cassés les dents en la mangeant, elle devait bien faire son âge. Pendant que nous étions en train de patrouiller à pied aux limites de la ville, DENARD et COUKE s’étaient occupés d’un stock de fûts d’essence et de mazout assez important, abandonné par les rebelles. Nous étions restés 3 jours à MUNGBERE, cela nous avait permis de nous reposer, Roger BRUNI était passé chef de la voltige en remplacement de l’américain RICHARD. Dans sa section, il y avait Italo ZAMBON Italo , FREDDY, CHIESA, SPEKEART, Bill APERCE, BLIN, PERRIN, BROKAÏ, TUSKES, WIECK… (Pardon pour les camarades dont j’ai oublié le nom). J’ai rejoins la voltige à PAULIS, juste après cette opération.

Départ le matin du 11 Avril en direction de WAMBA. Nous avions roulé sans encombres jusqu’au km 100 ou nous sommes tombés dans une embuscade maison. Une fusillade qui a duré près d’une heure et nous avions eu un seul blessé, le commandant DENARD s’est cassé une jambe quand sa jeep est rentrée dans un fossé. Sur notre route, il y avait une mission catholique abandonnée depuis 5 ans dont les rebelles en avait fait leur QG. C’était un petit bijou avec deux grandes flèches dominant la brousse et construite en brique rouge. Quel étonnement de voir un chef d’oeuvre pareil au beau milieu de cette foret vierge. Nous n’avons pas pu nous en approcher de suite, car dans une flèche, des rebelles étaient installés et nous ont canardés.

JANSSENS et son 75mm avait réussi à faire taire ces enfoirés. Avec tout ça, la base de la flèche avait trinquée. Enfin, nous avions pris position autour de la mission à fin d’attendre l’arrivée de l’hélico prévu pour le lendemain matin et qui devait prendre DENARD qui, avec en plus de sa jambe, avait une fièvre de cheval. Vers les 18h, l’aumônier avait fait passer le mot sur les positions qu’il donnait une messe pour les morts du 1er Choc. L’aumônier célébrait sa messe parmi les décombres et les gravats. Nous n’étions pas tellement croyants, j’y avais été simplement par respect des camarades morts et blessés depuis le départ de l’opération. Le lendemain matin, il nous fallait repartir, alors nous avions profité pour fouiller toutes les maisons et paillotes environnantes. Avec RAMIREZ…, j’avais trouvé deux grandes défenses d’éléphant, il fallait nous mettre à deux pour les accrocher sur les cotés de la jeep.

En ce 13 Avril, nous étions partis à 7h du matin pour prendre la ville de WAMBA, le PC des rebelles. Nous avions roulé pendant 80km et nous n’étions plus très loin lorsqu’à 10km de la ville, les rebelles bien placés, nous ont tendu une terrible embuscade qui prenait toute la longueur de la colonne, face à une brousse épaisse où il était difficile de discerner les départs de la fusillade. Il devait y avoir en face quelques centaines de rebelles très bien entraînés (confirmation les jours suivants). Nous avions eu près de 2h de feu et il y a eu simplement un blessé katangais et un mort civil qui était avec nous, pour rejoindre sa ville qu’il avait fui quelques temps auparavant.

Le capitaine PIRET avait remplacé DENARD comme commandant de la colonne, il parlait les deux dialectes congolais, c’est pour cela qu’il se faisait respecter de tous les noirs et puis aussi c’était un bon capitaine. Alors que nous étions en tête avec notre jeep, PIRET passa devant nous pour rentrer dans WAMBA désert. J’appris par la suite qu’il connaissait bien cette ville. Nous avons foncé dans la ville toute en vidant les chargeurs malgré la poussière rouge qui nous collait aux yeux et aux vêtements. Le gouvernement de LEO attendait depuis 3 ans la prise de cette ville importante dans ce nord-est. Nous avons ensuite pris position autour de la ville juste devant la brousse qui l’entourait. Peu avant la tombée de la nuit, MARTIN et ses mortiers arrosa tout le voisinage pour que nous puissions être tranquilles.

Le lendemain matin, il fallait d’urgence avec une scie mécanique faire tomber une bonne partie des arbres de la place principale car l’hélico allait venir. Aussitôt dit, aussitôt fait et cela fut même facile car tout le monde voulait scier pour entretenir la forme. L’hélico se posa et le colonel LAMOULINE descendit avec le capitaine BOTTU.

Le colonel nous félicita car cela faisait très longtemps que les rebelles détenaient la ville et aucun groupe n’avait pu la reprendre. Une heure après, l’hélico repartit laissant BOTTU pour nous commander. Nous n’étions pas très contents, car il n’était pas apprécié au 1er Choc, manque d’expérience au Congo. Nous faisions tous la grimace car certains officiers du 1er Choc étaient de beaucoup supérieurs à ce belge, issu quand même des paras-commandos. Ce qui nous préoccupait le plus était la nourriture, nous n’avions plus rien à manger et nous attendions les vivres promit par le colonel pour l’après-midi.

Comme convenu, un DC3 est venu nous larguer en plusieurs passages des sacs de riz et des munitions et aussi des tas de morues séchées ainsi que le courrier. Le soir dans WAMBA, on se serait cru au bord de la mer, on sentait le poisson dans toute la ville. Ce soir là, j’avais rasé ma tête complètement. Au soir du deuxième jour, un groupe (une partie de la section BRUNI et une partie de la section CLEMENT) était parti dans la brousse se mettre en embuscade à quelques kilomètres de la ville. Une fois installés à proximité d’une piste, nous avons pu observer une vingtaine de rebelles s’avançant lentement à la file indienne; nous étions très bien placés pour les anéantir. Il y eu une courte fusillade et tous les rebelles sans exception sont tombés, nous revenions tous avec une arme chinoise à la bretelle.

Nous étions restés 6 jours à WAMBA, laissant sur place pour garder la ville une centaine de soldats congolais et 6 experts volontaires de PIRET, car les civils commençaient à revenir. La veille de partir, les katangais de PIRET capturèrent un rebelle et le firent parler …

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Ce jour du 20 Avril, nous sommes partis de WAMBA vers les 6h du matin en direction de PAULIS qui était distant environ de 180km. Nous avions du nous arrêter au bout de 50km, les rebelles avaient fait tomber des arbres géants en travers de la piste sur près d’1km. C’est un GMC grue qui d’ordinaire sert à remorquer les véhicules en panne et qui se tient en général en fin de colonne, qui devait dégager la piste… Alors pour le faire passer devant, bonjour !!! La piste à peine assez large pour un camion, et une brousse tellement dense sur les cotés, nous nous sommes amusés ce jour là avec tous les autres véhicules de la colonne mis dans des positons incroyables. La colonne de retour était quand même plus légère. Une fois les arbres dégagés, certains étaient vraiment géants, plus d’un mètre de diamètre, nous avions roulé difficilement, car les jeeps et les camions étaient à bout de souffle, les plus costauds remorquaient les autres. Au bout de 600km de piste depuis le départ, avec le soleil, la pluie et la boue, les moteurs étaient fatigués et cela n’arrangeait pas nos affaires, car nous étions encore loin de PAULIS et en pleine zone rebelle. Mais BOUQUET faisait un travail énorme sur les moteurs des véhicules surtout quand il était à jeun !! Comme notre vitesse de croisière était lente, nous avions donc du nous arrêter pour la nuit à 80km de PAULIS. Nous étions repartis vers PAULIS à 8h du matin pour la dernière étape qui nous restait à faire, sur une piste détrempée, la saison des pluies commençait dans le coin et cela voulait dire : véhicules embourbés.

Nous roulions depuis 4h environ lorsque vers le km 30 de PAULIS dans un virage, deux jeunes rebelles porteurs de bazookas chinois tirèrent en même temps sur la jeep de tête à bout portant. La première jeep reçut une roquette de plein fouet, il y avait 4 français deux ont été tués sur le coup et les deux autres blessés gravement, dont le lieutenant CLEMENT. Notre jeep qui était en troisième position avait eu beaucoup de chance, comme nous tenions nos distances, la seconde roquette a frôlé tout le monde. Les rebelles ont été tués par la voltige de la seconde jeep. Après cette embuscade, nous avons repris la piste et roulé plus vite mais nous avons encore eu une autre embuscade 10km plus loin et celle-ci allait durer près d’une heure sans trop de bobos. Le Dodge radio et une jeep partirent devant à toute vitesse pour tenter de sauver les blessés qui perdaient leur sang, il ne restait plus que 5km avant PAULIS. Enfin PAULIS était en vue, nous sommes arrivés vers les 15h et toute la population s’était massée au bord des rues pour nous acclamer. Nous étions tellement fatigués que nous ne faisions guère attention. Quand toute la colonne stoppa devant notre QG, nous avons regagné nos chambres à toute vitesse pour prendre un bain tiède, l’eau chaude n’existait pas, et puis avec la chaleur qu’il y a, on ne risque pas d’attraper froid. Attention, il fallait être rapide, car il y avait une baignoire pour trois et l’eau était rationnée. Après avoir soupé, nous nous sommes couchés de bonne heure, fatigués et nerveux; ce soir là, il n’y a pas eu d’alcool ni de tchick-tchick…

Le lendemain, DENARD avec une canne (jambe cassée) nous appris que les deux chasseurs T6 qui nous avaient escorté et surtout bien appuyé dans cette opération, n’étaient pas rentrés à STAN; ils furent abattus par les rebelles, certainement par une 12.7mm. L’un des pilotes a pu revenir à PAULIS 15 jours après en marchant la nuit et se cachant le jour. Nous avions passé 3 jours à nettoyer toutes les armes le matin, l’après-midi.


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