OPS Congo – L’appui aérien aux opérations de reconquête


 

Coup d’état militaire

Une centaine d’otages restait aux mains des rebelles à Bondo et le QG/ANC du mont Stanley à Léopoldville décida de lancer une opération terrestre à partir de Paulis. Le Lieutenant Colonel LAMOULINE proposa une opération parachutée avec une centaine de volontaires européens et congolais et le 13 août 1965, son adjoint André BOTTU fut convoqué au QG/ANC pour la mettre en œuvre.

Cette opération, baptisée « Arc en ciel » nécessitait d’importants moyens aériens, dont six C-47, deux B-26K, deux T-28 et un hélicoptère Bell 47. Certains des parachutistes européens n’avaient plus sauté depuis leur départ de l’armée et le Major israelien SASSON supervisa l’entraînement au saut qui se déroula du 26 août au 5 septembre à Baka avec deux bimoteurs de la FATAC.

Dès le départ de l’opération le 12 septembre, un appareil observerait la météo sur l’objectif et donnerait le « GO » aux six avions de transport transportant le groupe Cobra qui partirait de Buta. Le saut opérationnel était prévu à 650 pieds et il disposerait d’un appui aérien sur la DZ, tandis qu’une colonne du 1er choc devait le rejoindre par la route.

A la fin de l’entraînement à Baka, le chef du groupe Cobra apprit que l’opération était annulée et qu’il devait se rendre à Bukavu pour opérer contre les rebelles de la Ruzizi.

Dès le 6 septembre, il participa à une opération qui se déroula dans la vallée pour repousser les rebelles vers le secteur d’Ops Sud. Le groupe Cobra pouvait compter sur l’appui du détachement de T-28D du Capitaine BRACCO qui avait été déplacé de Paulis à Goma.

En mars 1965, un expert de l’US Navy attaché à l ‘ambassade américaine de Léopoldville se rendit à Albertville dans le but d’y établir une base navale qui contrôlerait le lac Tanganyika et permettrait d’exercer une pression, non seulement sur les maquisards, mais également sur les pays qui les aidaient.

Peu après, des vedettes en fibre de verre furent livrées par C-130, suivies quelques temps plus tard par des patrouilleurs « Swift » pesant près de dix tonnes. Ces patrouilleurs étaient trop longs (près de vingt mètres) pour pouvoir prendre place dans les C-130 et l’agent de la CIA Ed WILSON eut l’idée de les découper en trois parties pour être amenée en avion à Albertville.

En juin 1965, le bataillon Katchoka, composé de tutsi ruandais et commandé par Idelphonse MUDANDI, fut engagé contre la garnison ANC de Bendera défendant la centrale électrique qui ravitaillait Albertville. L’attaque fut un échec et coûta une vingtaine de tués aux guérrilleros tutsi, ainsi que quatre des Barbudos envoyés par Fidel CASTRO au Congo. Sur le cadavre de l’un d’eux, des documents furent trouvé, dont un agenda écrit en espagnol et la CIA fut alertée, car ils prouvaient la présence de dizaines de techniciens cubains aux bords du lac Tanganyka.

S’ajoutant aux renseignements reçus de diverses sources et aux tactiques de guérilla pratiquées par les Simba de ce secteur, la présence de ces Barbudos que l’on supposaient commandés par Chè GUEVARA, envoyés par Fidel CASTRO pour instruire et aider les Simba, mit la CIA sur les dents.

Une grande partie des moyens aériens fut rassemblée à Albertville et l’opération « Banzi » fut planifiée et mise en œuvre par le Lieutenant Colonel HARDENNE, chef d’EM du QG/Ops Sud commandé par le Lieutenant Colonel Eustache KAKUDJI. Le but de cette opération était de liquider la menace représentée par les maquis rebelle du lac Tanganiyka, auxquels Laurent-Désiré KABILA, replié en Tanzanie en tant que commandant de la section de l’est de l’APL promettait de l’aide et de chasser du Congo les Barbudos de Chè GUEVARA.

Un major américain des Special Forces fut chargé de diriger à Albertville un groupe aéronaval du WIGMO équipé du navire MS « Urundi », cargo du CFL réquisitionné, et du MS «Président Ermens » ex-IRSAC armé de mitrailleuses .50 et d’un canon SR de 75 mm et équipé d’un radar Decca et d’une installation d’émissions à ondes courtes le reliant aux vedettes rapides en fibre de verre, chargées de mettre un terme au trafic d’armes qui sévissait sur le lac.

Cette flottille était sous les ordres du lieutenant de marine KAPPAS, détaché à Albertville par la mission US COMISH. Il ne participait pas aux missions mais rédigeait les ordres d’opération et veillait à ce que les vedettes ne dépassaient pas la frontière fictive tracée sur le lac. Le 5e Bat sud africain de Mike HOARE collabora avec ce groupe aéronaval du WIGMO et fournit des équipages pour les vedettes rapides.

Outre trois flights de T-28D, dont celui de Big Bill, deux hélicoptères Bell 47, dont un pourvu de flotteurs et quatre B-26K, d’importants moyens terrestres et amphibies étaient mis à la disposition d’Ops Sud. L’un des monomoteurs T-28D plongea dans le lac peu après son décollage et le chef pilote des Cubains se noya. Le 21 septembre, l’aviation lança des tracts sur les zones rebelles, puis les appareils du WIGMO attaquèrent plusieurs objectifs à coups de roquettes et de mitrailleuses. L’offensive mettait en œuvre 3000 hommes, dont 350 mercenaires anglophones et débuta le 27 septembre 1965.

Avant le départ de l’opération « Banzi », le Lieutenant Colonel HOARE, qui était dépendant du WIGMO pour ses observations aériennes et son appui-feu, prit place dans un bombardier bimoteur pour effectuer une reconnaissance de la côte dans la région de Baraka. Ses commandos devaient y débarquer sous la protection de six T-28D et de deux B-26K basés à Baka, mais l’appui aérien fut retardé par le mauvais temps et les Sud Africains furent bloqués lors de leur assaut jusqu’au retour d’un temps favorable. La FATAC, commandée depuis septembre par le Lieutenant Colonel CAILLEAU, engagea plusieurs bimoteurs C-47 pour assurer la logistique de l’opération et l’un d’eux fut affecté au QG/Ops Sud. Ils portaient le nouvel emblème de la Force Aérienne Tactique, une brouette portant un tonneau de poudre, un sac de manioc et une boîte de premiers soins.

Beaucoup de largages étaient exécutés en « free drop » par manque de parachutes. Le bimoteur se présentait au-dessus de la DZ à une altitude de vingt à trente mètres et à vitesse minimum. Sur un signal du pilote, les colis, emballés de manière à absorber les chocs, étaient balancés par la porte latérale.

Les T-28D et les B-26K basés à Albertville effectuèrent de nombreux raids contre les troupes ennemies et patrouillèrent sur le lac Tanganyika, où ils coulèrent plusieurs embarcations chargées d’armes et un bateau à moteur. Pendant ce temps, le groupe parachutiste Cobra du Commandant BOTTU opérait dans la vallée de la Ruzizi avec deux des quatre T-28 basés à Goma. Ce flight comptait deux pilotes cubains et les Belges Léon LIBERT et Roger BRACCO.

Grâce à l’action de l’aviation et aux vedettes fournies par les Américains, le trafic d’armes diminua de manière spectaculaire, mais persista de manière endémiques durant de nombreuses années. Chè GUEVARA avait perdu toute confiance dans les dirigeants révolutionnaires, Laurent-désiré KABILA y compris, et se retira avec ses Barbudos en Tanzanie à partir du 20 novembre.

Big Bill était toujours à la recherche de renseignements pour ses patrons de l’Agence de Langley et peu après son arrivée, les rebelles menacèrent Albertville. Il se rendit en reconnaissance sur la route de Bendera, mais à son retour, il se tua stupidement en percutant un camion de l’ANC qui roulait à gauche et son véhicule prit feu. Juan PERON ramena son corps en bimoteur à Léopoldville, d’où un Boeing 707 l’évacua vers l’Amérique.

Moïse TSHOMBE avait été démis de ses fonctions le 18 octobre par le président KASA VUBU et la situation politique était très tendue. Un coup d’état militaire fut préparé par le Général MOBUTU et le 20 novembre 1965 à 11h30, le centre de transmission du QG/ANC diffusa le message « Flash » n° 13020 annonçant aux commandants de groupement qu’une réunion du haut-commandement aurait lieu à Léopoldville le jeudi 25 et que le DC-3 « 9T-JDM » serait mis à leur disposition pour le transport.

A la date prévue pour cette réunion, le Général MOBUTU, appuyé par les autorités supérieures des Forces Armées, s’empara du pouvoir et l’ex- premier ministre TSHOMBE prit le chemin de l’Europe pour un deuxième exil.

Outre l’appui du Général major BOBOZO, le nouveau président du Congo avait celui des Colonels MASIALA, MULAMBA, NZOIGBA, ITAMBO, BANGALA, des Lieutenant Colonel INGILA, TSHATSHI, MONYANGO, SINGA, BASUKI, MALILA, du Lieutenant Colonel TUKUZU, chef du 1er groupement aérien de la FAC et avait obtenu le soutien de la CIA.

Le Général BOBOZO prit la tête de l’armée et le Colonel MULAMBA fut nommé premier ministre.

L’apothéose de ce coup d’état militaire fut la tournée triomphale du président MOBUTU à travers la capitale, tandis que les T-6 de l’école italienne survolaient son cortège. Le Congo était en grande partie libéré et le commandant en chef de l’ANC pouvait se passer de Moïse TSHOMBE et de ses gendarmes katangais, qui furent impitoyablement éliminés au cours des deux années suivantes.

FIN

 


 

Sources

– Articles parus dans le bulletin Tam Tam Ommegang et particulièrement les récits du col Avi BOUZIN, du col BEM VANDEWALLE, des majors CLOSSET, DEMOL et LEMERCIER, du lt RAES et du lt HENKAERTS (grades de l’époque).
– « Odyssée et reconquête de Stanleyville », par le col BEM VANDEWALLE.
– Dossier « Congo » de la revue Aéro par Roger BRACCO (1985).
– Dossier « Congo » de la Lorgnette, par H. DEMARET (1985).
– Témoignage et photos de Robert FEUILLEN, secrétaire Général des Vieilles Tiges et ancien de la FATAC.
– Photos de la collection VAN de MERKT, via Daniel BRACKX.
– Photos de Léon LIBERT, Henri BERTRAND, Gilbert VERJANS et Charles HEYMANS.
– Témoignage de l’adjudant GERUZET (FATAC) sur le 9T-PKB à Bumba.
– Article de Pierre UYTTENHOVE sur la FATAC paru dans le bulletin de l’amicale Coloniale de Namur.
– Article « As guerras do Congo » de Joâo VIDAL dans « Mais Alto ».
– « Foreign Invaders » par Leif HELSTRÖM et Dan HAGEDORN.

 


 

A la mémoire du Colonel Denard
et des hommes qui ont servi sous ses ordres

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