OPS Congo – Le Groupe COBRA dans la RUZIZI

Dans la tourelle de la Ferret, « Chinetoque » tire à son tour des courtes rafales sur les endroits dangereux, tandis que les fantassins du 13e Bn d’Inf progressent à pieds. Une section d’infanterie congolaise est envoyée prendre position de l’autre côté de l’ouvrage et ils serrent les fesses de trouille lors de la traversée du pont sur la rivière Luvimbi. C’est un véritable coupe gorge entouré de forêts et dominé par une colline. L’avance se poursuit à du vingt à l’heure et Bottu envoie les avions plus loin devant la colonne pour survoler Kiliba. A leur retour, un des pilotes du Wigmo lui apprend qu’il y a un barrage à cinq kilomètres et le commandant du groupe Cobra demande de le traiter avec leurs mitrailleuses de bord. Pendant ce temps, la colonne poursuit sa progression, précédée par la Ferret qui lâche quelques balles sur chaque endroit supposé dangereux. Le barrage apparaît, c’est un vieil arbre abattu que le blindé pousse sur le côté avec son butoir. La route est jonchée de douilles et on aperçoit des squelettes desséchés. C’est ici que Kowalsky et ses Codoki sont tombés dans une grosse embuscade.

A 500 mètres sur la droite, une fumée sort d’une bananeraie. Le commandant stoppe la colonne et fait tirer quelques coups de mortier qui atteignent leur but. Poursuivant leur vol de reconnaissance, les pilotes signalent par radio sept barrages sur la route menant à Uvira et des feux de camp à Luvungi, siège d’une usine abandonnée de la Cotonco. « Méfiez-vous » leur dit Léon Libert, puis les deux monomoteurs Trojan reviennent sur la colonne et s’éloignent vers le nord car leur réservoir se vide. La colonne contourne un vieux camion Bedford qui gêne le passage et plus loin, l’épave d’un monomoteur de l’ONU qui a fait un atterrissage forcé en avril 1964. Après dix kilomètres de route, les premiers véhicules approchent de Luvungi et le chef du groupe Cobra fait débarquer ses hommes pour progresser en marchant. Soudain, Claude Ghillardy se prend les pieds dans un « bobby trap ». Le fil rouillé se rompt sans que la grenade explose, son mécanisme est sans doute bloqué. Il ramasse la Mills et la lance au loin où elle éclate. L’Espagnol Roberto jure et dit que c’est sûrement un engin posé par l’ANC lors des combats de l’année précédente. Ces trouillards ont sans doute miné le coin avant de retraiter. De nombreux squelettes gisent à moitié enterrés et à certains endroits, le sol est couvert de douille. Partout des étuis vides d’obus de 57 et de 75 mm traînent et une pancarte posée récemment par les simba avertit : « Mort aux mercenaires américains ».

A droite de Luvungi, une route monte vers la localité de Lemera, aux pieds des montagnes et à gauche s’étend une petite piste d’aviation mise hors d’état par les rebelles. Des champs de coton abandonnés s’étalent aux alentours. Le commandant fait ratisser les installations de la Cotonco où traînent du matériel hors d’usage. Les rebelles ont campé ici récemment et des traces d’occupation sont visibles: des foyers éteints et des restes de repas. Les hommes remontent dans les véhicules et la colonne quitte le poste cotonnier. Les barrages signalés par Léon Libert sont franchis sans problème à part quelques courtes fusillades rebelles auxquels répliquent les hommes de la colonne. Ils effectuent l’autre moitié du trajet et parviennent à un endroit idéal pour une embuscade, la route est bordée de talus et surmontée d’une colline. Les véhicules de la colonne passent en crachant de toutes leurs armes, mais aucun rebelle ne se montre.

Au kilomètre 107, ils approchent du pont route-rail et découvrent un étrange barrage : des sorciers rebelles ont placé des rangées de cailloux et des calebasses contenant des produits magiques sur la route. Les soldats congolais en ont une frousse bleue et le commandant doit faire déverser de l’essence pour l’incendier et conjurer le mauvais sort des dawa (charme). Au croisement, les hommes empruntent la piste qui se dirige vers la Sucraf à Kiliba. La colonne y est accueillie par les volontaires du 60e peloton détaché du 6e Codo dont le plus connu est Van Oost, dit « La pieuvre » parce qu’il s’est fait tatoué ce céphalopode sur la poitrine. Monsieur F. Ramu, directeur de la Sucraf, informe le commandant que son usine est au centre d’une plantation de cannes à sucre de 4000 hectares, dont 400 ha ont été incendiés par les rebelles qui se sont emparés du port de Kalundu au mois d’août dernier. Le baron Kronaker, important homme politique et industriel belge, a obtenu la protection d’un groupe de volontaires européens pour défendre sa plantation.

Les installations sont entourées de barbelés sur un périmètre de 2 km et elles sont défendues par des miradors avec mitrailleuses et des champs de mines. Une garde armée assure la sécurité des ouvriers agricoles dans les champs et le personnel vit dans un perpétuel état d’alerte. La garnison de cette plantation se compose de volontaires européens et d’une centaine de Congolais chargés de la défense des installations sucrières. Après une courte halte, les hommes de Bottu reprennent la route vers Uvira, d’où partira l’opération vers Kalundu, future garnison de la compagnie du 13e Bn d’Inf. Ils ne risquent pas grand chose, car la colonne est puissamment armée, mais peu auparavant, un camion du 8e Bn d’Inf venant d’Uvira a été détruit à la roquette par les rebelles. Les Européens du 60e peloton se sont rendus sur les lieux de l’embuscade, mais les soldats congolais avaient déjà été dépecés à coups de machettes par les assaillants et leur camion réduit à l’état d’épave.

A la mémoire du Colonel Denard
et des hommes qui ont servi sous ses ordres

A la mémoire du Colonel Denard
et des hommes qui ont servi sous ses ordres

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