OPS Congo – Echec à l’Armée Populaire de Libération

Les studios photographiques de la ville ne chômaient pas, car les Simba adoraient se faire photographier pour la postérité, tel le major BUBU qui avait revêtu une tenue de commando toute neuve pour l’occasion. C’était un Ankusu sourd et muet originaire de la même région que Gaston SOUMIALOT à qui il servait comme garde du corps.

Toutes les occasions étaient bonnes aux Simba pour parader à Stanleyville en bataillons serrés, applaudis par la même population qui avait acclamé Moïse TSHOMBE le 26 juillet. Les invincibles Simba défilaient en uniformes ou en vêtements civils décorés de feuilles de palmier. Ils étaient coiffés de toques en peau d’animal (peau de civette ou peau de singe), de casquettes ou de bérets de l’ANC et ils marchaient chaussés de sandales ou de brodequins militaires, précédés par la musique militaire de l’ex-3ème Groupement de l’ANC. Ils étaient suivis des guerriers bardés d’armes coutumières, des femmes lumumbistes casquées de bleu qui brandissaient des pancartes, des femmes nationalistes et des « Jeunesses » en vêtements civils qui marchaient pieds nus et portaient sur l’épaule un bâton en guise de fusil. Ils chantaient en swahili : « Congo ilipotea, sasa anarudia » (Le Congo était foutu, maintenant il est réparé).

Peu avant son départ en campagne vers Bukavu, le lieutenant général OLENGA installa le gouvernement révolutionnaire provincial d’Alphonse KINGISI, grand dignitaire du Kitawala. Le dimanche 16 août, KINGISI fit égorger une douzaine d’opposants devant le monument Lumumba, dont des officiers de l’ANC et le directeur du Bureau provincial de la Sûreté. Les massacres devant le monument se poursuivirent pendant cinq jours et coûtèrent la vie à 300 personnes. Des centaines d’exécutions eurent lieu au stade et au pont de la Tshopo. Pour assurer sa popularité, KINGISI décréta que les commerçants de Stanleyville devaient remettre en application les prix de 1960 dans leur magasin, ce qui ruina le commerce. Des armes furent distribuées aux « Jeunesses MNC/L » qui se répandirent dans les communes africaines et plusieurs habitants furent tués par esprit de vengeance.

Le 13 août 1964, le lieutenant général OLENGA rejoignit son QG d’Ops Kindu avec une colonne de renforts. Le charroi nécessaire à l’offensive « Ops Bukavu » fut réquisitionné aux sociétés minières et aux firmes de transport. Le commandant en chef de l’APL présenta ses troupes à Gaston SOUMIALOT venu en train CFL d’Albertville et le lendemain, ils rendirent un hommage au monument de Patrice Lumumba pendant que l’orchestre militaire jouait des airs martiaux, puis ils passèrent les forces de l’Opération Bukavu en revue. Elles se composaient de troupes d’assaut Simba (lion), de troupes d’occupation Nyoka (serpent), des Kifakio, balayeurs chargés des exécutions et des sorciers chargés de dispenser le « bain magique » pour la bataille.

Après avoir assisté au défilé militaire devant la population de Kindu, le général OLENGA se rendit chez la sorcière Mama Marie ONEMA pour écouter ses prophéties qui lui permettaient de fanatiser ses combattants. Pendant son absence de Stanleyville, il avait confié le commandement de l’APL à son adjoint le colonel OPEPE.

C’était un ancien sous-officier du 5ème bataillon d’Infanterie formé à l’école centrale de la Force Publique à Luluabourg qui avait été promu au grade d’officier en juillet 1960. En 1961, alors que le gouvernement sécessionniste d’Antoine GIZENGA régnait sur la Province Orientale, Joseph OPEPE s’était acquis une grande renommée en tant que chef d’EM du 3ème Groupement ANC commandé par le général LUNDULA.

Cet officier avait été écarté de l’Armée Nationale Congolaise en 1962 lors du ralliement du général LUNDULA au gouvernement central. Un de ses principaux rivaux était le major KAMPIPA qui commandait le 18ème Bn commando de choc et qui avait reçu le commandement par intérim du 3ème Groupement lors du départ du Col. MULAMBA pour Bukavu en mai 1964. Il avait rejoint le camp de la rébellion comme la plupart de ses collègues, mais il n’avait pu obtenir le commandement du 3ème Groupement qu’il ambitionnait comme fruit de sa trahison.

Joseph OPEPE réquisitionna une chambre à l’hôtel des Chutes et il se mit à l’oeuvre pour transformer le camp Ketele en centre de recrutement de l’APL. Aucun comité de sélection n’y faisait l’évaluation des candidats à l’engagement et on engageait des volontaires de tous les âges avec une préférence pour les adolescents qui sont plus malléables. Des femmes libres en quête de clients peuplaient les alentours du camp où il régnait une sorte d’euphorie révolutionnaire et anarchiste. Près de 3000 jeunes engagés dans les rangs de l’armée rebelle par soif d’aventure ou pour la solde y étaient cantonnés, tandis que le camp militaire de la rive gauche accueillait 1500 volontaires. Les candidats Simba recevaient une instruction militaire de base et prêtaient serment après une cérémonie d’initiation : une incision leur était faite entre les deux yeux et trois autres sur la poitrine (ces tatouages se retournèrent contre eux, car c’était un moyen infaillible d’identifier un rebelle capturé). Ils étaient déclarés bons pour le service de guerre et recevaient une prime d’engagement de 3.000 Francs Congolais et une solde mensuelle de 6.000 Francs Congolais.

A la mémoire du Colonel Denard
et des hommes qui ont servi sous ses ordres

A la mémoire du Colonel Denard
et des hommes qui ont servi sous ses ordres

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